Débat sur l'histoire du calendrier politique : du calendrier républicain aux fêtes de la IVe république en passant par les célébrations de Vichy.
Avec Rémi Dalisson, Danièle Pingué et Jacqueline Lalouette.
Invité(s) :
Rémi Dalisson, professeur des universités, spécialiste de Vichy, chercheur associé au centre d’histoire sociale de Paris I
Jacqueline Lalouette, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Lille 3
Danièle Pingué, maître de conférences, spécialiste de l’histoire de la Révolution française
Thème(s) : Histoire| 19e siècle
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Document(s)
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Célébrer la nation : les fêtes nationales en France de 1789 à nos jours Nouveau Monde éditions, 2009 -



1 commentaire
Cher Emmanuel Laurentin,
Il se trouve qu'avant de devenir conservateur de musée et que les circonstances me conduisent à travailler sur le pillage de l'art par les nazis, sujet sur lequel vous m'avez fait le plaisir de m'inviter, j'étais historien et j'entamais une thèse sur le Calendrier républicain.
C'est vous dire si j'ai réécouté l'émission du 28 mars.
J'ai été profondément déçu par les intervenants que vous aviez choisis. Il y a en effet deux "angles d'attaque" sur la question du CR qui résonnent aujourd'hui de façon particulièrement intéressante aujourd'hui et que vos intervenants ont bien négligé :
-1) La question de la mémoire, ici confondue par les conventionnels tant dans le registre de la mémoire individuelle que dans celui de la mémoire collective : le CR est un instrument de perte de mémoire temporelle des évènements du passé, tout à la fois pour tout un chacun et pour la communauté, et fondé sur le "miracle" du 21 septembre (solstice d'automne -un des deux jours de l'année où l'EGALITE de la durée du jour et de la nuit, correspond au jour de la proclamation de la République, lendemain de Valmy) il est de ce fait le support d'une auto-célébration en boucle des évènements de la Révolution elle-même qui fait commencer "son" année ce jour-là. Sur le plan de la perte des repères temporels du sujet, l'interdiction édictée de la publication de tableaux de concordance entre les deux computations bouleverse la perception du temps propre de chacun : si vos historiens avaient un peu plus travaillé sur les correspondances privées, ils s'en seraient rendus compte !
-2) La question du temps et, singulièrement, celle du temps de travail. C'est là le premier dispositif mis en place par la bourgeoisie explicitement dans l'optique du "travailler plus" ! Les références à la flânerie populaire, aux chomages festifs trop fréquents, que le nouveau système permettra de juguler sont nombreuses, dans les textes justificatifs émanant du Cté d'Instruction publique et, dans la pratique, la répression ne cessera jamais tant contre ceux qui ne respectent pas le décadi que contre ceux qui s'obstinent à s'endimancher au beau milieu d'une décade. Quant à l'heure décimale, elle vise tout autant en rallongeant la durée de la scansion "naturelle" de l'être humain, à diminuer le nombre de pauses dans une journée de travail.
J'arrête là ma harangue, mais je voulais vous faire sentir combien la tonalité de votre émission perpétuait une doxa assez irritante : celle d'une invention pittoresque et poétique, alors qu'on a là -procédant sans doute de l'excellence du système métrique- un des pires dispositif de contrôle et de coercition, individuel et collectif, qu'ait inventé la Convention et qui se perpétua, quand même, pendant treize ans !
Bien cordialement votre // D.Schulmann