Le développement durable est -il une idéologie périssable ?
20.10.2009 - 18:20
Que doit-on entendre par développement durable ? S'agit-il de réintroduire la dimension environnementale dans l'économie ? En réintégrant, par exemple, les externalités dans les coûts de production : ainsi le prix de la tonne de blé devrait comporter le coût de l'irrigation, voire celui des dégradations infligées à l'environnement par les pesticides. Telle est la logique du marché européen des droits d'émission de carbone. Ou s'agit-il d'une nouvelle mouture de la « sortie du capitalisme » au nom, cette fois, d'une pensée malthusienne - la planète est trop petite pour contenir 9 milliards d'êtres humains roulant en automobile et produisant chacun 840 kgs de déchets par an, comme les Canadiens ?
Dans un cas, il s'agit d'étendre encore plus avant la logique du marché en y incluant désormais les richesses non comptables de la planète. Dans l'autre, au contraire, de cantonner autant que possible le recours au marché au plus petit nombre d'échanges possible.
S'agit-il d'un nouveau moteur de croissance, comme le prétendent les promoteurs du « green business », ou d'un vertueux renoncement à cette croissance ?
Le développement durable est, on le voit, une notion bien ambiguë. Et pourtant, elle fait consensus. Les politiques de tous bords désormais s'en réclament - tous les candidats sérieux aux élections présidentielles se sont précipités pour signer le Pacte écologique de Nicolas Hulot. Peut-être parce qu'elle semble pouvoir fédérer le retour des grandes peurs millénaristes avec la poursuite de l'utopie technologique, les néo-maurrassiens et les technocrates progressistes, offrir un possible recyclage aux anciens gauchistes comme aux néo-heideggeriens. Et c'est bien ce qui peut sembler suspect.
Invité(s) :
Jean-Pierre Le Goff
Jean-Louis Laville, sociologue, professeur au CNAM et co-Directeur du laboratoire pour la sociologie économique au CNRS
Thème(s) : Idées





