Les mots de la ville à travers diverses langues, Nécrologies d'architectes récemment disparus
09.09.2010 - 15:00
Nous recevrons Christian Topalov, Laurent Coudroy de Lille, Elisabeth Essaïan, Claudia Damasceno Fonseca, Nicolas Puig et Volker Ziegler, pour envisager la manière dont se déclinent les mots de la ville dans diverses langues.
D'abord un bref hommage à quatre figures d'architectes disparus durant l'été
• Indications bibliographiques
L'Aventure des mots de la ville, Christian Topalov, Laurent Coudroy de Lille, Jean-Charles Depaule et Brigitte Marin dir., Robert Laffont, Bouquins, 2010, 1 568 pages, 39 euros
Les Divisions de la ville, sous la direction de Christian Topalov, éditions de la Maison des sciences de l'homme, 2002, 480 pages, 38 euros
Les Mots de la stigmatisation urbaine, Jean-Charles Depaule, dir., Unesco, Maison des Sciences de l'homme, 2006, 278 pages
Italien du Caire, une autobiographie, Mario Rispoli, Jean-Charles Depaule, Parenthèses, Marseille, 2010, 256 pages, 22 euros. Il s'agit de la vie d'un journaliste italien du Caire Mario Rispoli, qui ensuite dirigea le service de presse de la Fiat (1937-2005)
• Lecture
Michel Houellebecq, La Carte et le Territoire, Flammarion, 2010
Il s'agit de la description, de l'ekphrasis de l'un des tableaux du principal protagoniste de ce livre, un tableau intitulé : "L'architecte Jean-Pierre Martin quittant la direction de son entreprise".
• Nécros
- Bogdan Bogdanovic est mort le 18 juin à Vienne, une ville où il vivait en exil depuis 1993. Ancien dignitaire du régime yougoslave, il fut l'auteur de nombreux monuments aux morts de la seconde guerre mondiale, des monuments sculpturaux et paysagés, plus de vingt dessinés sur trente ans entre 1951 et 1981, dont la célèbre Fleur de pierre de Jasenovac en Croatie, construit sur le site d'un camp de concentration, ceux de Prilep en Macédoine, Mostar en Bosnie-Herzégovine, Krusevac en Serbie, et le mémorial de Vukovar qui a été détruit durant le conflit. Bogdan Bogdanovic avait été maire de Belgrade de 1981 à 1986. Il s'était exilé et, dans son fameux article sur l'Urbicide ritualisé (paru dans un ouvrage Die Stadt und der Tod), il avait dénoncé le nationalisme serbe et certaines aberrations stylistico-ethniques, notamment cette "intention de reconstruire dans un style serbo-byzantin qui n'existe pas" la ville baroque de Vukovar, en Slavonie orientale, ville d'environ 50 000 habitants, ethniquement épurée et rasée à l'automne 1991 au terme de trois mois de siège.
"Nous, et précisément nous, le côté serbe, avait-il écrit, resterons dans les mémoires comme les destructeurs des villes, les nouveaux Huns. (...) Tôt ou tard, le monde civilisé passera sur nos massacres réciproques avec un haussement d'épaules. Que pourrait-il faire d'autre? Mais il ne nous pardonnera jamais la destruction des villes. (...) L'effroi de l'homme occidental est compréhensible. Depuis quelques centaines d'années déjà, il ne distingue plus les notions de ville et de civilisation, même d'un point de vue étymologique. Il ne peut comprendre la destruction insensée des villes que comme une opposition manifeste et violente aux plus hautes valeurs de la civilisation."
"Ceux qui haïssent les villes et les détruisent ne sont plus seulement des phénomènes livresques, écrivait-il dans ce même article, théorisant cette particularité du conflit balkanique qu'il avait appelé "urbicide"; ils sont parmi nous. Reste à savoir de quelles profondeurs de l'âme troublée du peuple ils sont sortis, et où ils vont." L'Urbicide ritualisé est paru en français dans l'ouvrage Vukovar-Sarajevo, publié sous la direction de Véronique Nahoum-Grappe en octobre 1993, et dans un numéro Sarajevo de l'Architecture d'Aujourd'hui, en décembre de la même année).
Bogdan Bogdanovic avait donné ses archives à l'Architekturzentrum de Vienne, qui lui a consacré une exposition l'an dernier.
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Murder of the City, Bogdan Bogdanovic, translated from the Serbian by Michael Henry Heim, New York Review of Books, mai 1993.
Die Stadt und der Tod, Bogdan Bogdanovic, Wieser Verlag, Klagenfurt Salzbourg, 1993, 66 pages.
Bogdan Bogdanovic, L'Urbicide ritualisé, 1993, traduction française dans Vukovar, Sarajevo... et l'Architecture d'aujourd'hui n°290.
Vukovar, Sarajevo..., la guerre en ex-Yougoslavie, sous la direction de Véronique Nahoum-Grappe, Esprit, 1993.
Dossier Sarajevo, L'Architecture d'aujourd'hui, n°290, décembre 1993.
Une haine monumentale, essai sur la destruction des villes en ex-Yougoslavie, François Chaslin, Descartes et Cie, 1997, 120 pages.
- L'architecte André Lefevre, André Lefevre-Devaux, qui vivait au Lavandou, est mort le 14 juillet, à 88 ans. Né en 1921 à Châteauneuf-du-Cher, sportif, un peu naturiste et campeur, il s'était épris du cap Bénat et avait décidé, après son diplôme obtenu en 1952, de s'établir avec Jean Aubert, un copain d'école, au Lavandou où il avait construit sa propre maison au sortir de la plage de Saint-Clair, entre route et mer : trois niveaux étagés jusqu'à l'eau en dessous de la route, auxquels on accède par le toit-jardin.
Nous l'avions rencontré il y a deux ans à l'occasion d'une exposition que lui avait consacrée la Villa Noailles, à Hyères. A 87 ans il était resté parfaitement alerte, et gambadait comme un chevreau parmi les chênes verts, traînant derrière lui une petite troupe de journalistes plutôt essoufflés qu'il avait conviés à visiter le lotissement privé du Gaou Bénat : 600 maisons, pour 150 d'entre elles serrées en cinq petits villages et pour 450 dispersées sur les 162 hectares d'un magnifique domaine. Comme dans un village grec, on y passe de toits en terrasses et en jardins, d'escaliers privés en sentes plus publiques. 600 maisons donc, inspirées de la manière brutaliste du Le Corbusier de l'après-guerre, et notamment des fameuses villas Jaoul avec des murs épais en schiste, des acrotères de béton, de grandes baies vitrées du sol jusqu'à la dalle du plafond, de fortes menuiseries de pitchpin.
André Lefèvre, Jean Aubert, architectes, film de Florence Sarano et Luc Bouery, avec des témoignages de Patrick Bouchain et Rudy Ricciotti, DVD, Villa Noailles Bookstorming, 2009, 15 euros
- L'architecte allemand Günther Behnisch, né à Dresde en 1922, âgé de 88 ans, est mort le 12 juillet à Stuttgart où il s'était établi après six années de guerre (achevées dans la marine) et après avoir été prisonnier en Angleterre jusqu'en 1947. Diplômé en 1951, il sera bien plus tard (en 1967) professeur à la Technisches Hochschule de Darmstadt (succédant à Ernst Neufert, le grand spécialiste de la normalisation dimentionnelle). Behnisch s'est voulu un architecte de la démocratie, de la préfabrication (notamment pour les bâtiments scolaires dont il sera l'un des meilleurs bâtisseurs en Europe) et particulièrement du non-cloisonnement des espaces, de leur transparence et de leur ouverture. Avec une esthétique qui se fera à la fin légèrement expressionniste.
Plus que le musée de la poste de Francfort (1984-1990) ou le parlement de Bonn (une affaire de plus de vingt ans menée entre 1971 et 1992), ou encore la délicate et ambitieuse académie des Beaux-Arts de la Pariser Platz de Berlin (1994-2005), entièrement vitrée, en rupture et même en protestation contre les règles néo-prussiennes qui étaient imposées dans la reconstruction de la capitale allemande (notamment avec son ridicule voisin, le pastiche à l'échelle réduite aux 9/10° du grand hôtel Adlon), le chef d'œuvre de Behnisch restera l'extraordinaire couverture suspendue, la grande toile tendue et transparente des stades olympiques des jeux de Munich de 1972, qu'il conçut avec le fameux ingénieur de structures légères Frei Otto.
Berlin Pariser Platz, Neubau der Akademie der Künste, Werner Durth und Günter Behnisch, Jovis Verlag, Berlin, 2005
Günter Behnisch, Peter Blundell Jones, Birkhäuser, Basel, Berlin, Boston, 2000
Behnisch & Partner, 50 Jahre Architektur, 50 Year of Architecture, Dominique Gauzin-Müller, Ernst & Sohn, Berlin, 1997, Academy Editions, London, 1997
Behnisch und Partner, Bauten 1952-1992, Austellungskatalog, Galerie der Stadt Stuttgart, Gerd Hatje, Stuttgart, 1993
- Mort dans la nuit du 3 au 4 juillet, à Rome, quelques jours avant son 84° anniversaire, l'architecte Carlo Aymonino. Né en 1926, il était le neveu du célèbre architecte fasciste Marcello Piacentini (1881-1960) chez qui il avait été formé.
Aymonino enseigna dès 1963 à Venise, où il devint l'une des figures du débat sur la typologie et les questions urbaines, comme Aldo Rossi l'était à Milan. Pour ce qui est de son œuvre construite, il en a lui-même énoncé clairement les traits, assez sévères: "Les éléments constitutifs de mon architecture, à savoir, outre les parcours, les formes géométriques : cube, parallélépipède, cylindre, etc., deviennent, avec le temps, de véritable obsessions architecturales, a-t-il écrit, ... des obsessions auxquelles il faut adapter par la contrainte la matière architecturale (et non les matériaux). C'est pourquoi, dans mes derniers projets, les matériaux sont toujours plus pauvres (en variété, non en qualité), rachetés par la variété et la qualité de la matière (les parcours, les figures architecturales, les rapports urbains) dans ses nombreuses possibilités de combinaisons."
On lui doit notamment le quartier des Spine Bianche à Matera (1954-1957), une école à Pesaro (1970-1984), la chambre de commerce, industrie et agriculture de Massa-Carrare (1956-1960), le Palais de justice de Ferrare (1977-1984) et le centre commercial Benelli à Pesaro (1981-1983). Et surtout l'ensemble de logements du Gallaratese à Milan (1967-1974), qu'il réalisa avec Aldo Rossi et qui est restée comme l'une des principales icônes de l'Italie rationaliste et postmoderne.
Un certain nombre de jeunes architectes français ont connu son travail théorique dans les années 1968, notamment Castex et Panerai qui devaient, plus tard, en 1975, publier avec Jean-Charles Depaule, un rapport de recherche qui allait devenir un manuel célèbre : De l'îlot à la barre.
Carlo Aymonino, l'architettura non è un mito, Claudia Conforti, Officina edizioni, Roma, 1980, 192 pages
L'abitazione razionale : atti dei Congressi CIAM 1929-1930, a cura di Carlo Aymonino, Marsilio, Padova, 1980, 244 pages
Il Gallaratese di Aymonino e Rossi, 1967-1972, Claudia Conforti, Officina edizioni, Roma, 1981, 192 pages
Piazze d'Italia. Progettare gli spazi aperti, Carlo Aymonino, Francesco Dal Co, Vittorio De Feo, Electa, Milano, 1988
Progettare Roma capitale, Carlo Aymonino, a cura di P. Desideri et F. Leoni, Laterza, Bari, 1990
Il significato delle città, Carlo Aymonino, Laterza, Bari, 1975
Origini e sviluppo della città moderna, Carlo Aymonino, Marsilio, Padova, 1965
Il nuovo ospedale di Mestre, Carlo Aymonino, Arsenale, 1987
- Le critique d'art Jean-Louis Maubant est mort d'un cancer à 67 ans. Il avait créé et animé durant deux ans une institution pionnière, l'Elac, Espace lyonnais d'art contemporain installé à partir de 1976 dans l'échangeur de Perrache au sortir de la gare, puis fondé le Nouveau Musée de Villeurbanne (aujourd'hui Institut d'art contemporain) dans une ancienne école datant de l'époque de Jules-Ferry; il le dirigea de 1978 à 2006, avant d'en confier la direction à Nathalie Ergino. Il y avait notamment organisé deux expositions d'architecture, Maquettes d'architectes en 1992, et Architecture radicale en 2001, et piloté dans le cadre de la manifestation Nancy 2005 l'exposition Avenirs de villes
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Maquettes d'architectes, Adelina von Fürstenberg, Pierre-Alain Crozet, catalogue d'exposition, Centre d'art contemporain, Genève, Le Nouveau Musée, Villeurbanne, 1992, 48 pages.
Architecture radicale, catalogue de l'exposition de 2001, trilingue anglais, espagnol, français, Institut d'art contemporain, Villeurbanne, 2002, 364 pages, 42 euros.
Avenirs de villes / Future for Cities, Jean-Louis Maubant, Moniteur et Nancy 2005, 2005, 208 pages, 37 euro
• Calendrier
Expositions
2208-2410 www.sam-basel.org A Bâle, exposition Richard Neutra, Bauten und projekte in der Schweiz, 1960-1970. L'architecte autrichien Richard Neutra, né à Vienne en 1892, mort à Wuppertal en 1979, s'était établi en 1923 aux Etats-Unis où il avait travaillé pour Wright puis avec Schindler, concevant quelques-unes parmi les plus belles villas modernistes de Los Angeles. Dans les années soixante, il avait construit en Europe deux ensembles de logements et huit villas, dont quatre en Suisse, trois projets ultérieurs n'ayant pas été réalisés. Sweizerisches Architekturmuseum de Bâle, Steinenberg, 7, Basel.
2808-1411 www.civa.be Après Bruxelles, où elle avait été présentée au Civa, c'est à Venise que l'on peut voir cet automne la riche exposition sur le grand ingénieur italien Pier Luigi Nervi, Architettura come sfida, au Palazzo Giustinian Lolin, calle Justinian, San Vidal, 2893, 30124 Venezia, accompagnée d'une seconde manifestation, monographique : La Casa di risparmio di Venezia, présenté à la caisse d'épargne, Casa di risparmio, campo Manin, San Marco 4216, Venezia.
0209-2410 www.paris.fr Une exposition des historiennes Florence Bourillon et Annie Fourcaut commémore le cent cinquantenaire du rattachement à Paris des arrondissements périphériques. 1860 : agrandir Paris, 150 ans des vingt arrondissements parisiens, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, Galerie des Bibliothèques, 22, rue Mahler, 75004 Paris.
0209-2509 www.galerie-architecture.fr L'agence d'architecture X-TU, d'Anouk Legendre et Nicolas Desmazières, expose ses réflexions sur le thème Architecture bionique, à la Galerie d'architecture, 11, rue des Blancs-Manteaux, 75004 Paris
0109-3010 www.ivorybooks.com A Madrid, une exposition de l'architecte Norman Foster, associé au critique Luis Fernandez Galiano, en hommage au grand inventeur américain Buckminster Fuller (1895-1983), inventeur de la Dymaxion House et des dômes géodésiques. Bucky Fuller and Spaceship Earth, Ivory Art and Books, calle del Comandante Zorita 48, 28020 Madrid.
0909 www.ivorybooks.com Deux rencontres en marge de l'exposition Fuller de Madrid : ce jeudi 9 septembre avait lieu à 12h30, un premier débat sur le thème Los tiempos con Bucky Fuller, avec Allegra Fuller, sa fille, Thomas Zung, architecte et son ancien associé, Norman Foster et Luis Fernández-Galiano, et samedi 11 à 21h00, Vigencia de Bucky Fuller: su influencia en arquitectura, arte contemporáneo y otras ciencias, avec Benedetta Tagliabue, Juan Herreros, et Alejandro Zaera Polo et Luis Fernández-Galiano.
Conférences
1709 www.ace-fr.org L'association ACE, pour Acétylène, Association des concepteurs lumière et éclairagistes, organise à Paris le vendredi 17 septembre une rencontre sur le thème Lumière et environnement nocturne, enjeux et points de vue. Avec le matin une présentation de projets et l'après-midi, à 14h30, un débat avec de nombreux professionnels et spécialistes de ces questions : Christophe Canadell, Yann Desforges, Marc Dumas, Rozenn Le Couillard, François Migeon, Roger Narboni, Pierre Rossignol et Sylvie Sieg, concepteurs-lumière; Vincent Marchaut, Ingénieur en éclairage urbain; les architectes Emmanuel Combarel et Thierry Van de Wyngaert; le paysagiste Jacques Coulon; le géographe Luc Gwiazdzinski, l'urbaniste scénographe Bruno Cohen, Frank Hovorka, maître d'ouvrage, Philippe Brillault, maire du Chesnay, et Paul Blu, président de l’Anpcen, Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturne. Débat animé par François Chaslin. Maison de l'architecture, couvent des Récollets, 148, rue du faubourg Saint-Martin, 75010 Paris.
• Musique
Armstrong, West End Blues
Les cris de Paris, Voulez ouyr les cris de Paris?, de Clément Janequin, publié en 1528
Serge Gainsbourg, Laeudanla Téïtéïa, Laetitia, 1963
Invité(s) :
Christian Topalov, sociologue
Nicolas Puig, anthropologue
Thème(s) : Arts & Spectacles| Architecture| André Lefevre| Bogdan Bogdanovic| Carlo Aymonino| Günther Behnisch| Jean-Louis Maubant| mots et villes


