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« Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur »…
Face à la crise européenne, on peut aisément appliquer la formule de Jean Cocteau… à Nicolas Sarkozy.
En coulisses, hier, avant la rencontre de Strasbourg avec Angela Merkel, on annonçait une réunion « cruciale » !... Nicolas Sarkozy espérait convaincre la chancelière de renforcer nettement les pouvoirs de la Banque Centrale Européenne.
Résultat des courses : Triple… Z comme « zéro », dirait une agence de notation qui se serait levée du mauvais pied.
Faute d’accord, on a donc eu droit à de l’habillage : « nous sommes déterminés à soutenir l’euro, nous allons faire prochainement des propositions sur la modification des traités », etc, etc… Dormez, braves gens….
L’épisode est révélateur.
Pour Nicolas Sarkozy, la voie est très étroite. Ses chances de
réélection vont se jouer en grande partie sur sa capacité à donner l’impression
qu’il n’est pas impuissant face à la crise et qu’il peut enrayer la glissade
économique.
Or, il n’y peut pas grand-chose. En tous cas, il n’y peut strictement rien sans
Berlin. Mais… il ne faut pas le dire. Politiquement, il faut toujours
« feindre d’être l’organisateur »….
Pour le chef de l’Etat, en quête de réélection, trois tactiques électorales sont donc sur la table.
La première, c’est de taper sur Berlin. Cette formule tente une partie de la
majorité et pas seulement ses franges les plus à droite. Beaucoup
soulignent que l’Allemagne est responsable : elle a privilégié ses
exportations sur sa demande intérieure. Et du coup, ses voisins se sont
endettés en achetant ses produits.
Mais alimenter le sentiment anti-allemand est un jeu dangereux, l’Histoire nous
le rappelle. On imagine mal Nicolas Sarkozy prendre ce risque.
Tactique numéro 2, assumer que l’Allemagne a les clés du camion.
Mais les chausse-trappes sont multiples : d’abord, le pari est économiquement hasardeux. Berlin pourrait vouloir appliquer à l’Europe son dogme de la rigueur budgétaire, avec à la clé, un risque de récession généralisé.
Et puis, pour Nicolas Sarkozy, ce serait un aveu de perte de souveraineté qui passerait très mal en période électorale. Sans compter que là encore, le sentiment anti-allemand pourrait ressurgir au coin du bois.
Deuxième option,… retoquée !
Reste la tactique numéro 3 : la voie étroite. Donner discrètement les clés du camion à Angela Merkel, mais, en même temps, la persuader de n’en rien dire, et surtout la convaincre d’accepter à la fois… une Banque centrale européenne forte, une mutualisation des dettes à l’échelle de l’Union, et une relance de la consommation allemande.
S’il parvient à faire avaler ce traitement de cheval au patient le moins malade de l’Europe, Nicolas Sarkozy sera… un magicien. Il pourra espérer éviter une dégringolade financière de la France, et signer pour un nouveau bail de 5 ans.
Paradoxe : ni François Hollande, ni François Bayrou, qui a donc mis fin hier soir à l'énorme suspense sur sa candidature, n’ont probablement d’option tactique alternative. Mais leur intérêt à court terme, c’est de voir Angela Merkel traîner un peu des pieds.
De ce point de vue, Berlin est donc « l’organisateur » de la course à l’Elysée.
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