Nous vivons une situation étrange. A presque cent jours d’une échéance électorale décisive, on a l’impression que les programmes des deux principaux candidats sont encore en cours d’élaboration. Il y a pourtant le feu à la maison : la boule de neige de la dette publique menace d’échapper à tout contrôle, il n’y a pas de consensus franco-allemand sur les moyens de mettre fin à la crise de l’euro, la désindustrialisation condamne au chômage un pourcentage extravagant de nos concitoyens, notre système de protection sociale prend l’eau depuis des années et ne tient, lui aussi, que grâce au recours à l’endettement. Nous allons devoir emprunter, cette année, 40 milliards de plus pour en financer la dette.
L’électeur réclame des solutions, on lui offre des postures. Nous avons un président qui fait semblant de gouverner comme s’il ignorait que son bilan s’apprête à passer devant le verdict des urnes. Nous avons un candidat de l’opposition qui semble en être encore à tester quelques ballons d’essai afin de dégager les axes d’un futur programme, qui sera bouclé, dit-on, le 26 janvier...
Sont au moins apparus deux projets, qui pourraient bien embrayer sur le volet de la réforme fiscale, thème qui devrait être, en effet, prioritaire. Ils sont l’un et l’autre un rapport direct avec la politique familiale et c’est la raison pour laquelle ils sont l’objet d’une grande vigilance. La France est, comme on sait, l’un des très rares pays d’Europe à ne pas commettre de suicide démographique et c’est probablement à cette sage politique qu’elle le doit.
Or, voici qu’à gauche, on annonce vouloir s’attaquer au quotient familial et qu’à droite, on voudrait dispenser les employeurs du financement de la branche famille de notre Sécurité Sociale.
Dans les deux cas, nous avons eu droit à une belle cacophonie. Côté quotient familial, c’est Manuel Valls, porte-parole du candidat socialiste qui annonce sa suppression pure et simple et son remplacement par un crédit d’impôts de 607 euros par enfant. La gauche a fait ses comptes : sur les 36 millions de foyers français, la moitié ne paie pas d’impôt sur le revenu ; leurs revenus sont trop faibles. Du coup, ceux d’entre eux qui élèvent des enfants ne bénéficient pas de l’équivalent du quotient familial. Or celui-ci, même plafonné, avantage bien plus les foyers aisés que les familles aux revenus moyens. Dans la première version du projet socialiste, les familles bénéficiant du quotient familial devaient reverser 3,5 milliards d’euros à celles qui ne sont pas imposables afin de financer le crédit d’impôt. Clairement, les familles riches n’auraient pas été les seules à y perdre. Les familles aux revenus moyens aussi. D’où un recadrage du projet de réforme par le candidat : on s’oriente désormais vers un nouveau plafonnement des avantages fiscaux du quotient familial et non pas vers sa suppression pure et simple.
A droite, donc, on cherche des moyens d’alléger les charges sociales pesant sur le travail, afin de favoriser l’emploi, tout en taxant davantage les produits importés. On croit avoir trouvé un moyen de combiner les deux avec la « TVA sociale ». Pourquoi faire financer la branche famille de la Sécurité Sociale par les entreprises, argumente-t-on ? Pourquoi ne pas en charger la taxe sur la consommation ? Sans doute, mais reste cette évidence massive : ce sont les foyers les plus modestes qui consomment la plus grande part de leurs revenus et les plus aisés qui peuvent épargner. Tout relèvement de la TVA se traduira mécaniquement par une baisse de la consommation populaire. C’est pourquoi la gauche préfère un relèvement de la CSG. Par ailleurs, une baisse marginale des cotisations pesant sur le travail ne règlera pas la question décisive de la perte de compétitivité de nos produits sur les marchés mondiaux.
Thème(s) : Idées| Famille| Finance| Inventaire avant élections| Politique| programme électoral| quotient familial| TVA sociale



1 commentaire
Bonjour Monsieur Brice Couturier,
Je vous ai toujours écouté avec beaucoup d'intérêt, au Grain à moudre déjà et désormais grace à votre chronique.
La politique nataliste de la France n'est elle pas aujourd'hui obsolète ?
La population mondiale ne cesse d'augmenter alors que les ressources sont limitées, nous le savons.
On limite l'immigration et on continue de favoriser la natalité, qui donnera un nombre croissant de chomeurs et autres assistés, dont ont achète la paix sociale avec de maigres pécules et des conditions de vie peu enviables.
Une abberation entre autres : en dessous de 25 ans , pas de RMI, mais si vous avez un ou plusieurs enfants vous percevez le RMI.
C Thomas