Véronique Rebeyrotte, Claude-Marie Vadrot, Isabelle Veyrat-Masson, Sylvestre Huet Mathias Mégy©Radio France
Écologie, réchauffement, sommets internationaux, l'actualité est riche en considérations sur le climat. A l'heure où s'achève la conférence de Durban, après celles de Cancun et de Copenhague, entre les cris d'alarme de la plupart des scientifiques, le scepticisme d'une poignée de figures médiatiques et l'engagement plus ou moins fort des États, comment les journalistes peuvent-ils apporter une information claire sur ce sujet ?
Comment travaillent-ils ? Quels sont les rapports vraiment fiables ? Quels reportages ? Les journalistes scientifiques sont-ils assez formés ? Comment analyser et contredire la faible prise de conscience politique ? Et comment éviter de se prendre pour un justicier écologique ?
Pour répondre à ces questions :
- Claude-Marie Vadrot, journaliste indépendant
- Sylvestre Huet, journaliste à Libération
- Véronique Rebeyrotte, journaliste à France Culture, spécialiste de l'environnement
- Philippe Reltien, correspondant de Radio France à Pékin
et, comme chaque semaine, le clin d'oeil de Yassine Bouzar et la chronique multimédia d'Eric Chaverou (découvrez les liens ci-dessous) au sujet notamment de Waterlife, un remarquable webdocumentaire canadien de Kevin McMahon :
Invité(s) :
Claude-Marie Vadrot, journaliste indépendant
Sylvestre Huet, historien de formation, journaliste spécialisé en sciences depuis 1986 et travaille à Libération depuis 1995
Véronique Rebeyrotte, journaliste à France Culture spécialiste de l'environnement
Philippe Reltien, correspondant de Radio France à Pékin
Eric Chaverou, journaliste multimédia à la rédaction de France Culture
Thème(s) : Information| Ecologie| Médias| Environnement| climat| journalisme
Lien(s)
Document(s)
-
L'horreur écologique : de l'inutilité du Ministère de l'environnement Delachaux et Niestlé - Coll. Changer d'Ere, 2007



13 commentaires
je suis d'accord avec M de Vriès: l'émission est en pleine amélioration et tourne de mieux en mieux, mais j'ajoute que ce dernier numéro sur le climat était l'un des plus aboutis, démontant posément le fonctionnement et le travail des journalistes sur ces questions.
Claude-Marie Vadrot est bien sympathique mais est un journaliste vraiment peu crédible sinon inutile puisqu'il déclare n'avoir pas besoin d'approfondir ce dont il rend compte, ni d'ailleurs de connaître l'arabe pour discuter avec des Afgan, on espère qu'il leur parle Afgan ! Quant à Sylvestre Huet il confond "freiner et baisser le pied !". A part la mise en garde sur les échelles de temps par la chercheuse du CNRS, nous n'avons vraiment rien appris sur les dessous ou sur les secrets des conférences climatiques.
L'émission, très précieuse quant à son principe, s'est bien améliorée depuis son début, mais celle-là n'était vraiment pas au top faute d'invités faisant le poids
Michel de Vriès
Pour compléter le commentaire d'Yves Tourneur : le journaliste se situe à la jonction du scientifique et du public. Son rôle est de présenter autant que possible tous les éléments d'un débat afin que le lecteur/auditeur puisse se faire un avis éclairé sur la question.
En cela, le manque de culture scientifique dans le journalisme français est préoccupant : au-delà des aspects anecdotiques (le drame des millions et milliards, la "découverte" 10 fois par an qu'il existe de l'eau sur Mars, le premier ouragan venu attribué au réchauffement climatique), ce manque d'appétence conduit bien souvent les médias à offrir leurs ondes/colonnes à des invités qui ont tout loisir d'exposer leurs thèses sans jamais subir la moindre contradiction.
Par contradiction, je n'entends évidemment pas un débat sur l'aspect strictement scientifique qui n'intéresserait que des experts, mais plutôt un débat sur la contextualisation politique/économique/culturelle de l'affirmation scientifique : ainsi, les climatologues ont-ils raison dans l'absolu d'en appeler à réduire les émissions de CO2, mais que disent les populations qui vivent et consomment? Qu'en disent d'ailleurs ceux qui d'une main veulent réduire le CO2 tout en souhaitant de l'autre "réindustrialiser"?
Le problème se pose merveilleusement avec le gaz de schiste ou le principe de précaution, l'un refusé, l'autre adopté, avec comme point commun qu'ils le furent par principe, sans le moindre débat permettant d'éclairer un tant soit peu le citoyen sur leurs enjeux réels.
Les sciences partagent d'ailleurs avec l'économie ce malheur du manque total d'intérêt et des préjugés ayant valeur de règles, ce qui se mesure dans les angles de vue choisis pour présenter les sujets (quel média a présenté ne serait-ce qu'une seule fois le principe de précaution comme présentant des effets pervers? Ou le gaz de schiste comme un enjeu géopolitique d'indépendance énergétique et social de baisse des prix du gaz?).
Bref, la responsabilité dépasse les médias, mais ils y ont leur part. Toujours ce refus de creuser, de heurter, de provoquer. Nous retombons sur le manque de considération qu'ils ont (en France) pour leur rôle de pouvoir autonome dans une démocratie,
Cordialement, et merci pour votre travail,
Je voudrais aborder ici un l'aspect plus général du lien entre journalisme et science. Toute notre culture depuis l'école est basée sur l'opposition entre « scientifiques » et « littéraires ».
Le manque de culture scientifique dans la presse (française au moins) est criant à l'égard de ce qui est scientifique ou quantifié. J'en prends pour exemple la confusion courante entre millions et milliards à propos de la dette ou de kilos de CO2 par exemple dans des commentaires. Le pompon avait été décroché par le CNRS qui remplaçait une lettre mensuelle austère lue par tous les chercheurs, par une publication "moderne" avec mise en page et photos couleurs, rédigée par une équipe de journalistes embauchés pour l'occasion. Un de leurs premiers articles faisait confusion entre les millions et milliards d'années de l'homme sur terre. Dans un journal scientifique, cela faisait désordre, mais avait allure de "signe des temps".
Fournir des données hors du champ commun donne une allure savante et donc une contenance à celui qui s'y abandonne. En remplaçant ces commentaires par des relations avec des données tangibles par tout le monde, on gagnerait en clarté. Si on prenait l'habitude de ne parler de la dette que en terme de montant par habitant, on arriverait à des chiffres que chacun peut rapprocher du prix de sa voiture ou de son appartement. Sachons que le budget de la France signifie quatre mille euros par français, en gros le prix d'une automobile par famille. La dette publique se monte à 2500 euros par français, le salaire moyen mensuel par ménage. Cela demande à la fois un effort intellectuel et un effort de simplicité et de modestie de la part des journalistes.
Il faudrait ensuite que les termes de millions et milliards, peu utilisés dans les discussions entre scientifiques, prennent une consistance dans la conversation médiatique. Sachons que l'univers a quatorze milliards d'années, la terre cinq, la vie trois, l'homme huit millions d'années, et laissons les virgules pour plus tard.
Il faut aussi comprendre que la relativité restreinte jusqu'à E=mc² était expliquée par Einstein en utilisant uniquement le théorème de Pythagore, le triangle rectangle. Il faut chercher à comprendre, de manière simple. On peut également aborder la mort programmée des cellules et l'activité électrique des neurones avec des idées justes sans rentrer dans les détails.
Il est effarant de constater que beaucoup de journalistes, d'écrivains et de philosophes actuels ont une connaissance de problèmes scientifiques et des chiffres souvent complètement fausse, alors même que les scientifiques auraient besoin de leur apport. On peut pardonner à ces incultes en constatant la pauvreté du discours philosophique d'un certain nombre de scientifiques.
Supprimer les échelles incompréhensibles, faire l'effort de chercher à comprendre les choses a priori hors d'atteinte, il y a du pain sur la planche.
Comme toujours, un grand merci pour votre page Internet et tous ses liens remarquables. Et Waterlife, vous avez raison, c'est exceptionnel, je ne connaissais pas. Grandiose !
J'espère que la rédaction de France Culture a écouté le moment de l'émission où on parlait journalisme et militantisme : les journalistes n'ont pas à faire prendre conscience et mais à faire prendre connaissance. Paradoxalement, il faudrait songer au slogan de Fox News : "We report, you decide" (dommage qu'il serve de devise à une chaîne hautement politisée...). France Culture se dirige en effet vers le "advocacy journalism", ou le journalism de sensibilisation, ou de cause, ce qui est un détournement de sa vocation. Il faut revenir aux fondamentaux, et mettre de côtés ses convictions et consignes de vote. Si seulement quelqu'un pouvait passer le message à la rédaction de FC (et aux nombreux producteurs journalistes qui utilisent leurs créneaux à des fins politiciennes).
je me demande quel "feuillet" on peut faire pour faire comprendre
l'Afghanistan aux lecteurs quand on croit encore que la langue importante
du pays est l'arabe ?
Très bonne émission, l'une des meilleures depuis le début. Et quand même beaucoup d'interrogations sur la capacité des médias à rendre compte d'une question aussi vaste.
S'agissant de la structuration des controverses, manquait l'évocation du rôle des lobbies, notamment industriels et économiques, dont l'influence commence à être bien documentée par des travaux en sociologie et en science politique. Un représentant de la discipline en donne par exemple quelques références sur son blog : https://yannickrumpala.wordpress.com/2008/11/19/les-sources-du-scepticis...
Il est d'ailleurs dommage que les journalistes ne lisent pas les travaux sociologiques sur ces enjeux (en sociologie des sciences, en sociologie politique, en sociologie de l'environnement, etc.), et l'absence de ce type de références dans les liens proposés par la page de l'émission sur Internet est à cet égard révélatrice.
Le monde du journalisme a t il le POUVOIR de faire que toutes info parlée ou écrite démarre par un point climatique ( comme on met la météo systématiquement ) Et que ce point soit présent à CHAQUE info ?????
Bonjour,
Je trouve très démagogique, déplacé, manipulateur voire inacceptable l´association qui a été faite du discours d´Eva Joly sur le risque nucléaire et certaines paroles d´´écologistes à des morceaux de films à grand spectacle hollywoodien stupides et excessifs jouant sur la peur de la fin du monde....
C´est un montage digne de la pire des manipulations et propagande, qui relève plus des méthodes de mystification utilisées par TF1 que de l´honnêteté intellectuelle de France Culture...
Un comble alors que le sujet est la déontologie du journalisme scientifique : vous êtes vous-même un exemple de ce qu´il ne faut pas faire
Bonjour Sylvain
Comme précisé dans l'émission, ce à quoi vous faites référence était intégré à un "clin d"oeil" hebdomadaire, qui fait délibérément dans l'excès et la caricature, afin de susciter le débat. Ce clin d'oeil est assumé comme tel, présenté comme tel, et je ne pense donc pas qu'il participe de la manipulation que vous dénoncez. Vous avez le droit, bien sûr, de le percevoir comme tel; mais ce n'est pas le cas.
Au demeurant, les propos tenus dans l'émission, prise dans sa globalité, donnent plutôt de l'eau au moulin d'Eva Joly et des écologistes, que le contraire.
Quelle est l'incidence des millions de climatiseurs fonctionnant en permanence dans les pays chauds et rejetant en un air à environ 25°.
MERCI