On ne pourra pas dire qu’on n’avait pas été prévenus.
Il y a 6 ans, on lisait dans le Rapport Pébereau : « L’explosion de la dette financière ne s’explique pas par des circonstances exceptionnelles… Elle résulte du fait que chaque année, depuis 25 ans, les administrations publiques sont en déficit. Alors même qu’elles peuvent compter sur le niveau de prélèvements obligatoires le plus élevé des grands pays industrialisés, elles doivent néanmoins s’endetter pour financer des dépenses encore plus importantes (53,5 % du PIB, à l’époque). « Ces dix dernières années, les dépenses de l’Etat ont été supérieures à ses recettes de 18 % en moyenne. » « La poursuite de l’endettement public ne résoudrait rien et nous exposerait au contraire à un risque d’asphyxie financière. »
J’aurais pu citer également les rapports alarmistes de la Cour des Comptes, constamment alarmistes, tant à l’époque de Philippe Séguin qu’à à celle de Didier Migaud. Le « risque d’asphyxie financière », qui n’était qu’une menace, est à présent une réalité.
On aura beau dire que la décision de Standard & Poor’s a été anticipée, ajouter que les Etats-Unis aussi ont perdu leur triple A et conservent cependant la confiance des marchés, il n’empêche : nous allons payer 35 années de laxisme budgétaire. Droite et gauche sont également concernées. Les uns pour avoir taillé dans les recettes, les autres pour avoir alourdi les dépenses.
La culture de la dette, l’idiosyncrasie déficitaire font, nous dit-on, partie de la culture nationale. En outre, elle a la caution des keynésiens vulgaires (au sens où on parle de matérialisme vulgaire) qui vont répétant : la dépense publique est bonne en soi parce qu’elle soutient la demande, donc la croissance et l’emploi. Si l’économie est malade, c’est parce que les déficits ne sont pas encore assez monstrueux.
Eh bien, nous avons eu les déficits, mais ni la croissance, ni l’emploi. Nous avons une économie dont la compétitivité s’érode à très grande vitesse, comme en témoigne notre balance commerciale (75 milliards de déficit l’an dernier). Nous avons un niveau de dépenses publiques extravagant et sans équivalent (55,8 % du PIB). Nous avons des gains de productivité qui s’amenuisent de plus en plus, contrairement à ce que répètent des média mal informés. Nous avons des entreprises écrasées de charges sociales et qui n’investissent plus.
Maintenant, les vraies difficultés commencent. Je ne parle pas seulement de la probable dégradation de la note des collectivités locales – dont la dette a explosé, ni de celles des entreprises publiques, mais des fameuses « digues anti-crise » de la zone euro. Il ne reste plus que 4 pays dans l’Euroland à conserver leur triple A, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et le Luxembourg. L’Italie et l’Espagne ont dégringolé de deux grades en une fois. C’est maintenant le Fonds Européen de Stabilité Financière qui va être jugé moins fiable. Et le MES, le Mécanisme Européen de Stabilité n’est pas encore prêt. D’ores et déjà, les Allemands font les comptes et calculent ce qui va leur en coûter… Pour que le FESF conserve son triple A, il faudrait que l’Allemagne porte sa garantie de 44 à 75 % du total… au risque d’y laisser elle-même son triple A.
Pour les candidats en campagne, en tous cas, la ligne est tracée : il leur est interdit d’annoncer des mesures susceptibles d’alourdir la facture.
Thème(s) : Idées| Finance| Gouvernement| déficits| triple A



3 commentaires
Il me semble qu'Olivier a très bien écouté. J'ai entendu la même chose. Quand vous dites "droite et gauche concernées" vous sous-entendez "50/50". Or, Olivier vous démontre que cela ne se peut pas puisque la droite a gouverné beaucoup plus longtemps que la gauche. Refaites donc le compte sur les 30 dernières années et sur un siècle. On pourrait aussi ajouter qu'en 2002, Jospin avait équilibré les comptes de la sécurité sociale, qu'il avait constitué une cagnotte que la droite (cohabitation oblige) a forcé à dépenser (c'est depuis ce temps-là qu'on n'achète plus de timbre fiscal pour sa carte d'identité) Il avait constitué aussi une réserve pour les caisses de retraite pour passer les caps difficiles. Celle-là c'est NS qui l'a dilapidée. Dire "gauche et droite" c'est pareil, c'est ne pas assumer ses responsabilités, c'est manquer de subtilité, de finesse et dans certains cas c'est de l'ignorance (mais pas sur FC) soigneusement entretenue par certains commentaires par paresse intellectuelle, esprit moutonnier, conformisme mais surtout par esprit partisan. Bref : c'est de la propagande. Les différentes cohabitations que nous avons connues depuis les années 80 sont sûrement à l'origine de la croyance dans l'opinion publique que "droite et gauche" c'est pareil. Cela n'aura sûrement pas échappé aux journalistes politiques censés nous éclairés à décrypter l'actualité politique et les discours. Enfin, si la gauche a trop dépensé, pourquoi la droite n'a pas rectifié le tir vu le temps qu'elle a passé aux affaires ? Bref, moi aussi le matin je sors souvent de mes gonds !
M.Brice Couturier,
Fidèle auditeur de France Culture depuis 3 ans, après 8 années de France Inter, je n'ai pas pour habitude de réagir aux propos entendus lors des émissions matinales et en soirée qui accompagnent mes trajets quotidiens en voiture. Je ne cache pas qu'il m'est parfois difficile de contenir une certaine révolte lorsque chroniqueurs ou invités font preuve d'une malhonnêteté intellectuelle qu'on ne peut confondre à l'ignorance sur cette station. Mais il me faut tenir le volant fermement, et un emportement mal maîtrisé pourrait dévier ma trajectoire et me priver -dans le pire des cas- de vous écouter. Et ce matin, vous avez me mettre hors de moi ! Tout le monde connait votre tendance politique, mais vous savez le plus souvent vous élever au-dessus de tout propos partial en cette année pré-électorale. L'argument qui vise à démonter la critique de la gauche quant à la gestion calamiteuse des finances publiques -et des services associés- par la droite, ne tient pas. sur les 35 dernières années, disons donc de 1997 à 2012, la droite a eu quasiment deux tiers des pouvoirs, et a été la seule,à un instant donné, à tenir tous les pouvoirs de la République. En bref: 21 ans de présidence, 20 ans au gouvernement, 34 de majorité au sénat, et 27 ans de majorité en région. Et n'y ajoutons surtout pas la période avant 1977, les chiffres s'affoleraient alors! Comparons-nous donc des choses comparables, lorsque, pour servir un argument peu travaillé, nous disons que la responsabilité est partagée. La question, qui, je le souhaite, vaudrait bien une journée d'émissions sur votre antenne, serait: comment une organisation politique (regroupant l'UDF, le RPR, puis l'UMP) à la tête de tous les pouvoirs de l'état n'a-t-elle pu améliorer la situation de la France? Merci...et je vous écouterai encore, n'ayez crainte :-)
Mais vous m'avez mal entendu. En effet, nous sommes d'accord : "la responsabilité est partagée".
J'ai dit : "nous allons payer 35 années de laxisme budgétaire. Droite et gauche sont également concernées. Les uns pour avoir taillé dans les recettes, les autres pour avoir alourdi les dépenses."
Apparemment, vous avez entendu autre chose que ce que j'ai dit. Peut-être parce que vous en aviez envie ?