Chroniques marxiennes 5/5 : Marx et la crise économique (rediffusion) 12
Avec Lucien Sève et Jean-Marie Harribey.
Le Journal des Nouveaux Chemins avec Bruce Bégout, à propos de Sphex (cinquième épisode).
Réalisation : Mydia Portis-Guérin et Christine Robert
Lecture des textes : George Claisse
Lucien Sève J.TRICARD©Radio France
"La production du capitalisme engendre, avec l'inexorabilité d'une loi
de la nature, sa propre négation." Karl Marx, Le Capital
Textes lus pendant l'émission :
- Albert Camus, L'homme révolté
- Karl Marx, Les luttes des classes en France: le 18 brumaire de
Napoléon Bonaparte (sur la révolution de 1848)
Première diffusion : du 12 au 16 Octobre 2009
Invité(s) :
Lucien Sève, philosophe
Jean-Marie Harribey, économiste, il est professeur à l'Université de Bordeaux
Bruce Bégout, philosophe, commissaire contributeur d'Evento.
Thème(s) : Idées| Philosophie








12 commentaires
des vois fortes, une oeuvre de sève d'une rigueur exemplaire, de vraies questions posées aux révoltés qui doivent s'unir, des perspectives et beaucoup de travail urgent
merci à vous deux (malgré la perfidie soft de l'interviewer)
j'ai écouté avec intention les commentaires de M. Lucien Sève. A travers son discours et ses remarques sur KM j'ai trouvé que cet homme devait posséder une belle ame.
Aujourd'hui, j'ai pasionnément écouter vos deux invités qui m'ont appris plein de choses sur l'économie et KM.
Bonjour, votre émission suscite d'excellentes remarques et des questions pertinentes comme celles de KC. En 2009 le marxisme suivait le libéralisme opposé entre autre au capitalisme. Ce thème du capitalisme vu par des philosophes ne serait-il pas envisageable?
Cordialement.
la toute fin del'émission m'a fait sourire ...bravo tout plein d'ismes ..
Un cycle que je trouve bien déçevant. Aucune évaluation "critique" de la portée des concepts marxistes dans le contexte actuel, auquel on ne peut simplement transposer les analyses du Capital. Effectivement, une hagiographie et non une discussion, ce qui est je pense assez loin de la pratique philosophique telle que la conçevait Marx justement.
Finalement, la seule piste interessante esquissée a été refermée précipitament : Habermas et l'Ecole de Francfort...
Tout ceci est bien convenu...
Pourquoi ne pas faire un débat sur le marxisme, au lieu de cette hagiographie par des gens tous d'accord. On a l'impression d'une bande de curés fanatiques qui célèbrent leur religion, leur dieu, sans aucun recul, sans aucun esprit critique. L'un parle des "conquêtes sociales qui ont été conquises" (sic), l'autre du fait que Marx n'aurait pas voulu la collectivisation des moyens de production au niveau de l'Etat. C'est parfaitement faux, Marx a préconisé la dictature du prolétariat et la collectivisation par l'Etat, représentant la classe ouvrière. Par la concentration extrême des pouvoirs, la suppression de toute séparation entre pouvoirs économiques et pouvoir politique, cela ne peut mener qu'à la tyrannie. La suite l'a montré.
Quant à la gestion collective décentralisée des moyens de production, c'est une aimable utopie. On ne peut remettre les moyens de production à 60 millions de personnes, ou 300 millions dans un autre pays, ou 1 milliard 300 millions dans un troisième, c'est proprement absurde. La seule expérience d'autogestion tentée, celle de l'ex-Yougoslavie était celle d'une dictature qui gérait la pénurie.
La liberté économique est un progrès essentiel. Le capitalisme disparaîtra, comme tous les systèmes économiques avant lui, le salariat disparaîtra, mais le système supérieur qui le remplacera, nous n'avons aucune idée de ce qu'il sera. De même que les hommes du Moyen Âge ne pouvaient avoir aucune idée de ce que serait la démocratie de marché. Mais ce système préférable doit se bâtir sur les acquis, les libertés individuelles et la liberté économique. On ne peut progresser qu'en gardant les acquis antérieurs, une révolution qui les efface n'est pas une révolution, c'est un retour en arrière, une régression, comme celle de 1917, tombant vite dans les massacres, les famines et la terreur.
Contrairement à ce qu'a dit l'un de vos auteurs, la liberté économique n'est pas un archaïsme, c'est le marxisme qui est un archaïsme, c'est le retour à l'économie de commande (collectivisation + planification + dictature) qui avait été souvent expérimentée auparavant, depuis les Pharaons jusqu'aux monarchies absolues mercantilistes. C'est le capitalisme de marché qui a été une véritable révolution, au XVIIIe siècle, une révolution beaucoup plus importante, tellement plus importante qu'elle a conduit à la révolution industrielle, toujours en cours, en train de gagner tous les pays non européens. C'est la révolution industrielle qui a changé le monde, pas celles inspirées par le marxisme.
Bravo pour votre série d'émissions sur Marx.Passionnant!
Mais une telle série ne pourrait elle pas être publiée? Un livre est tellement
plus simple à conserver et à revoir.
En outre,je n'arrive pas à trouver les biographies que vous annoncez à la fin
de chacune de vos émissions. Merci,et encore bravo.
Après un Marx sans Marx, un Marx hégélien sensible aux idées et un autre Marx hégélien qui n’avait pour but que « le travail du Concept » ( le plus intéressant à mon avis ), un Marx soi-disant économiste et historien, voici un Marx « marxien » qui renie tout le marxisme historique et qui renie Marx lui-même quand il écrit dans le Manifeste qu’il faut « centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’État pour augmenter au plus vite la quantité de production »,opérer « une centralisation, au moyen d’une Banque nationale, dont le capital appartiendra à l’État, et qui jouira d’un monopole exclusif », avec « travail obligatoire » forcé et « organisation d’armées industrielles ». Comme l’on voit Marx était en effet un « humaniste » et n’est pas responsable de ce qui est arrivé au XXème siècle! Rappelons que dans la Question Juive Marx part en guerre contre la Déclaration des Droits de l’Homme qui glorifie, selon lui, l’individu égoïste, replié sur sa liberté.
Le dogme du travail humain comme seule source de la richesse est de nouveau réaffirmé ( visiblement les invités n’ont pas entendu parler des éléphants qui transportent les troncs d’arbre en Inde, des bêtes de trait, ni du tournebroche qui tourne tout seul sans homme pour le faire tourner!).
C’est donc à Marx qu’il faut revenir, lui qui n’avait rien prévu pour sa propre époque et ses suites au XXème siècle. Dans une lettre à Mikhailoski de 1877, il lui explique que la révolution n’est pas possible en Russie. Quant à la Chine, il y règne un « despotisme oriental » millénaire qui ne saurait changer. Marx n’a rien prévu et ses analyses sont fausses! Par contre est indéracinable la croyance des marxistes et marxiens devenus des « vieux croyants ». Quoiqu’il arrive, Marx a toujours raison. C’est ce que Marx avait expliqué à Engels: avec un peu de dialectique, il pourra faire passer ses thèses, même, pourquoi pas, pour expliquer la situation actuelle dont il n’avait pas la moindre idée.
Patrice Tardieu
P.S.: Un dernier point, en allemand « Lumpen-proletariat », mot à mot « prolétariat en haillons », traduit en français parfois par « sous-prolétariat » qui regroupe en fait une multitude de personnes hétéroclites, des plus déclassés aux plus hautes socialement et pas seulement les « gueux », désigne, pour Marx, tous ceux qui résistent à ce qu’il veut et qu’il appelle ( ce serait la traduction et la terminologie marxiste la plus adéquate, me semble-t-il ) « la racaille ».
Patrice Tardieu
Voici quelques messages d'auditeurs et auditrices:
"Vendredi midi,
J'aurais dû attendre. Mon commentaire (sur les épaules d'un géant...) a
été très bien dit. Mais ma question reste pertinante. Critiquer le
capitalisme suppose que tous ses mécanismes soient exposés. Il me semble
que ce n'est pas encore le cas.
Salutations, KC"
"pour la qualité de ces émissions passionnantes qui m'aident à modifier
le regard que je porte sur le monde et sur moi- un immense merci
émission "
Etrange façon, quand même, de terminer une semaine sur Marx par une vague dénonciation de la conquête du pouvoir d'Etat et par une référence tout aussi vague à l'"autogestion". Les lignes ont été étrangement déplacées! Il faudra nous expliquer comment l'"autogestion", en dehors du pouvoir d'Etat, ça peut être autre chose que Lipp. Mais en tout cas, l'une des grandes leçons de ces dernières années, c'est qu'aussi bien en économie qu'en politique (crise financière, "printemps arabe"...), personne ne prévoit rien à quinze jours de distance, que la chouette d'Athéna s'envole toujours avec un temps de retard, et que l'histoire se fait (et se crée) en dehors de toute expertise!
Bravo et merci à toute l'équipe pour l'émission. Vous avez dit, Raphaël Enthoven, que l'on pourrait faire plusieurs émissions sur le sujet de Marx et du marxisme. En effet ce serait bien de continuer, notamment avec Lucien Sève qui est passionnant et très érudit sur le sujet. Nous sommes beaucoup à nous poser des questions sur le devenir des sociétés occidentales après la défection des idéaux capitalistes, communistes et religieux. Et l'approche de Lucien Sève serait probablement encore plus enrichissante lors d'un débat avec un défenseur des religions ou bien de l'environnement !