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le samedi et dimanche de 18h10 à 19h

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Les enfants perdus de l'Espagne 12

04.01.2013 - 18:15 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureaudio

Combien sont-ils exactement ? Nul ne peut le savoir. Et pour cause, les familles retrouvent au mieux des certificats de naissance falsifiés et parfois des petits cercueils vides à la place du nouveau-né que l’on croyait disparu.

Combien sont-ils, donc, ces enfants qui ont été arrachés aux leurs, en Espagne, des années 40 jusqu’à la fin des années 80 ? On parle de dizaine de milliers, peut-être de centaines de milliers d’enfants volés. Aujourd’hui, adultes perdus. Le scandale a éclaté au grand jour dans les années 2000.

A l’origine, sous Franco, ce trafic a une base idéologique. Il s’agit de sauvegarder « l’Hispanité » en retirant leurs enfants aux Républicaines. Les vols de bébés continuent, même après le retour de la démocratie, cette fois sous couvert de bonne morale catholique. On prend leurs enfants à des mères célibataires ou issues de milieux modestes, et on les vend à des familles qui ne peuvent pas en avoir.

Aujourd’hui encore ces crimes restent impunis. Pire, la justice espagnole refuse obstinément de s’en saisir.

 

« Les Enfants perdus de l'Espagne », c’est un Magazine de la rédaction de Marine de La Moissonnière et Annie Brault.

>>> Un Magazine récompensé le 15 décembre 2013 par le Prix du journalisme des Radios Francophones Publiques, catégorie "Choix du public"

GONZALO PORSET, UNE VICTIME -Marine de La Moissonnière © Radio France

 

Espagne - rue Vallejo Nagera à Madrid Marine de La Moissonnière © Radio France

Quelques rares historiens supputaient cette sombre face du Franquisme et savaient qu’en 1940 et 1941, le dictateur - s’appuyant sur les travaux du psychiatre militaire Antonio Vallejo Nágera - avait fait promulguer trois lois pour légaliser ces enlèvements.

Il y était question de «propension dégénérative des enfants ayant grandi dans une atmosphère républicaine». Pour lutter, disait-on aussi, contre le gène du marxisme, il était du devoir de l’Etat de placer sous tutelle les enfants des « Rouges », ces communistes prisonnières du régime.

 

Ces vols d’enfants étaient donc officiels, comme l'explique Ricard Vinyes, professeur à l'université de Barcelone :

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A partir des années 50, l’opposition républicaine est matée en Espagne. Les enlèvements d’enfants se poursuivent néanmoins. Au nom de la morale catholique, on retire leurs enfants à des jeunes filles, à des mères célibataires ou des femmes issues de milieux modestes. Parfois on arrive à les convaincre que c'est mieux pour le bébé. Le plus souvent, on ne se donne même pas cette peine, et on leur fait croire que leur enfant est mort.

 

Le trafic devient peu à peu un véritable commerce dont tirent profit des médecins, des infirmières, des avocats, des notaires et des fonctionnaires, mais aussi des curés et des religieuses. Pour Francisco González de Tena, sociologue et président de la Coordinadora X-24, fédération qui regroupe une vingtaine d'associations de victimes dans toute l'Espagne, l'Eglise a joué un rôle essentiel dans ces vols de bébés :

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Les vols de bébés en Espagne ont duré jusqu’à la fin des années 80. En 1987, le pays se dote enfin des lois encadrant mieux les adoptions.

Aujourd’hui, il y a donc des mères qui cherchent leurs enfants. Des sœurs qui cherchent leurs jumelles Et des adultes en quête de leurs familles biologiques.

Espagne - l'association SOS bébés volés de Madrid Marine de La Moissonnière © Radio France

Dans leur combat pour découvrir leurs origines, les enfants perdus de l'Espagne ne sont guère aidés par l'Etat. Quant à l'Eglise, elle refuse d'ouvrir ses archives. Chacun doit donc mener un combat individuellement, avec l’aide des associations qui se mobilisent depuis des années. Mais les plaintes sont souvent classées sans suite par la justice qui considère les faits prescrits.

L'alternative, c'est donc de faire reconnaître ces vols de bébés comme des crimes contre l'humanité ayant commencé sous Franco. Une stratégie que certaines victimes ne veulent pas adopter car elles se heurtent alors au refus de l'Espagne d'enquêter sur son passé franquiste.

Le juge Baltasar Garzón a d'ailleurs perdu son poste en tentant de faire avancer le dossier des enfants volés du franquisme.

 

Miguel Angel Rodriguez, avocat spécialiste du droit pénal international et membre de la Coordinadora X-24, estime que c’est pourtant la seule solution. Selon lui, cela ne fait aucun doute : les disparitions forcées d'enfants en Espagne sont bien des crimes contre l’Humanité :

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D’après Miguel Angel Rodriguez, l’Espagne dispose de tous les instruments nécessaires pour juger ces crimes. Ce qu’il manque, c’est la volonté politique. Il faut donc que la communauté internationale fasse pression sur le gouvernement espagnol. L’Argentine pourrait aussi jouer un rôle déterminant dans cette affaire car des victimes du franquisme ont porté plainte à Buenos Aires, en 2010, au nom du principe de justice universelle. Celui-là même utilisé par l’Espagne, il y a quelques années, pour juger les responsables de la dictature argentine. Des procès qui avaient ensuite contraint le pays à faire face à cette page sombre de son histoire. On pourrait donc assister aujourd’hui à un « renvoi d’ascenseur ».   


La semaine dernière, le procureur général de l'Etat a publié une circulaire rallongeant les délais de prescription. Désormais les procureurs peuvent également ordonner des tests ADN. et des exhumations de cadavres. C’est donc un nouvel espoir pour les victimes.

Pour l'heure, une seule personne - une religieuse - a été mise en examen.


« Les Enfants perdus de l'Espagne », un Magazine de la rédaction de Marine de La Moissonnière et Annie Brault.

 

Avec :

Mari Cruz Rodrigo. Président de l’association SOS bébés volés de Madrid, elle cherche son fils Jésus, né le 18 août 1980, à l’hôpital 12 de Octubre de Madrid.

Carlos Mercader. Né en 1936, ce fils de Républicain a été élevé dans des orphelinats et des institutions religieuses.

Antonio Barroso. Président de l’association Anadir (association nationale des victimes d’adoptions illégales), il a été acheté par ses parents adoptifs en 1969.

Gonzalo Porset. Né en 1968, il recherche ses parents biologiques.

Quique Olivert. Il a retrouvé sa famille biologique le 15 novembre dernier. C’est l’un des rares enfants perdus de l’Espagne à avoir eu cette chance.

Invité(s) :
Benoît Pellistrandi, ancien directeur des études à la Casa de Velázquez, historien, professeur au lycée Condorcet.
Mireille Lemaresquier, chef du service "Monde" à France Info, ancienne correspondante de Radio France à Madrid

Galerie : Crêche vivante pour dénoncer le vol d'enfants en Espagne

6 photos
Photos prises par Marine de La Moissonnière à Madrid le 22 décembre 2012.

Thème(s) : Information| Famille| Gouvernement| Histoire| Justice| Politique| bébés volés| Eglise| Espagne| franquisme

12 commentaires

Portrait de Anonyme Mathilde18.01.2013

Un reportage fantastique, sur un sujet grave et trop peu connu en France (et tout cas, pour ma génération de trentenaires qui a pourtant étudié certes la guerre dEspagne mais jamais le détail du Franquisme). Du vrai journalisme, qui ne tombe jamais dans le pathos ni dans le facile mais de l'info pure avec un vrai parti-pris. Il fallait une jolie finesse d esprit pour faire un moment si poignant, si émouvant et si intéressant. Merci et vivement d'autres reportages aussi enrichissants.

Portrait de Anonyme jourdan14.01.2013

Et le Pape !!!!! Il fait quoi face à cette honte absolue ??? C'est révoltant !

Portrait de Anonyme marie jo07.01.2013

je suis contente d'avoir entendu votre reportage, il me touche au plus au point car je suis concernée directement sur ce sujet puisque nous sommes des victimes de ce trafic. Je suis en attente de ma convocation à la brigade des mineurs de VALENCIA pour déposer ma plainte. En France on entend très peu parler de cet ignoble trafic alors qu'en Espagne les articles sont quotidiens. j'ai voulu écrire notre histoire afin qu'en France cela se sache et espérant que mon récit puisse être éditer. PEU ËTRE CERTAINS ENFANTS ont passé la frontière .... merci pour votre intéret il est reconfortant .

Portrait de Anonyme claude trouche06.01.2013

Lire Carlos Gimenez, Parocuellos. Extraordinaire bd, qui raconte l'histoire de tous ses gosses, à pleurer de rage.

Ma mère, Espagnole née en 1941, Rosita Isabelle Diaz, viens de mourir.
Jamais elle n'a voulu aller en Espagne, Bcp d histoires circulaient, et sa terreur était profonde. combien de vie gâchées, et de souffrances.
J'espère que le secret sera levé, et que les liens,au delà de tout pourrons se créer. C'est tellement important!La lutte ne s’arrête jamais et c'est épuisant!

Portrait de Anonyme dominique06.01.2013

deni de justice,attitude inqualifiable de l'eglise catholique,à rapprocher de l'hysterie de ces memes milieux religieux,au nom de la famille,autour du mariage pour tous

Portrait de Anonyme Tomtom05.01.2013

Incroyable! Je n'avais pas conscience que ce "phénomène" avait perduré jusque dans les années 80... Merci pour cet excellent reportage!

Portrait de Anonyme Tomtom05.01.2013

Incroyable! Merci pour cet excellent reportage. Je n'avais pas conscience que ce "phénomène" avait pu perdurer jusque dans les années 80! J'espère que vous nous raconterez la suite d'ici qq temps.

Portrait de Anonyme Paquito Perez05.01.2013

Merci pour cette émission. Pour des raisons différentes, je n'ai retrouvé mon père, républicain espagnol, qu'après 45 ans et ma famille espagnole qu'au cours de ces dernières années. Vous comprendrez à la fois mon émotion en écoutant certains des témoignages (j'ai pleuré pendant la moitié de l'émission) et ma rage contre l'impunité des fascistes et de leurs alliés, l'église catholique. Merci encore.

Portrait de lucie lucie05.01.2013

le sabre et le goupillon - toujours et encore ...

Portrait de Anonyme hpa04.01.2013

Infliger de pareilles souffrances exclut de toute humanité. Et l'absolution religieuse est là pour exclure toute réparation.

Portrait de Anonyme Frédéric04.01.2013

Merci pour cette belle émission certainement dérangeante mais aussi très touchante. En effet j'ai le sentiment depuis quelques années que les liens du sang du point de vue de leur profondeur sont de moins en moins à la mode si je puis dire et je trouve ça très inquiétant. Je me trompe peut-être mais il me semble qu'en France actuellement une personne adoptée ne peut pas retrouver ses géniteurs au motif qu'il ne faut pas de stabiliser affectivement la famille d'adoption ni interférer avec l'histoire qu'elle s'est créée. Les interventions espagnoles que j'ai entendues à ce sujet étaient vraiment poignantes et instructives. Les parents géniteurs finalement ça compte et être géniteur aussi, même si l'histoire des relations affectives et de l'éducation s'écrit ailleurs. J'ai noté également que ça peut prendre une tournure politique plus qu'inquiétante. La distension de ces liens peut conduire à de sombres organisations sociales et marchandages. Pour ma part cette émission me renvoie à l'idée qu'en matière de parentalité il vaut probablement mieux assumer ses choix clairement sans chercher à en évincer la vérité. Mais je n'ai pas l'expérience de toutes les situations.

Portrait de Anonyme andres04.01.2013

vers 18h25......."la REBELLION"....républicaine...???
la république espagnoe était un gouvernement légal
la rébellion était militaire,d'extreme droite,son commandement confié à Franco
et merci,malgré ce petit trébuchement pour votre émission

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