Juin 1961 : la révolte des paysans bretons (rediffusion de l'émission du 19 avril 2004) 4
Un
documentaire d'Amélie Meffre, réalisé par Véronik Lamendour
Le 27 mai
1961, des centaines de kilos pommes de terres enduites de gasoil sont déversées
dans les rues de Pont Aven ; le 4 juin, les urnes cantonales sont brûlées à Pont
l'Abbé ; le 8 juin, près de 4 000 paysans bloquent la ville de Morlaix et
investissent la sous-préfecture. L'arrestation le soir même d'Alexis Gourvennec
et de Marcel Léon, les deux leaders de la manifestation, va galvaniser la colère
des paysans bretons. Barrages de routes, sabotages de poteaux électriques,
défilés de tracteurs, les manifestations de solidarité gagnent toute la Bretagne
et bientôt le pays tout entier. Il faudra attendre le 22 juin et la libération
des leaders, portés en triomphe par près de 10 000 paysans, pour que le
mouvement s'apaise.
Si l'effondrement des cours de la pomme de terre a mis le
feu aux poudres, le conflit part en réalité de la volonté de jeunes
syndicalistes d'imposer une nouvelle organisation des marchés. Dans le nord
Finistère, la jeune garde de la Fédération départementale des syndicats des
exploitants agricoles (FDSEA) vient de mettre en place une Société d'intérêt
collectif agricole, la Sica de Saint-Pol-de-Léon. Cette structure permet aux
producteurs d'artichauts, via un système de vente au cadran, d'orchestrer la
commercialisation de leur récolte et de ne plus subir le diktat des négociants.
Or, pour fonctionner, la Sica, qui ne fait pas l'unanimité, doit maîtriser la
totalité de la production. Ses partisans, en multipliant les manifestations,
entendent contraindre le gouvernement à légiférer sur les regroupements de
producteurs et peser sur la réorganisation du secteur.
Au delà d'une
jacquerie conjoncturelle, le soulèvement breton illustre le malaise du monde
paysan qui, à l'aube de la politique agricole commune, doit se moderniser pour
accroître sa productivité. Si, le 5 août 1960, le gouvernement Debré lance la
première loi d'orientation agricole qui trace les grandes lignes de la
modernisation de l'agriculture française, en ce mois de juin 1961, les décrets
d'application tardent à venir. La révolte va accélérer le processus ; le
ministre de l'Agriculture, Henri Rochereau est remplacé par Edgard Pisani qui
mettra en place une seconde loi d'orientation en 1962. Les promoteurs bretons
d'un syndicalisme rénové se veulent force de proposition et s'attèlent alors au
désenclavement de leur région, en soumettant, en 1965, cinq propositions à
Georges Pompidou : réalisation d'un plan routier, automatisation intégrale des
télécoms, développement d'une université et d'une plate-forme industrielle à
Brest et creusement d'un port en eau profonde à Roscoff. Elles seront adoptées
en Conseil des ministres, en octobre 1968.
Avec Edgard Pisani, ministre
de l'Agriculture de l'époque, et les membres de la FDSEA du Finistère, Roger
Calvez, Pierre Chapalain, Marc Bécam et Alexis Gourvennec.
Thème(s) : Histoire| Agriculture| 20e siècle



4 commentaires
C'est le sujet "breton" qui m'amène à vous signaler une autre problème historique breton actuel: la regrettable opération de révisionnisme historique menée par la région administrative « Pays de la Loire » concernant la séparation du département de la Loire-Atlantique de la région administrative « Bretagne».
C'est l'adoption le 21 décembre dernier par l'Assemblée nationale d'un amendement présenté par une dizaine de députés portant sur la possibilité d'organiser un référendum d'initiative populaire au niveau d'un département concernant son appartenance régionale qui m'amené à réagir.
J'ai découvert avec stupéfaction la remise en cause et la modification de faits historiques : à savoir l'identité bretonne du département de la Loire-Atlantique et de sa principale ville Nantes. Vous savez comme moi que ce département est riche en lieux forts de l'histoire bretonne comme le château des ducs de Bretagne à Nantes et les châteaux forteresses, érigés sur les Marches de Bretagne, de Châteaubriant à Machecoul en passant par Oudon, Ancenis et Clisson. Le département ne serait plus breton mais serait devenu ligérien, le château des ducs de Bretagne, un château du Val de Loire. Il a fallu qu'en mai 2011 l'UNESCO intervienne pour faire savoir que ce château ne faisait pas partie du périmètre du Val de Loire mais était bien un château de Bretagne!
L'administration régionale semble donc s'acharner à détruire l'histoire passée du département. Ce n'est pas sans rappeler de fâcheux précédents révisionnismes historiques comme celui que continue à faire Israël dans les territoires occupés en Palestine en désarabisant.
J'entends, avec mes collègues historiens, réagir au niveau national, au Congrès du Comité Français des Sciences Historiques à Reims en septembre prochain et au niveau international, au Congrès de l'International Committee of Historical Sciences à Jinan en Chine à cette débretonnisation, véritable falsification de l'histoire.
Vous remerciant de votre attention, recevez mes meilleures salutations
Yves-François LE COADIC
Professeur honoraire de Science de l'Information - Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM)
Secrétaire de la section Sciences, histoire des sciences et des techniques et archéologie industrielle du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques (CTHS) du Ministère de l'Education (http://cths.fr/)
Je vous laisse mon pseudo .
Je ne signe pas car mon identité pourrait - être recoupée avec mes commentaires ( volets 1 et 2 ) , histoire des relations de l'armée à la nation et mon témoignage de cet été , Afghanistan , théâtre d'une aberration sur Rue 89 . Et il se trouve que dans le cas présent ( critiques de la politique gouvernementale en matière de détournement du rôle de l'armée ) , il n'est pas possible pour certaines raisons de s'exprimer librement et de laisser son identité . Je n'engage pas que moi dans cette affaire... S'il s'était agi de ma simple personne , je signerais de mon nom et prénom et en GRAS pour vous satisfaire .
A propos du révolté de la droite ultralibérale .
Article de Libération du 16 avril 1998, " Alexix Gourvenec , la grosse légume" . Extrait de l'article , je cite :
" Sa logique ( celle de M Gourvenec ): le productivisme à tout crin. Le cocktail qu'il utilise à l'époque est celui élaboré par la FNSEA (aujourd'hui, ce syndicat a infléchi son discours): un ultralibéralisme qui ne tolère aucun frein ni maîtrise de la production, et l'obtention d'un maximum de subventions. Ainsi, la prime aux produits dénaturés, qui est versée au prorata des caisses détruites. Une incitation à produire pour détruire, en quelque sorte. Surproduction.
Aux antipodes de la philosophie productiviste incarnée par Alexis Gourvennec et que prône aussi Thierry Merret, les responsables bretons de la Confédération agricole plaident pour une agriculture raisonnée. Ils réclament notamment que les surproducteurs (20% des maraîchers bretons) soient les payeurs. Qu'au lieu d'être récompensés, ils soient pénalisés. Et supportent le coût des invendus 20% des quantités présentées ces jours-ci au marché de Saint-Malo. Ainsi se résoudraient-ils sans doute à adopter une politique de production maîtrisée. «Ça ne sert à rien de planter des masses de choux-fleurs si ce produit a peu ou pas de débouchés, dit René Louail, de la Confédération paysanne des Côtes-d'Armor. La question de la surproduction doit se régler au moment de l'ensemencement. Que le temps soit doux ou froid ne fait ensuite qu'amplifier le problème.» Parmi les raisons invoquées pour expliquer l'actuelle crise, le redoux du mois de janvier, qui a fait démarrer la production plus tôt. «La crise était programmée, dit le Finistérien Jo Guivarch, de la Confédération paysanne. Ça fait trente ans que les responsables refusent de se poser la question d'adapter l'offre à la demande.» Toujours d'après la Confédération agricole, cette augmentation des volumes aurait eu pour autre défaut de se faire au détriment de la qualité. Gorgés de pesticides, dopés pour pousser plus vite, les choux-fleurs auraient perdu toute saveur. De quoi expliquer le désamour croissant dont ce légume souffre auprès des consommateurs. Et le succès des choux-fleurs, notamment espagnols, moins odorants. Les maraîchers bretons sont-ils prêts à entendre ce discours? Peut-être. Mais ce lâchage ne va pas de soi. Vu la stature d'Alexis Gourvennec, cela revient à tuer le père." Fin de citation .
___________________________
On connaît aujourd'hui en 2012 les conséquences de cette surproduction au niveau économique et écologique ( algues vertes en Bretagne , notamment ) .
Bonjour,
Pourquoi ne pas signer votre contribution ? Qu'y a-t-il là qui réclame l'anonymat ?
Cordialement
E. Laurentin