Adèle Van Reeth reçoit Jacques Darriulat à propos de Baudelaire et son traitement de la bêtise.
Jacques Darriulat Ivy Paolantonacci©Radio France
Extraits :
- Carmelo d'Angelo, "Vaporetto".
- Jacques Brel, "L'air de la bêtise", parodie de "L'air de la calomnie" de Rossini, dans le Barbier de Séville.
- Gainsbourg, "Sois belle et tais-toi".
- François Béranger, "Le tango de l'ennui".
- Coluche, "Le Belge".
- "Tout le monde veut devenir un cat", Bande originale du dessin animé Les Aristochats de Walt Disney.
Lectures :
- Baudelaire, Choix de maximes consolantes sur l'amour, p. 546-549 dans l'édition de la Pléiade de 1975.
- Baudelaire, "Le chat", lu par Sylvia Berge.
- Baudelaire, "L'horloge', Petits poèmes en prose.
Réalisation : Mydia Portis-Guérin
Lecture des textes : Jacques Bonnaffé
Invité(s) :
Jacques Darriulat, professeur de philosophie de l'art à la Sorbonne.
Thème(s) : Idées| Philosophie






18 commentaires
Pour JD : Comment ai-je pu oublier en effet le magnifique poème "L'Examen de minuit"? J'en éprouve, à le relire, un grand regret : "Salué l'énorme Bêtise / La Bêtise au front de taureau / Baisé la stupide Matière / Avec grande dévotion / Et de la putréfaction / Béni la blafarde lumière." La majuscule personnifie la Bêtise et en fait une sorte de Moloch devant lequel se prosterne une humanité avide d'occulter le gouffre et d'esquiver "l'ivresse des choses funèbres", ivresse (qui est la forme dionysiaque du vertige) en laquelle réside pourtant toute la "gloire" du Poète. Ce Mea culpa de la dernière heure, tout juste avant l'ensevelissement final dans les ténèbres ("minuit"), chante avec grandeur l'attrait du néant qui voue la modernité au Spleen, mais il ne dit rien (presque rien...) de la paradoxale Beauté qui appartient en propre à cet Etre, ou cette Chose étrange que Baudelaire nomme "Satan", et qui scintille incompréhensiblement dans le sein de la pure Matière ("la blafarde lumière"). Je le disais en off à la fin de l'émission : il y avait tant de choses à dire qu'il y faudrait une semaine au moins, un mois peut-être. Je vous remercie de votre commentaire, que je découvre à l'instant, et j'en apprécie la pertinence.
à un moment ou autre de sa vie, personne n'en manque de cette denrée si abondante
J'ai aussi des problèmes avec le mode «(ré)écoute».
Donner la parole à un philosophe pour parler de littérature donne souvent quelque chose d'assez réducteur et indigeste et je m'attendais au pire, mais Jacques Darriulat nous a offert une superbe émission, merci à lui !
Concernant Baudelaire et la bêtise (et l'allégorie !), je m'étonne toutefois que vous n'ayez pas songé à "l'Examen de minuit", qui présente peut-être la seule occurence du mot dans les "Fleurs du mal" :
"Nous avons (...)
Comme un parasite à la table
De quelque monstrueux Crésus,
Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons
Et flatté ce qui nous rebute ;
Contristé, servile bourreau,
Le faible qu'à tort on méprise ;
Salué l'énorme Bêtise,
La Bêtise au front de taureau."
@Denyël Mongr : En Poscast, sur "Itunes", il n'y a aucun problème de réécoute !
N'en déplaise à de nombreux philosophes, écrivains et poètes, la bêtise est bien partagée dans l'humanité, mais les hommes (au sens du genre masculin), en ont semble t’il la meilleure part.
Les femmes connaissent mieux les hommes que les hommes ne connaissent les femmes car elles intègrent vivent pleinement leur féminité et assument plus volontiers leur part de masculinité. Elles mettent au monde des garçons et des filles et sont mieux préparées à la compréhension et à l’éducation des deux genres que les hommes.
Le point Yang dans la moitié Yin est plus important que le point Yin dans la moitié Yang du symbole "tàijí tú" chinois. Lien : http://fr.wikipedia.org/wiki/Yin_et_yang.
Il en résulte que beaucoup d'hommes sont des "surmâles", ce qui est le contraire de la virilité assumée. Ce déséquilibre explique certainement les guerres et les catastrophes socio-économiques répétées depuis la première guerre mondiale.
Ainsi la femme serait-elle effectivement l'avenir de l'homme, la réjouissance (partage) s'imposant enfin à la simple jouissance (égoïsme). Lien : http://www.paroles-musique.com/paroles-Jean_Ferrat-La_Femme_Est_Lavenir_...
Madame, monsieur
Manifestement, votre système a un léger problème avec le mode «(ré)écoute» qui coupe sans cesse, que ce soit à la deuxième minute de transmission ou la trente-deuxième. Aujourd'hui, la coupure se produit à, plus ou moins, 16 minutes 40. Depuis, quelques jours, ce problème est régulier. Pourtant, mon "player" (Real) est à jour et fonctionne parfaitement sur certaines autres émissions de votre programmation ainsi que sur toutes les autres chaînes de Radio France. À cause de ce problème, je n'arrive plus à suivre le contenu de votre thématique hebdomadaire.
Merci de votre obligeance à me livrer une explication ou mieux, une solution aux coupures récentes mais désormais régulières (quand ce n'est pas carrément quotidiennes).
Denyël Mongr, prof. (Univ. Québec, Canada) et fidèle auditeur (tant que le système de lecture me le permet, bien entendu).
Suivant l'idée de Baudelaire pour répondre au poète... Si la femme est un idéal bellement risible par bêtise, c'est qu'elle est pleine d'humour peut-être, et que dire de l'homme alors ?
Plusieurs poètes, parmi lesquels Baudelaire et Aragon attestèrent à l’œuvre du peintre Martin Drölling (1752-1817) une grande valeur poétique, voire mystique selon Balzac.
Dans un recueil posthume de poèmes en prose, Charles Baudelaire, qui n’était pas le dernier pour passer au crible les peintres de son temps, fait un éloge indirect de Drölling : « Qu’on en juge : il y a quelques années, à une exposition de peinture, la foule des imbéciles fit émeute devant un tableau poli, ciré, verni comme un objet d’industrie. C’était l’antithèse absolue de l’art ; c’était à la cuisine de Drölling* ce que la folie est à la sottise, les séides à l’imitateur ».
* Musée du Louvre, Peintures françaises
Le saint, oui ! Mais vous avez oublié la sainte, la sainte en devenir (parmi lesquelles je vous compte), ces millions de femmes qui assument pleinement leur rôle céleste de femme, de mère, de grand-mère, de sœur par le don de soi et ces centaines de milliers qui se marient en connaissance de cause et avec ne foi extrême pour le temps et l’éternité...
«Prendre la liberté de s’en aller» est la pire des actions humaines, car celui qui se donne la mort ne possède plus le moindre amour, même plus l’amour de soi et l’état de son âme est terrible dans l’au-delà !
* L’enfer est en fait le lieu immatériel où les âmes orgueilleuses, assassines, perverses, etc. exacerbent entre eux leurs grands défauts jusqu’à ce qu’ils en prennent conscience et qu’une nouvelle chance d’aboutissement leur soit accordées. Cet endroit est donc moins un lieu de damnation de la part de Dieu, mais une auto-damnation à cause de l’entêtement des âmes et du rejet du Rédempteur et aussi parce que leur libre arbitre est sacré. Dieu ne veut pas des marionnettes, mais des Fils et des Filles libérés par l’Amour!
(maintenant que j’ai égratigné leur idole, ils voudraient se détourner de moi -- voire me bloquer l’accès au site -- et font la promotion du mariage gay, une horreur aux yeux de Baudelaire...)
D'âme Jeanne, justement, Téléphonez à Théodore de Banville qui depuis l'au-delà vous parlera de celle qui logeait rue de la femme-sans-tête, la mulâtresse en question qui inspira notamment Le Serpent qui danse et la Chevelure, en autres...!................
Il la vit à l'égal de la voûte nocturne, vase de tristesse, et grande taciturne, belle qui s'enfuit....(de lui)
Puisque vous avez fait un clin d’œil à Gainsbourg... avec des bêtes et des cris pour illustrer la bêtise... Le chat miaule, la pie jacasse et la femme mord ou griffe si elle on lui marche sur les pieds... Jeanne Duval, muse du poète, lequel en fit à la fois un ange et un démon.
Est-ce la liaison houleuse avec cette belle mulâtresse-traitresse qui inspira l'idée de "la bêtise comme ornement de la beauté" ? Mais, je crois que l'on sait peu de choses sur la maîtresse du poète qui a forcément influencé l'homme à plus d'un titre...
Jeanne R.
Il me semble que la bêtise, les références animalières et en particulier Les bons chiens, dont la place conclusive est, quoiqu'il en soit, significative, obligent à réfléchir au statut philosophique et poétique du cynisme, défi douloureux à l'horreur du monde, protestation antiplatonnicienne à une esthétique idéaliste, laquelle fait, pardon de me répéter, l'impasse sur la misère. Par ailleurs si la bêtise s'incarne dans la courtisane, il se trouve que l'art est prostitution et qu'on ne peut faire l'économie de prendre en charge ces apparentes contradictions. Merci infiniment pour ces émissions, nonobstant mes modestes - ou immodestes?- objections.
Selon Baudelaire : "La bêtise comme ornement de la beauté", chez la Femme ; tiens tiens... euh, moi, femme, je dis : non, non ! "La bêtise" ne rime à rien, hormis qu'elle soit pathétiquement risible, elle n'est ni belle ni érotique.
Jeanne R.
MAIS, mais...Colette a bien parlé des Chats, non ?..
"Il n'y a pas de chats ordinaires. Il y a des chats malheureux, des chats obligés à la dissimulation, des chats méconnus, des chats qu'une inguérissable erreur humaine distribue à des mains indignes, des chats qui attendent, leur vie durant, une récompense qui ne viendra jamais... "ETC... de Saba, chats des "dialogues de bêtes", chats des voyages, Péronnelle et Idylles, Ba-ton, chat suisse, Chartreux et Nocturnes... OUI, il y a des écrivains qui ont bien parlé des chats, je crois...
Vous avez dans votre France des poètes qui rendent hommage rimé à Baudelaire, comme par exemple Louis Latourre :
BAUDELAIRE
« Perplexe à la lecture était le peuple d'Albe :
Pourquoi donc Baudelaire aime-t-il cet oiseau ?
Leurs gros jabots ont beau ne pas manquer de galbe,
D'albatros, désolé, d'albatros Albe a trop. »
(Louis Latourre)
Et cela influence grandement nos poètes nationaux de Nederland, de lui emboîter le pas, ainsi Arjen Rooserlk d'Antwerpen et Thijs Rombert d'Utrecht, tous deux, qui ont composé leurs quatrains rimés après des vacances au bord de l'étang de Berre. Ils ont métaphorisé la pollution de cet étang situé à l'ouest de Marseille, et la bêtise, la dimension bestiale de la pollution intellectuelle, fustigée par votre poète des Fleurs du mal :
BAUDELAIRE
L'eau de l'étang de Berre, elle, offre à Baudelaire,
Être qui dès l'aube erre, être désespéré,
Les reflets de ce temps, ceux du plus beau de l'ère...
Signes d'un univers plutôt mal aéré.
(Arjen Rooserlk)
Et voici Thijs Rombert qui reprend l'hémistiche fameux de Baudelaire
« Par dessus les étangs... »:
« Par dessus les étangs... » Voyez l'ETANG DE BERRE,
Par les humains cacas aujourd'hui pollué...
Comme hier on put voir insulté Baudelaire,
Arthur Rimbaud sali, Verlaine Paul hué.
(Thijs Rombert)
Chose comique, l'homme ne rit plus ! (on devrait rire au moins une fois par jourà... On devrait relire l'homme qui rit (Hugo, 1869) pour se défaire des froids et de l'effroi... Cire à mots d'un nouveau Cyrano, Flaubert à sa nièce Caroline : "la bêtise humaine me suffoque de plus en plus, ce qui est imbécile, car autant s'indigner contre la pluie..." Hugo rajoute que "les bêtises sont le contraire des femmes. Les plus vieilles sont les plus adorées"... Et, si la bêtise était à vendre, l'achèterait-on, au fait ?...(puisque vous avez évoqué "l'ornement de la beauté"...)
Chers auditeurs,
Pour trouver le trésor de Jacques Darriulat, rendez-vous :
http://www.jdarriulat.net
Bonne écoute !