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La Grande Table

La Grande Table (1ère partie) | 12-13

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Emission La Grande Table (1ère partie)

du lundi au vendredi de 12h à 12h30

Ecoutez l'émission 27 minutes

Rem Koolhaas : la ville malade de l'architecture ?

03.01.2013 - 12:02 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

En partenariat avec le magazine Books, qui publie dans son numéro de janvier un entretien avec l'architecte et urbaniste Rem Koolhaas, intitulé "L'architecture tourne le dos à la ville".

 

Avec Philippe TRETIACK, Thierry PAQUOT et Alain BUBLEX.

 

Philippe Tretiack : « Rem Khoolaas est surtout un communicant. Ce qu’on connaît bien de lui, c’est sa partie communicante. L’entretien de Books résume son livre Junkspace, publié il y a deux ans. Ce Hollandais de 69 ans est un très grand architecte, lauréat du prix Pritzker en 2000. Ce qui est intéressant dans la théorie qu’il a développé, c’est qu’avec la croissance de l’urbanisation, l’architecture est abandonnée au profit d’un urbanisme déliquescent qui pourrait trouver sa place n’importe où. De plus, on fait des bâtiments qui sont d’une telle taille qu’ils n’ont plus besoin de s’intégrer au contexte dans lequel ils s’installent, car ce sont des mondes clos sur eux-mêmes. Il aurait prononcé cette phrase : « fuck the context ». On l’a alors accusé d’être prêt à faire n’importe quoi, or, son architecture dit le contraire. C’était sans doute plus un constat que son opinion.

Il a été attaqué car c’est l’un des rares architectes à avoir écrit un best seller mondial S, M, L, XL. Comme le suggère ce titre, il y a chez lui une dimension SM à son rapport aux maîtres d’ouvrage et au monde. Il est toujours dans le double rapport de la critique et de la provocation. Il prend le tournant de l’architecture bioclimatique et plus largement, il change. Depuis deux biennales de Venise, il devient une espèce de défenseur du patrimoine, il s’intéresse à l’UNESCO, etc. Il est en train de comprendre qu’il doit modifier son discours.

C’est un très grand architecte, et il dit que l’architecture et l’urbanisme sont des choses qui marchent ensemble. »

 

Thierry Paquot : « Khoolaas vient du cinéma, et c’est important pour comprendre son côté communicant. En France, c’est la coqueluche des écoles d’architecture, car il a fabriqué un personnage un peu cynique capable de dire une chose et son contraire. Il pointe quelque chose de juste, comme l’idée de ville générique. Ce qui me réjouit dans cet entretien, c’est qu’il s’en prend à des choses que David Harvey, Mike Davis ou Saskia Sassen dénoncent depuis des décennies, mais on ne les écoute pas car ce ne sont pas des "star architectes".

Koolhaas cite des philosophes qui n’ont pas pensé l’urbanisation. Koolhaas et beaucoup d’architectes considèrent que c’est leur architecture qui fait le lieu, et non l’inverse. Sa manière de penser de Koolhaas ne va pas au bout du raisonnement. Il critique un certain nombre de choses, mais il ne va pas assez loin dans la critique. Il critique l’absence de politique, mais il n’en dit pas plus, par exemple. Il en va de même du BTP qui est chez lui un sujet tabou. C’est un architecte qui réinterprète sa pensée et la situe dans quelque chose de neuf. Le meilleur scénario qu’on puisse imaginer, c’est qu’il prenne en compte la dimension environnementale, ou encore qu’il parle de la place de l’habitant dans la cité.

Il ne s’en tient pas à des constats, il en mène aussi. A mon sens, il ne va pas assez loin dans la critique, et il collabore trop avec un système planétaire désolant. »

 

Alain Bublex : « Son explication de la source française de sa pensée est assez intéressante, avec Foucault, Barthes, Deleuze. Ce qui caractérise Rem Khoolaas, c’est qu’il est sans idée a priori. Ce n’est pas du cynisme : on peut dire une chose et son contraire quand on ne fait que décrire le réel. Le junkspace est intéressant à la fois comme espace résiduel, mais aussi pour ce qu’il a de tout à fait déplorable. Voilà ce qui donne cet effet de pensée paradoxale. C’est un architecte qui est toujours en dehors des constructions. Ce qui est frappant, c’est sa relation à la grande dimension, avec l’idée que les grands projets semblent pouvoir se couper de l’espace qui les entoure comme s’ils se suffisaient à eux-mêmes. Enfin, en lisant l’entretien de Books, on voit que la vraie disparition est celle du politique. Les bâtiments sont le fruit de la construction de l’économique, et non pas le fruit du politique.

On a tendance à lire les écrits de Koolhaas comme des textes programmatiques, or, il ne fait que dire ce qu’il perçoit du réel. S’il perçoit des villes génériques, cela ne veut pas dire qu’il faut en faire. Il montre que l’œuvre finit par échapper à l’architecte, et par appartenir à ses commanditaires. Il exprime la difficulté de cette situation. »

 

Sons diffusés :

- Antoine Grumbach dans La Grande Table, le 16 octobre 2012.

- Rem Koolhaas, conférence à Bordeaux, octobre 2012.

- Claude Nougaro, « Il y a une ville ».

 

Pour poursuivre la discussion, retrouvez ci-dessous les principaux documents et ouvrages évoqués dans l’émission, ou rendez-vous sur la page Facebook et le compte Twitter de La Grande Table. 

 

Pour accéder à la deuxième partie de La Grande Table du 3 janvier intitulée « Entretien avec l’écrivain Andreï Makine », cliquez ici.

Thème(s) : Idées| Architecture| Géographie| fabrique de la ville

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