La crise réduisant chaque jour davantage l’activité économique dans notre pays, le plafond symbolique des 10 % de chômeurs recensés risque à tout moment d’être franchi. Aussi le front de l’emploi est-il devenu celui où il convient de se montrer, lorsqu’on est candidat à la présidence de la République. Faire acte de présence auprès de salariés dont l’emploi est menacé est sympathique, mais quelles sont les politiques réellement susceptibles d’inverser la tendance ?
Nicolas Sarkozy s’est fait élire il y a cinq ans sur le mot d’ordre « travailler plus pour gagner plus ». Il est clair, depuis le sommet social de mercredi dernier, que le mot d’ordre de son gouvernement est actuellement à l’opposé : ce serait plutôt « se partager les emplois qui restent », ou même « se partager le chômage », selon l’expression de Gérard Cornilleau, le directeur adjoint de l’OFCE. La mise en chômage partiel apparaît, en effet, comme une panacée. Elle est plébiscitée à la fois par la majorité des syndicats et par le patronat.
Dans tous les domaines, aujourd’hui, la tendance est à l’imitation de l’Allemagne. Normal : la croissance est élevée en Allemagne (3% contre 1,7 % chez nous) et le taux de chômage y est le plus bas que le pays ait connu depuis 20 ans ( 5,5 % chez eux contre 9,8 % chez nous). Or, l’une des causes du splendide taux d’emploi affiché par notre voisin allemand, c’est, nous dit-on, le recours massif au chômage partiel. Lorsque les carnets de commandes des entreprises allemandes se dégarnissent, plutôt que de licencier du personnel, elles préfèrent les mettre à pied ou mieux encore, les envoyer en formation, plutôt que de licencier les derniers arrivés ou les plus vulnérables, comme on fait chez nous.
Du coup, l’un des rares points faisant consensus lors du sommet social de mercredi dernier a été la simplification du recours au chômage partiel dans notre pays. Le ministre du travail Xavier Bertrand a même évoqué ce week-end, la possibilité de supprimer l’autorisation administrative préalable et donc les délais qui courent encore entre la décision du chef d’entreprise de recourir au chômage partiel et l’indemnisation. Actuellement, le « délai d’instruction » du dossier par l’administration est de 20 jours et l’entreprise doit avancer l’allocation spécifique. Elle ne sera remboursée par l’Etat que dans un délai de deux ou trois mois. C’est injouable pour les PME, dont les finances sont trop fragiles. Aussi n’est-il pas étonnant que, jusqu’à présent, le recours au chômage partiel ait été surtout le fait de l’industrie automobile, qui a les reins solides.
Mais il faut savoir que l’Allemagne a consacré 6 milliards d’euros à ce système, en 2009, afin d’indemniser 1, 5 millions de salariés, contre dix fois moins en France. Les Allemands, dont les finances sont saines, disposent de moyens budgétaires qui ne sont plus à notre portée. Les Allemands savaient, en 2009, que leur compétitivité leur permettrait de rebondir : aujourd’hui, il n’y a pratiquement plus de salariés allemands en chômage partiel et le pays frôle le plein emploi. Chez nous, au contraire, la mise en chômage partiel est bien souvent l’annonce d’un plan social ou d’une fermeture. Car nos entreprises ne sont pas suffisamment compétitives. Enfin, les salariés allemands mis en chômage partiel profitent de périodes de formation. Chez nous, celles-ci sont rares.
La revendication du chômage partiel indemnisé a été portée principalement par votre centrale, Jacques Chérèque. N’avez-vous pas l’impression que cet amortisseur provisoire ne servira qu’à retarder l’explosion du chômage… après les élections ?
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Reculer pour mieux sauter. Je pense que c'est exactement sa !
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