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La Chronique de Brice Couturier

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Le Chronique de Brice Couturier

du lundi au vendredi de 8h16 à 8h19

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L'oligarchie des incapables 3

09.01.2012 - 08:16

Pour Raymond Aron, l’une des caractéristiques des sociétés industrielles démocratiques, c’est que « les pouvoirs spirituel (ou intellectuel), politique et économique y sont séparés ». Il y a « dissociation des pouvoirs ». Et il ajoutait « les groupes qui exercent ces trois sortes de commandement sont en rivalité permanente. » 

40 ans plus tard, dans La faute aux élites, ce que Jacques Julliard écrivait à propos des élites françaises contredit ce modèle : « Quiconque a vécu aux Etats-Unis sait qu’y coexistent des lieux de pouvoir autonomes, au sein de la politique, de la finance, des médias, de l’université. Certes, ces milieux ne s’ignorent pas entre eux. Mais ils ne fusionnent pas non plus. Il en va différemment en France. Le Tout-Paris, expression vieillie pour une réalité toujours vivante, désigne un firmament de la célébrité où la politique, la banque, l’aristocratie, la spiritualité, l’art, la littérature, les affaires, la chanson, les médias, le grand banditisme, l’université, le sport se rencontrent, échangent des impressions, des politesses, des idées, des adresses, des services, des femmes, des informations, des positions sociales. (…) Ainsi se constitue un réseau continu de connivences, reliant entre eux les sommets des pyramides contiguës de hiérarchies professionnelles distinctes. »

 

L’un de nos maux français était ainsi nommé avec humour et pertinence. En France, les élites (dirigeants politiques, haute administration, monde des affaires, journalistes et présentateurs vedettes), loin d’être « en état de rivalité permanente », fusionnent au sommet. C’est bien pourquoi elles éprouvent le besoin de se concentrer dans trois ou quatre arrondissements de Paris. La solidarité des intérêts de carrière dicte un besoin de proximité géographique.

Second problème : cette super-élite, polyvalente, est parvenue à bloquer son propre renouvellement. En s’auto-reproduisant par le mariage endogame et en manipulant au service de ses enfants les sommets de la méritocratie républicaine, elle s’est muée en nouvelle aristocratie. Or, comme l’avait fort bien relevé Tocqueville, le peuple français ne tolère les privilèges des aristocrates que dans la mesure où il accepte aussi la dure loi des loteries : c’est-à-dire s’il conserve un espoir, même minuscule, d’y faire accéder un jour ses enfants, ou de gagner lui-même le gros lot….

Troisième problème : l’argent. Vous écrivez, Sophie Coignard et Roman Guibert, que notre super-élite, autrefois attachée surtout à ses statuts et aux symboles de son pouvoir, comme toute aristocratie, n’hésite plus à déroger pour s’en aller… faire du fric dans le privé. C’est le monde de la finance, celui qui s’est tant « goinfré » avant la crise qui donne désormais le ton. Et l’élite s’aligne désormais sur la hiérarchie des valeurs qui régit ce monde-là : celui où qui n’a pas sa Rolex à cinquante ans a raté sa vie… comme disait Séguéla. Vous faites une véritable fixation sur les inspecteurs des finances, révélant au passage que la majorité d’entre eux ont préféré partir « pantoufler » dans le privé, où leur compétence, certes, mais aussi leur connaissance intime de la mécanique financière de l’Etat, sont achetés à prix d’or…

J’ai gardé pour la conclusion le 4° problème, parce que c’est le plus urgent. Cette super-élite qui tient tout, devait nécessairement être tenue responsable de tout… Il est donc parfaitement légitime que la société lui impute l’échec français. Or, cet échec – chômage de masse structurel, manque de compétitivité, faiblesse de de l’innovation, Etat en quasi-faillite, défiance mutuelle et réformes impossibles – est désormais patent.

De temps à autres, éclate un coup de semonce : c’est la présence incongrue de Le Pen au 2° tour de la présidentielle de 2002, c’est la victoire du non au référendum de 2005, quand toute l’élite votait oui. Qui sait par quel biais s’exprimera, cette année, l’exaspération croissante de la société envers une aristocratie, dont non seulement la direction s’est révélée erronée, mais dont les intérêts particuliers semblent bien avoir pris le pas sur l’intérêt général.

Thème(s) : Idées| Sociologie| Finance| connivences| corruption| élites| pouvoir

3 commentaires

Portrait de Anonyme DAVEAU10.01.2012

très interessant mais parle peu du livre
Orbil me semble avioir entendu une critique et surtout une présentation du livre bhier matin, mais je ne mes ouviens plus de l'heure.
Pouvez-vous me renseigner ?
Par ailleurs, je souhaite ebnregister ce podcast, commen t dois-je faire ?Dans l'attente de votre réponse
Cordialement

Jpaul Daveau

Portrait de Anonyme gavoille09.01.2012

Bonsoir Mr,

Tout d' abord, le principe de vos cryptogrammes illisibles est insensé, à moins qu' il ne soit créé que dans le but de nous fourvoyer encore davantage.
Ensuite, il faut envisager que les politiques et la haute finance nous fabriquent depuis 40 années une illusion de société, une sorte de miroir où tout est fait pour nous cacher la réalité, la vraie vie. Ce qui nous apparaît comme une catastrophe financière et économico-sociale n' est en fait qu' un stratagème où ces élites font tout ce qui est en leurs pouvoirs pour créer le chaos qui amènera la population à la capitulation. Ensuite, ces élites seront libres de nous imposer leur société, LE NOUVEL ORDRE MONDIAL.
Connectez vous au site: http://www.syti.net/SilentWeapons.htlm et sur mon blog: yvangavoille.unblog.fr .
Salut!

Portrait de Anonyme Rene Guichardan09.01.2012

Bonjour Brice,

Merci pour vos chroniques toujours richement référencées et fort pertinentes.

Pour corriger les dérives de notre système, on peut redonner du pouvoir aux citoyens. Cependant, (et je ne suis pas en désaccord avec vous), dans une société devenu complexe, la notion de démocratie ne doit pas être réduite à celle d’ochlocratie (ochlo=foule) et il nous faut dans le même tems, sortir de la médiocratie.

Cinq propositions pourraient être appliquées :

1) Adopter la notion d’accountability à l’anglaise, à la française : les élus doivent rendre des comptes publiquement devant des parterres d’experts indépendants et des représentants de citoyens.

2) Que les universités, les journalistes, les ONG éditent des bilans pédagogiques à destination des citoyens. Leurs rapports mettraient en parallèles les promesses faites des élus, les actions réalisées et les résultats obtenus avec un comparatif, avant/après.

3) Avec internet : construire une base de consultation organisée et permanente des citoyens (de façon à les connaitre et à analyser leurs besoins).

4) Indexer les revenus des élus sur celui de la moyenne des français – afin que ces élus reviennent sur terre et qu'ils soient moins appelés par la corruption, les conflits d'intérêts, le pouvoir personnel.

5) Un bilan global doit faire le point et dire en quoi les politiques pratiquées ont participé à une cohérence sociale, tout en dynamisant les principes de liberté, d’égalité et de fraternité entre les citoyens et les peuples. Ces principes, nécessairement, évoluent avec nos sociétés.

Enfin, il faut prendre en compte deux points : dans un monde ouvert et ou la rivalité entre les Etats est toujours omniprésente, la France doit maintenir une position forte dans le monde si nous ne voulons pas nous faire imposer la loi des plus dominants.
Et par ailleurs, dans un monde hypersophistiqué et hyper connecté, tout gouvernement doit donner la garantie qu’il a consulté les plus grands experts du moment pour tel ou tel problème à résoudre et les décisions qu’il engage.

Qu’il en soit fini des caprices, des coups de tête et des coups de bluff dans des sociétés où les sciences et les savoirs, n’ont jamais autant progressé.

René Guichardan
http://cafephilos.org/