Le journal des Nouveaux chemins avec Jorge Semprun, écrivain et homme politique, à propos de Une tombe au creux des nuages - Essai sur l'Europe d'hier et d'aujourd'hui (Climats)
Frédéric Worms J.-M. Roux©Radio France
Réalisation : Bertrand Chaumeton
Lecture des textes : Georges Claisse
Adèle Van Reeth et Jorge Semprun ©Radio France
Extraits musicaux :
Joe Dassin, Café des trois colombes
Charles Trenet, Les intellectuels_
Invité(s) :
Frédéric Worms, philosophe, directeur du Centre international d'études de la philosophie française contemporaine et professeur à l'université de Lille III
Jorge Semprun, ecrivain, scénariste et homme politique espagnol
Thème(s) : Idées| Littérature Française| Philosophie
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Document(s)
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Sartre, La liberté dans tous ses états France Culture / Naïve. Collection Les vendredis de la philosophie, 2008






11 commentaires
Merci Mr Lestrade pour votre réponse. Je vais relire "Situations" qui sommeillent dans ma bibliothèque. Je suis d'accord avec vous pour l'onde de choc produite par la psychanalyse, non seulement dans la mouvance d'extrême droite ( les Nazis la qualifiait déjà de "science juive"), mais aussi dans la gauche actuelle (M Onfray). Il n'y a que la vérité qui fâche. Bien à vous. MN
Je signale à M. Navarro qu'il y a au moins une réflexion très intéressante de Sartre sur le freudisme, tirée des "Situations", qui est reproduite dans le hors-série que Le Monde a consacré récemment à Freud (et qui se trouve peut-être encore en kiosque, ça ne fait pas longtemps qu'il est sorti). En fait le sujet qu'il faudrait traiter, c'est peut-être Freud et la France: un pays tellement choqué dans toute sa culture et sa tradition par la psychanalyse, et qui est devenu finalement la dernière citadelle du freudisme. Très curieux! Il y a Sartre et Freud, mais aussi Foucault et Freud, Deleuze et Freud, etc.
Merci à MM Basil et Lestrade pour leur participation. Un sujet tel que "Sartre et Freud" aurait pu faire l'objet d'une passionnante émission à l'antenne (pour abonder dans le sens de Raphaël qui précise que consacrer 5 heures à Sartre est dérisoirement court). Lestrade nous recommande de retourner aux textes. Soit, mais lesquels ? A part le chapitre sur la mauvaise foi dans "l'Etre et le néant", je n'en connais pas. Certes la quête des héros (ou anti héros) sartrien s d'eux-mêmes montre bien leurs difficultés à se connaître, mais y a-t-il un texte théorique où Sartre reconnaîtrait, même implicitement, l'existence de l'inconscient ? En tout cas, merci à vous deux pour votre attention à ma question.
Petit codicille à ce que je disais sur Sartre et l'inconscient: il y a la question importante du statut de la "censure". Chez Freud, l'inconscient est constitué comme tel par la "censure". Mais qui censure quoi? En tout cas, pour censurer, il faut "connaître" le contenu qu'on censure. Mais qui connaît quoi et en quel sens? Tout ça pose le problème d'expressions comme "représentation inconsciente", "désir inconscient": oxymores? Je crois que c'est tout ça que Sartre mettait en question.
Pour intervenir brièvement, au débotté, dans le débat qui semble s'engager sur Sartre et l'inconscient, Sartre ne prétend pas, en tout cas, que nous soyons transparents à nous-mêmes; il dit même souvent le contraire, que la "connaissance de soi" est quelque chose d'impossible. "Nous", c'est ce qu'il appelle notre "vécu", cette réalité sans cesse mouvante, qui est pleine d'"angles morts" pour nous, et que d'autres personnes sont d'ailleurs mieux à même d'explorer dans ses "recoins" que nous. Quant au freudisme, Sartre le qualifie de "pensée molle", où tout explique tout et son contraire, une bouillie pour les chats pour toujours retomber sur ses pattes, et d'autre part il met radicalement en cause cette notion d'"inconscient" qui serait comme une autre personne (avec ses finalités, etc.) qui logerait dans notre corps, et qui en plus, incompréhensiblement, serait en quelque sorte notre vrai "moi". Notre "vécu" à tel moment donné ne peut ni "s'expliquer", ni se justifier par là.
Mais d'ailleurs Sartre, comme je l'ai compris, ne nie pas dogmatiquement les discours freudiens, à partir par exemple d'une défense de principe de la conception idéaliste de la personne. Mais j'arrête de parler pour lui, il faur retourner aux textes.
Merci M. Lestrade pour vos précisions sur la pensée de Sartre.
A mon tour de préciser que ne parlait pas pour Sartre, j’ai déjà bien assez de mal à parler pour moi même ! La pensée de Freud n’est pas un horizon indépassable, c’était le sens de mon message pour Maurice Navarro.
Toute vraie connaissance de soi est impossible, bien sur, comment qualifier le néant ? Par contre nous pouvons nous défaire de notre mauvaise foi. N’est ce pas cela la liberté de Sartre ?
Bien à vous
Raphaël Enthoven a recommandé la lecture du livre de Sartre sur Genet...je voudrais bien qu'il nous dise pourquoi car c'est bien, avec la première partie du Deuxième Sexe, le texte le plus ennuyeux qui soit et que j'obligerais bien volontiers de lire à mon pire ennemi!
Je rendais hommage hier, dans ces mêmes colonnes, à la philosophie sartrienne de la liberté.
Pour autant, cette liberté a des limites que Sartre reconnaît, parfois, lui-même, à savoir celles que la société impose au nom de la morale.
Mais j'ai une question à laquelle je n'ai jamais trouvé de réponse : le problème de l'inconscient. Si l'inconscient est une réalité (serait-ce la part de néant dans l'Etre ?), nous ne sommes pas libres dans la mesure où nous sommes gouvernés par des forces que nous ne maîtrisons pas. Notre liberté serait alors un leurre. Sartre évite la difficulté, me semble-t-il, par une pirouette qui se nommerait " mauvaise foi". L'inconscient n'existe pas, je suis pleinement conscient, mais c'est librement que je choisis d'être celui que je ne suis pas ( je joue à être le garçon de café). Je suis alors le salaud sartrien. La question que je me pose : Sartre ne croyait-il VRAIMENT pas en l'inconscient ? Ou est-il coupable, lui aussi, de mauvaise foi, et ce selon ses propres critères ? En effet, peut-on raisonnablement nier l'inconscient ?
Mr Worms, Raphaël, ou un auditeur, pourrait-il donner brièvement un élément de réponse ? Merci à tous.
Réponse d’un néophyte pour Maurice Navarro,
Pour nier l’inconscient, ne suffit il pas d’en faire le tour ? Pour nier un tel concept, ne suffit il pas de croire en autre chose qui en a fait le tour ?
Avoir la foi, c’est d’autant plus facile quand nous ne voulons ni entendre ni voir que nous croyons toujours. Une foi sans remise en question est certainement mauvaise. Ainsi pour nier l’inconscient et le renommer mauvaise foi, il suffit de s’y intéresser.
Et pour croire en l’inconscient, il suffit de ne pas se poser les bonnes questions, de s’abstenir de curiosité… et de rester confortablement dans sa mauvaise foi.
Mais je dis cela en toute bonne foi, je peux me tromper !
Bien à vous.
; Sartre a écrit dans "L'Etre et le Neant" :"la liberté est l'étoffe meme de mon etre" Or Sartre faisant de la liberté une sorte de "transcendance" absolue ,comment a t-il pu en meme temps invectiver et parfois injurier des hommes qui ne partageaient pas ses convictions politiques ou philosophiques,comme CAMUS,MERLEAU-PONTY,ARON et d'autres?
Sartre est en contradiction permanente avec sa propre pensée,car il aurait du accepter la pluralité des points de vue au nom de sa sacro-sainte liberté,me semble-t-il.Bien sur on peut dire "il faut isoler l'homme SARTRE de sa philosophie" Sartre est-il encore crédible aujourd'hui?
Merci encore à vos émissions passionantes que j'ecoute régulièrement.
Il me semble que Sartre reconnaissait aux autres leur liberté d'expression. Ce n'est pas leur liberté qu'il combattait, mais leurs idées. Ex: sur un ring, un boxeur reconnait à l'autre le droit (cad la liberté) de boxer ; mais cela ne l'empêche pas de combattre son adversaire.