Les Américains, qui dépensent deux milliards de dollars par semaine en Afghanistan, sont las des guerres lointaines. « Nous construisons des ponts à Bagdad et à Kandahar, mais pas à Baltimore ni à Kansas City, disait, l’été dernier, le maire de Los Angeles, Antonio Villaraigosa. « La guerre n’est pas finie, mais nous si, » écrivait, de son côté, l’éditorialiste Richard Cohen dans le Washington Post. Et de conclure en conseillant au président de se consacrer un peu moins au « nation building » en Afghanistan, et davantage aux Etats-Unis d’Amérique. L’hypothèse d’une défaite occidentale est de plus en plus ouvertement évoquée aux Etats-Unis, où on estime souvent que la gravité des problèmes domestiques ne permet plus d’aller traquer si loin de New York les ennemis de l’Amérique.
Le président Obama avait pourtant, au début de son mandat, fixé un objectif clair : si la guerre en Irak devait être considérée comme le « choix » (discutable) de l’administration précédente, celle que les Etats-Unis mènent depuis dix ans en Afghanistan, était au contraire une « guerre par nécessité ». Il fallait donc laisser rapidement l’Irak aux Irakiens, mais en Afghanistan, la victoire était l’unique option. Pas question de laisser les talibans, chassés du pouvoir dès les débuts de l’intervention, y revenir afin de transformer à nouveau l’Afghanistan en base arrière du terrorisme islamiste.
Au cours des deux premières années de son mandat, Obama a d’ailleurs déçu une partie de son électorat en augmentant considérablement les troupes américaines sur le terrain en Afghanistan tout en procédant à un rapatriement progressif de celles stationnées en Irak. Comme on sait, les choses ont changé depuis le discours du 22 mai dernier, dans lequel le président américain a annoncé le retrait d’un tiers des soldats américains d’Afghanistan d’ici à l’été 2012. A partir de 2014, l’Etat afghan devra se débrouiller tout seul.
Il est très difficile d’établir un bilan sérieux de ce qui a été ou non accompli dans ce pays par une coalition internationale qui compte 15 pays de l’Union européenne. S’agissait-il simplement de détruire les sanctuaires terroristes dans le pays ? Ou de reconstruire un Etat afghan efficace et pas trop ouvertement corrompu ? De développer l’économie d’un pays dépendant de l’aide internationale et du trafic de drogue ?
Il semble que l’objectif principal des Américains soit désormais de faire de l’Afghanistan une base de surveillance des activités du Pakistan. Ce pays, théoriquement allié des Etats-Unis depuis la fameuse menace proférée par George W Bush au lendemain du 11 septembre 2001, - « celui qui n’est pas avec nous est contre nous », ce pays qui bénéfice d’une aide financière américaine colossale, est à nouveau en train de poser, à nouveau, aux Etats-Unis, un problème aigu.
Le 22 septembre dernier, devant la Commission des forces armées du Sénat de Washington, à l’occasion de son départ en retraite, le chef d’état-major américain, Mike Mullen, a lâché : c’est avec le Pakistan que combattent les Etats-Unis en Afghanistan, par talibans interposés. Le groupe islamiste Haqqani, responsable de la récente attaque contre l’ambassade des Etats-Unis à Kaboul, est manipulé par Islamabad. On se souvient de la surprise des Américains de découvrir Ben Laden, installé à proximité d’une caserne de l’armée pakistanaise…
Dans la perspective du retrait de l’Otan, Pakistanais et Indiens lorgnent sur l’Afghanistan. Ce mois-ci, Hamid Karzai était à New Delhi pour signer un « partenariat stratégique » entre les deux pays. Mais le pays peut-il échapper à la domination pakistanaise. De leur côté, les dirigeants pakistanais font chanter leurs soi-disants alliés américains en menaçant de céder le port de Gwadar, sur la côte du Baloutchistan, aux Chinois…
Les Occidentaux ont-ils perdu l’Afghanistan ?
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1 commentaire
http://www.opium-philosophie.com/2011/10/justice-est-faite.html
voilà un article bien fait sur la mort de Ben Laden