Chronique «Inconnu de l’histoire » par Fabrice D’Almeida. Portrait de Hildegarde Bollmann.
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Au menu de ce jour, en discussion avec notre collège d'historiens Arlette Farge, Pascal Ory, Fabrice D’Almeida et Anaïs Kien
Un échange vif et long d'une vingtaine de minutes à propos du film de Abdellatif Kechiche " Vénus noire"
un autre film de Bertrand Tavernier "La Princesse de Montpensier"
un roman sur l'Italie «Dolce Vita 1959-1979» de Simonetta Greggio (éd. Stockl)
et pour finir la BD «Les amants de Sylvia» Jani Gakupi (éd. Futuropolis) sans compter l'annonce de la sortie du troisième tome de la série de David Vandermeulen sur "Fritz Haber" (éd. Delcourt)
Thème(s) : Histoire| 20e siècle







2 commentaires
Je souhaitais remercier de tout coeur Arlette Farge pour son intervention sur "la Vénus noire", à laquelle j'ai totalement adhéré. Je fais partie de ces femmes qui ont quitté la salle avant la fin du film ( et même bien avant en ce qui me concerne, puisque je suis sortie pendant la scène des salons parisiens). De mon point de vue, la scène du procès opère une bascule, et modifie la perception que nous avons des scènes suivantes, les rendant plus insupportables encore : on ne peut accepter l'idée qu'un être humain consente à son propre avilissement, se laisse de son plein gré humilier, dégrader, déshumaniser de la sorte. Il y a là quelque chose qui heurte violemment la conscience. La thèse de la manipulation serait alors un refuge, une solution de confort. Mais ce n'est pas ce que montre le cinéaste.
Par ailleurs, Arlette Farge est la seule à avoir posé la question de la conséquence de ce tournage pour l'actrice, question que je me suis posée également.
Merci donc à Arlette pour son point de vue engagé qui je suis sûre, exprime le sentiment profond de nombreuses femmes... et peut-être aussi, c'est à souhaiter, de certains hommes.
Par ailleurs, merci à France Culture, à Emmanuel Laurentin et à son équipe pour cette émission dont je me régale dès que j'en ai la possibilité, moi qui ai toujours été réfractaire à l'histoire...
C'est un grand soulagement d'entendre Arlette Farge parler du film " La Vénus noire " comme elle le fait. Et il faut la rassurer pleinement, en tant qu'homme, l'atteinte intime est réelle, l'envie de quitter la salle est forte, et la révolte est très vive. Ce film qui présente des qualités cinématographiques indéniables, est en même temps, un sommet de l'horreur, de l'insoutenable. Cette tendance du cinéma contemporain à pousser toujours plus loin la surenchère d'une violence physique, concrète, là où des grands cinéastes tels que Bresson, Bergman, etc. ont su l'évoquer par ellipse est d'une violence assez terroriste, car elle conduit le spectateur à penser d'une façon univoque, personne en effet, ne saura s'identifier aux tortionnaires du personnage du film. Il y a une complaisance extrêmement ambigüe à montrer la maltraitance à ce point, cela ne vaut pas uniquement dans le domaine sexuel, mais pour la maladie également.
Le film est violent non seulement dans sa forme, par la crudité des scènes montrées, leur longueur et leur répétition ( qui n'apportent rien de plus au discours ) mais dans sa syntaxe même, parce que le regard fasciné du spectateur est mené, à la manière d'un Lars Von Trier, à une vision hypnotique et nauséabonde. Il faut oser dire que ce film est politiquement pertinent et esthétiquement immoral, même si aujourd'hui, parler de morale est très déconsidéré, on aurait apprécié de découvrir ce sujet intéressant traité d'une façon moins broyeuse, moins ignoble.