Fontaine, une source de la résistance poétique (avec le poète Georges-Emmanuel Clancier)
Un documentaire de Stéphane Bonnefoi, réalisé par Séverine Cassar
En avril 1939, la revue Mithra devient Fontaine, placée, depuis Alger, sous la direction de l’écrivain Max-Pol Fouchet. « Sonne l’heure de la poésie, quand sonne l’heure du mensonge », se positionne, d’emblée, Fouchet.
Fontaine s’impose comme « le porte-parole de la résistance intellectuelle » (Louis Parrot), aux côtés de Poésie 40 puis de Confluences. Max-Pol Fouchet signe le 20 juin 1940, deux jours après l’appel du général de Gaulle (qu’il n’a pas entendu), son fameux édito : « Nous ne sommes pas vaincus ». Mais Fouchet ne délaisse pas pour autant le chant profond et singulier d’un Apollinaire : Nous ne sommes pas vos ennemis/ Nous voulons nous donner de vastes et d’étranges domaines/ Où le mystère en fleurs s’offre à qui veut le cueillir (La jolie Rousse – Fontaine, avril 39).
Résister oui, mais par des moyens purement poétiques. En cela, l’esprit de Fontaine est conforme à celui du jeune poète Georges-Emmanuel Clancier, remarqué dans Les Cahiers du Sud. « Il ne faut pas aliéner la liberté de l’art au nom de la bonne cause », estime l’auteur du Paysan céleste, qui refuse de céder à la « facilité » de la poésie à message.
Le poète d’origine limousine devient le correspondant clandestin de la revue et s’occupe, tant bien que mal, de faire passer les textes d’Eluard et d’autres poètes à Max-Pol Fouchet, toujours à Alger.
Bombardements sur le maquis par la Royal Air Force des numéros de Fontaine avec les armes et les vivres, Rencontre de Lourmarin (1941) entre écrivains de la résistance, débats passionnés entre tenants d’une poésie de guerre et partisans d’une poésie qui n’a de cesse de chanter, même sous les coups, débat, encore, autour du numéro de Fontaine consacré à « La poésie comme exercice spirituel », livré en pleine occupation allemande… Georges-Emmanuel Clancier, à 97 ans, revient sur ces années troubles où la poésie a su renouer avec l’actualité et se réconcilier avec son lectorat.
Il est le dernier acteur vivant de ce que l’on a appelé la résistance poétique, et dont les figures majeures sont Aragon, Eluard, Emmanuel ou Char.
Lectures de poèmes de Georges-Emmanuel Clancier, Pierre Emmanuel, Aragon, Paul Eluard, et la voix de Max-Pol Fouchet (archives INA).
Bibliographie
Max-Pol Fouchet, Un jour, je m'en souviens : mémoire parlée (Mercure de France)
Max-Pol Fouchet, Les poètes de la revue Fontaine (Poésie 1)
Dans La Revue des revues, n° 46 - automne 2011, un grand entretien avec Georges-Emmanuel Clancier, où il est notamment question de Fontaine : Souvenirs en revues.








16 commentaires
Merci, Georges-Emmanuel Clancier, pour cette fort belle et passionnante émission!
Cécile Pelosse
Lumineux Georges-Emmanuel Clancier, à la mémoire fidèle et fertile. Lumineux Max-Pol Fouchet, ardent et fervent, né le premier mai, à midi, place de la République, puis baptisé à la normande d'une goutte de Calvados sur les lèvres, au milieu des hommes d'équipage du voilier "Liberté", à mi- distance de la France, pays de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et de l'Angleterre, pays de la grande Charte.
Merci à GEC, le "paysan céleste", qui, comme Max-Pol, tout en connaissant "le pain noir' n'a jamais désespéré de l'homme et n'a cessé de croire à la beauté du monde et aux "vraies richesses".
Merci enfin pour cette émission, bien menée, bien conduite, bien illustrée, en espérant qu'elle aura une suite, tant il y a encore de superbes choses à dire et à transmettre.
Sujet, montage, témoignage, mise-en-question…
Très beau. Merci. Une fois de plus, une n-ième fois
mais c'est toujours agréable à entendre,
et compense les moi-je-peux-pas-télécharger !
Au lieu de télécharger, mémorisons.
Tiens, cette phrase-là, qui est tombée :
"Un poème bien rimé, bien rythmé,
se retient plus facilement que le vers libre"
Merci (encore) pour cette émission belle comme un poème
Merci pour ce beau témoignage de G.E. Clancier. C'est vrai que la Poésie a du permettre de berner les fous, brûleurs de livres , incapables d'en décrypter les messages virulents.
J'ai cru entendre en fond sonore,le poème " Liberté" mis en musique par Poulenc. Auriez-vous la gentillesse de me communiquer les références de l'enregistrement?
Un grand merci à vous, et Bonne Année à toute l'équipe.
Nade Vannier
PS: A quand un nouveau générique musical?
Je finis par être lassée de celui-ci.
Bonsoir,
Bonne année à vous aussi et merci pour ces compliments.
Quant au générique, nous ne le considèrons pas encore obsolète. Même si un certain nombre d'auditeurs n'ont jamais été convaincus, je vous le concède.
Cordialement
Emmanuel Laurentin
Bonjour, Pourquoi ne peut-on pas télécharcher cette série d'émission sur les poètes ? Cela ne fonctionne pas. Merci pour votre éventuelle réponse
Bonsoir,
Je viens de le télécharger. Cela fonctionne bien pour moi.
Cordialement
E. Laurentin
Merci Enezenn !
Bonjour et merci pour cette émission. J'ai cependant eu le sentiment que la problématique du lien entre l'engagement et la poésie n'avait pas été suffisamment explicitée : je crois que la polémique sur "l'honneur" des poètes a été plus vive que l'émission ne le laisse entendre. L'engagement de René Char, par exemple, rapidement évoqué, et avec justesse, par G.-E. Clancier, me paraît à ce titre exemplaire : Char s'engage très vite dans le maquis, devient le capitaine Alexandre, et se refuse à publier ses poésies pendant la guerre. Seuls demeurent ( poèmes écrits entre 1938 et 1944 )et Feuillets d'Hypnos ( notes écrites dans la clandestinité, pendant le combat )sont publiés chez Gallimard par Camus après la Libération : ces recueils deviendront les premières parties de Fureur et mystère et auront un retentissement considérable. Ainsi, Char se démarque des poètes qui mettaient la poésie au service de la Résistance en diffusant leurs textes : est fondamental avant tout pour lui,pendant l'Occupation, le combat frontal au sens guerrier du terme ; il remet à "plus tard la part imaginaire qui, elle aussi, est susceptible d'action" ( Feuillets d'Hypnos, 18 : en réalité, il ne le fait qu'en partie puisque les admirables poèmes de Seuls demeurent sont pour certains composés en 1943-1944 ) ; cependant, pour lui, la poésie est action, l'action primordiale, essentielle ; la Résistance est donc soeur de la poésie.Mais, fidèle à sa conception de celle-ci, et parce qu'il ne peut se disperser,il refuse de publier. La position de Char contraste donc avec celle d'un Clancier ou d'un Aragon : n'est-ce pas par conséquent leurs conceptions même de la poésie et de celle-ci comme engagement qui s'opposent ? La poésie, chez Char, est indissociable de la philosophie, de l'éthique ; ontologique, elle est expression même de l'être, de la vie. Cette conception peut agacer,mais la poésie de Char est action, Résistance perpétuelle, au-delà des circonstances : Char est totalement engagé dans la poésie, et pour elle, c'est-à-dire pour la vie, la liberté ; son oeuvre est l'expression la plus exigeante du poème , elle est refus de toute complaisance et en cela Char rejoint le sarcasme d'un Péret dans Le Déshonneur des poètes ( Péret avec lequel il avait cependant rompu ). Un poète doit avant tout servir la poésie.
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Monsieur, ce documentaire est centré sur la vie de la revue Fontaine et ne prétend pas livrer une expertise de la poésie sous l'occupation. René Char est incontestablement une figure d'exception de la résistance, armée et poétique, comme vous le rappelez. C'est d'ailleurs pour cela que Georges-Emmanuel Clancier lui a rendu hommage, au travers notamment du récit de la visite qu'il rendît à Max-Pol Fouchet, à Alger. Cependant, comme vous le soulignez également, René Char n'a pas publié de poésie dans la revue Fontaine (ni dans aucune autre revue), entre 1939 et 1944. Il publiera à nouveau, fin 1944, à ma connaissance, des extraits de Seuls demeurent, dans un numéro de Fontaine (un hommage de la revue à René Daumal). Voilà pourquoi il est peu présent dans ce documentaire, avant tout consacré à Georges-Emmanuel Clancier et aux poètes de la revue Fontaine.
Bien cordialement. Merci de votre écoute.
Le producteur, Stéphane Bonnefoi
Réponse aux deux précédents commentaires:
Colette Magny "Richard II Quarante":
http://www.deezer.com/fr/music/track/6675993
Bonjour, réponse aux 2 commentaires précédents
Richard II Quarante - Colette Magny :
http://www.deezer.com/fr/music/track/6675993
Très intéressante émission en effet ! Quand il n'y a plus rien il y a la poésie ! Pauvre poésie. Mais qu'en est-il de René Char ? le seul parmi tous ces poètes trembleurs qui ait vraiment pris les armes ce qui après tout n'est pas rien...
Merci pour cette belle émission ! Pouvez-vous nous donner les références des ponctuations musicales ?
Voici la liste des musiques utilisées pour le documentaire:
- "Loosing touch" Edmund Campion
- "El paso del ebro" Rodolfo Halffter
-"Des canyons aux étoiles" Olivier messiaen / Myung Whun Chung
- "Mecano 1" Pierre Jodlowsky
- "Nuages" Django Reinhardt / quintette du hot club
- "Gurrelieder" Arnold Schoenberg / Esa Pekka Salonen
- "Josette" Gus Viseur / orchestre musette swing
- "Yankee doodle" Pete Seeger
- " Liberté" Francis Poulenc / orchestre philarmonique de Berlin
- "Esquire swank" Duke Ellington
Séverine Cassar, réalisatrice
Bonjour. Quelle est la chanteuse qui a interprété le poème d' Aragon ?
Merci pour votre réponse.
C. Robert-Laforest