avec Pierre Cassou- Nogues, philosophe
Il existe sans aucun doute entre
les « fictions philosophiques » et la « science-fiction » » des liens de
parenté. Descartes, en imaginant sa fiction du Malin Génie, n’est pas loin de ce
personnage de P. K. Dick dans « Ubik » qui pressentant que le monde dans lequel
il vit est une illusion s’enquiert des traces du démiurge qui pourrait en être
le créateur afin de lever le doute qui le mine sur la réalité qui l’entoure. Le
regretté Guy Lardreau écrivit en 1988 un
livre sur cet étrange alliage entre philosophie et SF. Dans cet essai de
métaphysique amusante, le philosophe définissait la SF comme une fiction capable
de produire des conjectures et de feindre de réaliser des possibles. Il
répondait à sa manière à l’injonction de Philip K. Dick, disant que, « Si ce monde-ci ne vous plaît pas, allez
voir s’il n’y en a pas un autre ».
Mais en disant cela Dick feint de
nous faire croire que cet autre monde serait comme la doublure du premier, son
prolongement. Et qu’il suffirait d’emprunter à la science et à la technique
leurs ingrédients pour qu’un monde parallèlle surgisse.
Or il se pourrait bien que ce
monde différent soit autre chose qu’une simple doublure. Il incarne peut-être
une des figures possibles de notre identité, une des multiples facettes de notre
esprit. Il se pourrait bien qu’entre notre monde, l’univers de la fiction, et
celui de la science, la parenté soit moins évidente qu’il y paraît.
C’est en tout cas l’idée que
défend avec ardeur le philosophe Pierre Cassou-Noguès dans son livre « Mon
zombie et moi ». Le sujet de la fiction, le sujet cartésien comme les
personnages de SF, ont selon lui une vie qui leur est propre. Ils sont une des
figures posibles de l’expérience en général. Le possible de la fiction, celui
qui nous fait croire à L’Homme Invisible ou au Malin Génie n’est pas forcément
possible dans le monde réel, ni possible au sens de la science… mais il consiste
en nous. Il nous renvoie un modèle de soi, une image de nous-mêmes. Il nous permet d’habiter d’autres
corps.
Pierre Cassou-Noguès fait un
inventaire des figures du sujet et de ses corps possibles – avec ou sans tête
posée sur le corps –
Il invente sous nos yeux ébahis
une méta-fiction d’un genre nouveau…
Nous l’avons invité pour qu’il
nous inquiète encore plus…


