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La Chronique de Brice Couturier

La Chronique de Brice Couturier | 11-12

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Le Chronique de Brice Couturier

du lundi au vendredi de 8h16 à 8h19

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Vivre de la politique ou pour la politique ? 7

02.12.2011 - 08:16 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

Dans sa fameuse conférence de 1919, sur « le métier et la vocation d’homme politique », Max Weber réfléchissait sur la tendance à la professionnalisation des carrières politiques. Il constatait que, sous l’influence de la démocratisation, de plus en plus de gens vivaient de la politique et non plus pour la politique. Ces « hommes politiques professionnels », il en voyait l’origine dans la lutte des monarchies européennes contre les seigneurs et les « ordres » de toute sorte du système féodal. Pour se constituer un appareil d’Etat, compétent et dévoué, les rois absolus avaient recruté en particulier des clercs – parce qu’ils savaient tenir des registres et que, dépourvus de descendance, ils n’avaient pas la tentation de se constituer un domaine en propre à transmettre. Puis, d’autres lettrés, des membres de la noblesse de cour, ou, localement, de la gentry en Angleterre, des avocats en France, comme on l’observe durant la Révolution, sont venus peupler les bureaux de l’administration.

Mais avec les partis de masse modernes, la politique a connu une métamorphose. Sont apparues les figures nouvelles de « l’entrepreneur politique » et du bureaucrate de parti. Le premier, le boss à l’américaine, lève des fonds pour son candidat, recrute des propagandistes, voire des électeurs, distribue prébendes et offices une fois l’élection obtenue. Le second, à l’image du « permanent » de la social-démocratie allemande, fait tourner la « machine » du parti et entretient de ce fait une rivalité constante avec le groupe parlementaire, qui lui semble s’embourgeoiser.

Max Weber concluait sa réflexion en se demandant quelles étaient les qualités nécessaires à un bon dirigeant politique. A ses yeux, il y en avait trois : la passion, le sentiment de responsabilité et le « coup d’œil ». La passion, au sens de « dévouement passionné à une cause » qui dépasse ses propres intérêts ; la responsabilité parce qu’il faut garder à l’esprit que les effets d’une politique sont rarement ceux qui en étaient escomptés ; le « coup d’œil » dans la mesure où, pour prendre la mesure d’une situation, il faut « savoir maintenir à distance les hommes et les choses ».

 

 En feuilletant votre « Dictionnaire amoureux de la politique », Philippe Alexandre, on croise bien des personnages qui auront vécu de la politique – c’est leur métier – et pour la politique. De la politique : on peut s’interroger sur le destin d’hommes et de femmes qui, au sortir de l’ENA, sont passés directement des cabinets ministériels aux mandats électifs, n’auront jamais rien fait d’autre que de la politique jusqu’à l’âge de la retraite ; quelle est leur expérience de la vie professionnelle normale, en entreprise ou dans une administration ? De la politique : c’est l’étrange survie de Mitterrand à la maladie que ses propres médecins attribuèrent à la « médecine miraculeuse » du pouvoir. C’est encore la « survie miraculeuse » de personnalités déconsidérées qui, dans tout autre pays, auraient fini en agent d’assurance ou en garagiste, et qui poursuivent cahin-caha leur carrière, sont recasés dans les les ambassades ou les Comités Théodule dont la République est prodigue. Pour la politique : c’est le plus étonnant. Pourquoi sont-ils encore à ce point fascinés par un pouvoir qui se révèle plus apparent que réel ?  Les vraies décisions aujourd’hui ne se prennent-elles pas à Bruxelles : on y nomme à présent les gouvernements ; dans les salles de marché : on y note le sérieux gestionnaire des équipes ministérielles ; dans les conseils d’administration des entreprises multinationales : on y décide du taux d’emploi ; ou même sur la Toile, dont les humeurs et les rumeurs font et défont les carrières des célèbres et des puissants ?

Thème(s) : Idées| Parti Politique| Politique| politicien

7 commentaires

Portrait de Brice Couturier Brice Couturier06.12.2011

Merci beaucoup, Jean-Pierre Comps. C'est vrai qu'il m'arrive de regretter le temps du Grain à Moudre. Mais ma chère complice et adversaire Julie Clarini a quitté notre maison pour prendre la rédaction en chef adjointe du Monde des Livres où elle fait aussi du bon boulot.

 

Portrait de Anonyme jean-pierre comps05.12.2011

Merci pour la fraîcheur et la justesse de vos commentaires. Vous avez amené du sérieux, de la bonne impertinence et de la compétence aux Matins de France Culture. Nous regrettons votre absence à l'émission Du Grain à Moudre où, avec Julie Clarini, vous formiez un binôme de choc : les décisions de la direction de la chaîne, vous exiler en supplétif, pour moi de "luxe", sont bien regrettables ..............
Fidèles de vos chroniques matutinales, nous vous souhaitons bon courage !

Portrait de Brice Couturier Brice Couturier05.12.2011

Arrêtez de me traiter de "nanti", "francos". C'est énervant lorsqu'on est obligé, par manque de moyens, d'habiter à 60 km de Paris et de priver sa famille de vacances. 10 000 Euros par moi, vous rêvez ! Et si je ne publie pas les commentaires aussitôt postés, c'est que je travaille pas mal, voyez-vous et que je n'ai pas que ça à faire...

Je suis d'accord avec "Anonyme" sur la limitation des mandats. Mais pourquoi ne pas obliger aussi les fonctionnaires qui se lancent en politique à démissionner de la fonction publique, comme cela se fait dans de nombreux pays démocratiques ?

Portrait de Anonyme Pablo Aiquel04.12.2011

C'est intéressant ! Mais à mon avis vous ne parlez que de la politique "nationale". Dans le département où j'habite, l'Allier, les principaux "personnages" politiques sont des agriculteurs, des instits ou des profs à la retraite, des comptables, des assistants de gestion, des pharmaciens, des assistants sociaux... Et la "chronique" de la vie politique est passionnante. Certes, les décisions se prennent à Bruxelles et à Paris. Mais ici (et ailleurs) ils se battent quand même pour leurs territoires et contre des décisions mal, peu ou pas réfléchies, voire des non décisions.
Des énarques ou assimilés, je n'en vois que deux ou trois et celui qui n'a pas trouvé une réelle assise locale, ne pourra pas rester élu (ou en tout cas perdra son siège) relativement bientôt.
Ce qui est dommage, c'est que les médias "nationaux", un peu comme ces politiques "professionnels" que vous dénoncez, ne cherchent pas à lire, à comprendre, à appréhender ce pan de la démocratie française, qu'est l'échelon local (départemental notamment en milieu rural). On ne les invite jamais sur les plateaux radio ou télé. Même les journalistes "régionaux" en sont bannis.
Si vous vous interrogez sur le destin des énarques, cherchez aussi des réponses là où il n'y en pas. Vous trouverez des portraits passionnants de gens passionnés.
Cordialement,

Portrait de Anonyme Anonyme02.12.2011

C'est pourquoi il faut faire une Constituante pour une nouvelle constitution qui ouvre à la 6ème République, avec notamment les points suivants :
- tous les mandats ramenés à une durée de 5 ans
- pas plus de 2 mandats dans une vie, consécutifs ou pas

En tant que militante associative, je sais que c'est déjà beau et beaucoup de donner 5 ou 10 ans de sa vie à ses concitoyens et compatriotes.

Ensuite, ça limiterait le copinage et le clientélisme qui sont le fonds de commerce de beaucoup de nos élus qui ont le temps de se faire un carnet d'adresses.

De plus, la politique est le seul domaine de la vie humaine où l'inexpérience n'est pas un handicap, puisqu'il s'agit surtout d'avoir une vision, de faire preuve de courage et d'imagination et de savoir les communiquer à ses semblables. Un jeune ou une personne âgée, une femme, un homme enthousiaste, peuvent faire mieux qu'un énarque ! Le turnover permettrait ainsi à beaucoup de personnes de s'impliquer dans les projets pour la société.

Enfin, et ce n'est pas le moindre, ces limitations du nombre de mandat feraient qu'il y a une vie avant et après le mandat. Ainsi les élus sauraient ce qu'il en retourne de la vraie vie et ne seraient pas aussi déconnectés de leurs concitoyens.

Bien entendu, une fois vos 2 mandats passés, vous n'êtes plus éligible. Mais qu'importe, le plus important n'est-il pas de demeurer un électeur actif qui participe à la société et à l'aventure collective et humaine qu'est la politique au sens noble du terme, c'est à dire la gestion de la vie ensemble ?

Portrait de Anonyme francois02.12.2011

je vois que vous ne publiez pas les commentaires qu'on vous envoie... c'est un signe de démocratie.
je vous rassure, le 7/9 de france inter fait mieux, il les publie après ré-écriture.
les journalistes nantis de radio france m'amusent, je vous écoute tous les matins en prenant mon petit dej'

bonne continuation,

Portrait de Anonyme francos02.12.2011

bonjour, pour paraphraser coluche : "dire qu'il suffirait que les gens arrêtent de voter pour eux pour qu'ils ne soient plus élus" les politiques sont devenus des "professionnels", certes, mais ils sont en CDD en permanence... je vous invite à remplacer "politiques" par "journalistes" vous verrez qu'il n'y a pas grande différence, philippe alexandre 28 ans à rtl, alexandre adler, alain gerard slama, nicolas demorand, patrick cohen, etc... dans vos émissions au lieu d'inviter des "experts" qui eux-mêmes nous parlent du chômage sans jamais l'avoir connu parce qu'ils font partie de l'élite, comme vous, pourquoi n'invitez-vous pas des chômeurs qui ont créé leur "petite entreprise" ? histoire de remonter le moral "des gens" et leur montrer qu'on peut s'en sortir si on "se sort un peu les doigts du cul" ? autre chose qui me tient à coeur, pourquoi n'indiquez-vous pas vos salaires ? pourquoi la première question à un invité qui nous parle des pauvres n'est-elle pas celle de son salaire ? quand on gagne 10 000 euros par mois c'est facile de parler des pauvres... bonne continuation cher nanti !