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Les Nouveaux chemins de la connaissance

Les Nouveaux chemins de la connaissance | 12-13

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Emission Les Nouveaux chemins de la connaissance

du lundi au vendredi de 10h à 11h

Ecoutez l'émission 58 minutes

(Dé)penser l'argent (3/4) : "On a volé ma cassette !", l'argent ridicule chez Molière 10

13.02.2013 - 10:00 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

Par Adèle Van Reeth

Réalisation : Marie-Laure Ciboulet

Lectures Georges Claisse

 

En partenariat avec le magazine Marianne

 

 

 

 

 

 

 

Troisième pièce d’or aujourd’hui déposée le long de cette semaine où l’argent se pense et se dépense. Après Georg Simmel, lundi, et la chrématistique d’Aristote à Marx, hier, aujourd’hui, finit la cure d’austérité et les politiques de rigueurs, desserrons la ceinture  et les mâchoires : si le ridicule ne tue pas, l’argent, lui, engendre suspicion, paranoïa, emphase et traquenard, ce qui pourrait faire peur, mais, sous la plume de Molière, suscite le rire avant les larmes.

 

Patrick Dandrey MC © Radio France

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Références musicales:

- Kurt Weill, L'avarice

-Chapelier fou , Le tricot

- Christian Roux, Monnaie

 

Extraits:

- Le malade imaginaire (Michel Galabru dans une adaptation de 1964 réalisée par Georges Hacquard)

- Les fourberies de Scapin ( pièce enregistrée en 1956 avec François Périer dans le rôle de Scapin et Louis de Funès dans celui de Géronte)

- L'avare, Monologue d'Harpagon, acte IV, scène VII (adaptation cinématographique de 1980 avec Louis de Funès)

- L'avare, Le fils et le père face à face chez le notaire , acte II, scène II (adaptation cinématographique de 1980 avec Louis de Funès)

 

 

 

 

Invité(s) :
Patrick Dandrey, docteur ès-Lettres et professeur à la Sorbonne.

Thème(s) : Idées| Philosophie| Molière

Événement(s)

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10 commentaires

Portrait de Jeanne R. Jeanne R.21.02.2013 C'est le genre d'émission qui s'écoute volontiers plusieurs fois tant sa qualité excelle. Jeanne R.
Portrait de Anonyme Un fidèle auditeur20.02.2013 Toujours un immense plaisir de recevoir Patrick Dandrey ! :D Revenez, revenez !
Portrait de Anonyme HUET Annie13.02.2013 M. DANDREY vous m'avez enchantée ce matin. Ce n'est pas tous les jours que les nouveaux chemins accueillent un homme de votre qualité. Un plaisir d'oreille et d'érudition, quel bonheur. Merci beaucoup, revenez, revenez svp.
Portrait de Anonyme Dexter13.02.2013

rebonjour.
je voulais vous remercier pour l'info concernant le grand colloque organisé sur l'argent.
j'ai regardé ça a l'air hyper intéressant.

je crois que c'est une bonne chose d'organiser un grand colloque pour faire le point.
si je peux me permettre de donner des idées je crois que si nous voulons mettre d'accord le plus grand nombre de personnes sur ce qu'on pourrait appeler une Grande Idée il faut faire appel à l’interdisciplinarité.

Je veux dire qu'il ne faut pas craindre, comme vous le faites dans vos émissions avec les chansons de variété de mélanger à la fois des personnes évoluant sous des régimes de pensée différents.

De façon à faire parler ensemble par exemple des officiers de la marine de guerre avec des poètes pour qu'ils confrontent leurs modèles stratégiques ou alors des physiciens avec joueurs de football pour comparer l'idée qu'ils se font de la trajectoire d'un objet.

Il me semble que le Banquet de Platon pourrait servir de modèle et de référence pour établir un cahier des charges, j'avais pensé à une présentatrice du JT à la télé pour jouer le rôle de Diotime.

Une Grande Idée se doit tout d'abord d'être fédératrice d'où l'imporance de faire intervenir des statisticiens qui feraient des calculs de probabilité sur les choses relevant à la fois de l'âme et de l'esprit.

Une Grande Idée doit effectivement, comme son nom l'indique réunir ensemble les choses de l'a^mes et celles de l'esprit, et rassembler conjointement les aspirations de l'intelligence avec celles du sentiment, aussi je pense qu'il ne faut pas hésiter à faire intervenir des journalistes et neurobiologistes.

Par contre je pense qu'il faut à tout prix éviter la présence de nietzschéens, aussi bien parmi les intervenants que dans le public.
Les nietzschéens ne font souvent que ralentir les peneurs, et toute discussion sur l'Eternel Retour ne pourrait qu'être préjudiciable à l'élaboration d'une GPA (une Grande Pensée d'Aujourd'hui).

Enfin, voilà, dites à Monsieur Petit que s'il a besoin d'autres tuyaux pour mettre au point son Grand Colloque qu'il n'hésite pas à demander aux auditeurs, c'est toujours agréable de se sentir utile.

bien à vous,
un fidèle auditeur toujours prêt à rendre service.

Portrait de Anonyme luroluro14 (anonyme)13.02.2013

Il nous faudra réécouter cette émission dans son intégralité, tant elle était passionnante.
En faire un résumé serait la trahir.
Je préfère donc m’interroger sur la notion de ridicule. En effet le dicton : « le ridicule » ne tue pas » a été démentie dans le film intitulé « Ridicule » de Patrice Leconte sorti en 1996.
En effet, voici un résumé de ce film qui a fort bien montré qu’à une certaine époque le ridicule pouvait, dans le milieu aristocratique, être mortel.
Grégoire Ponceludon de Malavoy (Charles Berling), jeune aristocrate désargenté et candide, arrive à la cour de Louis XVI à Versailles afin d'obtenir les moyens d'assécher les marais de la Dombes. Il participe à cette vie où l'honneur et les mots d'esprit sont le centre d'une effervescence raffinée et décadente. Grégoire essuie de nombreuses intrigues avant de pouvoir atteindre le Roi en séance privée. Alors que le rendez-vous était fixé, Grégoire tue au cours d'un duel un officier du Roi puis refuse l'amour de Madame de Blayac ; le Roi refuse alors de recevoir « pour le moment » un homme qui a tué l'un de ses officiers.
Ce film nous permet de comprendre qu’à l’époque de Louis XVI, le Ridicule pouvait être mortel, la valeur des individus étant mesurée à faire de l’esprit, et cela souvent au détriment des autres. Peu d’esprit, mais aussi trop d’esprit [(l'abbé de Vilecourt (Bernard Giraudeau), en fera les frais quand, après avoir fait sa brillante démonstration de l’existence de Dieu, il a eu le malheur d’ajouter : mais je pourrais tout aussi aisément démontrer qu’il n’existe pas)] pouvait conduire à la mort ou à la déchéance.
Grégoire, invité à une réception où on le fait trébucher (croc-en-jambe) au cours d'une danse de manière à le ridiculiser, quitte la Cour après avoir prononcé une diatribe saignante dans laquelle il dénonce l'absurdité du combat de courtisans : la quête effrénée du meilleur esprit y donne en effet à chaque antagoniste la force de plonger ses opposants dans la misère la plus sombre. Elle va même jusqu’à conduire l’un des protagonistes à se donner la mort après avoir raté de très peu une rencontre avec le roi. Le monarque apparait la comme un dieu impitoyable, égoïste et capable de conduire les hommes à la mort sans même s'en rendre compte.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Le ridicule peut-il encore tuer ? N’étant pas sociologue, je me garderai bien de répondre à cette question.

Portrait de Anonyme Dexter13.02.2013

bonjour !!!

merci pour votre émission, c'était passionnant !!!

effectivement on comprend à vous écouter pourquoi Molière n'arrive jamais à la cheville de Shakespeare.
comme Flaubert n'arrive pas à la cheville de James.

c'est le gros problème des auteurs français : ils ont l'impression que rien ne leur échappe, et du coup ils donnent à ceux qui ls lisent l'impression que rien ne leur échappe.

comme disait l'invité suivant nous croulons sous la masse de nos outils conceptuels.
les outils conceptuels c'est bien mais quand ils commencent à envahir votre quotidien il faut commencer par savoir où les ranger, et comme il y en a de partout nous faisons comme avec la poussière : hop ! sous le buffet.

la grosse différence entre l'époque de Molière et maintenant c'est qu'à l'époque de Molière il y a un tas choses qui existaient sans savoir qu'elles existaient, lors que maintenant avec les bataillons de gens intelligents à notre disposition : plus rien ne nous échappe.

à moins que bien sûr ce nous sachions ce qui nous échappe encore dans la mesure où cela nous échappe.
en tout nous faisons comme si rien ne nous échappait.

notre époque a ceci de spécifique c'est que jamais, depuis le début de la nuit des temps, nous n'avons eu au mètre carré, autant de petits malins et de grands futés.

et quand le nombre de petits malins dépasse un certain seuil il faut s'attendre au pire.
aujourd'hui les riches savent parfaitement pourquoi ils sont riches et pourquoi ils aiment l'argent, et les pauvres savent pourquoi ils sont pauvres.

en fait nous connaissons tous les mécanismes d'échanges monétaires comme notre poche, nous comptons au nombre de petits malins un nombre incalculable d'économistes capables de calculer n'importe quoi.

la philosophie joue aussi son rôle en nous faisant croire qu'avec 20% de chômeurs la priorité des gens serait la question de l'Eternel Retour.
comment c'est possible ? ça fait partie des mystères de la philosophie, laissez imaginer aux gens qui n'arrivent à joindre ls deux bouts que l'Eternel Retour représenterait une priorité, du coup nous avons une ribambelle de nietzschéens.

Notre niveau d'intelligence n'a jamais été aussi haut, et je crois que tout le monde en est très fier, effectivement il y a de quoi s'en féliciter.

non, plus rien ne nous échappe, des bataillons d'experts et de spécialistes capables de déceler comme Flaubert la bêtise des gens das les moindres recoins.
Ceux qui mettent en faillite notre monde ont tous eu 18/20 à leur bac philo, ils connaissent Aristote et Spinoza sur le bout des doigts.
Ceux qui font les modèles mathématiques pour spéculer sur le blé sont des astro physiciens, les plus doués de leur gén&ration, trop doués pour perdre leur temps à s'occuper de la découverte d'exoplanètes.

Tous ces gens intelligents le sont tellement qu'ils arrivent à échapper, comme les journalistes, à toutes formes de remise en question, et quand un filière (comme celle de paris dauphine) ferme ses portes pour demander un moratoire et réfléchir à ce qui a pu foirer dans le système, les autres gens intelligentes regardent cette attitude avec mépris.

Car les intelligents savent manipuler le mépris aussi bien sinon mieux que ls riches, car ils pensent que leur richesse est plus belle et précieuse que celle d'un joueur de foot.

Non, à l'évidence Molière le cartésien n'arrivera jamais à la cheville de Shakespeare le magicien, car il y manque trop chez lui de ces choses qui échappent à notre conscience.

bien à vous

Portrait de Anonyme Anonyme13.02.2013

Quelle analyse élégante, large, profonde, cultivée et qui donne à penser, à réfléchir ... Merci Patrick !
J'ai fréquenté il y a quelques (!) années les mêmes bancs de lycée que Brigitte... Un petit coucou à elle !

Portrait de Anonyme BERTRAND SAINT-SONGE13.02.2013

Juste cela : « On ne meurt pas de dettes. On meurt de ne plus pouvoir en faire. »
( Louis-Ferdinand Céline . )
- Ouf !

Portrait de Anonyme luroluro14 (anonyme)13.02.2013

Molière ou L esthétique du ridicule
L’ouvrage « Molière ou l’esthétique du ridicule », que j’ai dévoré avec passion propose une interprétation globale de l’œuvre de Molière à partir d’une interrogation sur le secret de sa poétique. Il suggère que ce secret consiste dans la conjonction entre deux ambitions contradictoires : celle de peindre les mœurs de son temps, qui implique la vraisemblance ; celle de donner à rire, qui suppose l’outrance de la caricature.
Pour les combiner, il a suffi au poète de considérer que les difformités caricaturales sont le fait de ses modèles humains et de leurs extravagances : dès lors que la réalité sécrète elle-même du ridicule, c’est le respect de la vraisemblance qui requiert l’outrance comique.
Le livre inventorie les composantes de l’esthétique du ridicule qui découlait de cette optique. Il définit l’éthique du naturel, de la lucidité, de l’élégance, incarnée elle aussi sur la scène comique pour donner relief aux incongruités et aux folies humaines.
Il s’achève par une interrogation sur « l’humanité comique » selon Molière, sur l’anthro-pologie qui fonde sa vision.
S’en dégage une image renouvelée de son œuvre, fondée sur l’analyse historique des modèles intellectuels et esthétiques de son temps, sur l’examen de ses textes théoriques, sur l’étude précise et comparée de ses pièces.
4ème de couverture
http://www.franceculture.fr/oeuvre-moliere-ou-l%E2%80%99esthetique-du-ri...

Portrait de Anonyme luroluro14 (anonyme)13.02.2013

Dans la seconde moitié du siècle, grâce au profond courant de l’honnêteté qui prône le naturel et invite chacun à s’observer afin de déceler les divers ridicules auxquels il convient d’échapper, la notion nouvelle de ridicule va jouer un rôle capital dans la dramaturgie de l’époque, et singulièrement celle de Molière, cela au point d’en faire un miroir de la société de son temps et parfois même de la société de tous les temps.
Toutefois pour « faire passer » ce ridicule Molière devait en jour dans un contexte où l’esthétique avait un rôle de premier plan. Cette esthétique consistait à décrire les caractères dans un langage très élaboré.
Dans la « Lettre sur la comédie de l’Imposteur », le ridicule est présenté comme la forme extérieure et sensible que la providence de la nature a attachée à tout ce qui est déraisonnable, pour nous en faire apercevoir, et nous obliger à le fuir.
Comme la raison produit dans l’âme une joie mêlée d’estime, le ridicule y produit une joie mêlée de mépris. Pour connaître ce ridicule il faut connaître la raison dont il signifie le défaut, et voir en quoi elle consiste. Son caractère n’est autre, dans le fond, que la convenance, et sa marque sensible, la bienséance.
Molière évoque cette notion centrale dans la « préface du Tartuffe », comme susceptible de contribuer à la correction des mœurs : « Rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. C’est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions ; mais on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant, mais on ne veut point être ridicule ».
Le rire, si discrédité dans la bonne société, va ainsi bénéficier d’une sorte de réhabilitation, car on peut rire d’un comportement ridicule : « on sera ridicule et je n’oserai rire ? », s’écrie Boileau dans sa Satire IX. De sorte que le système de référence qui sous-tend la notion de ridicule apparaît comme une norme admise et offre à Molière une sorte de sagesse collective de référence dont, par essence, le mécanisme de la comédie de mœurs a besoin afin de faire ressortir l’extravagance de ses héros.
Enfin, dans cette perspective, la comédie n’a pas à forcer beaucoup le trait en caricaturant les hommes ; le poète se contente de relever avec objectivité les marques de leur ridicule sans recourir aux procédés de grossissement ; il lui suffit de se livrer à une peinture fidèle tout en faisant croire à chacun, par le jeu que provoque le théâtre que c’est quelqu’un d’autre que lui qui est visé. Et si l’individu habile s’y reconnaît il doit le cacher en « riant jaune » pour faire bonne figure. Seules les imbéciles pouvaient crier au scandale en montrant par là même qu’ils se reconnaissaient dans les personnages ridicules. Malgré cette logique Molière a tout de même pris bien des risques tout en sachant qu’il était protégé par un Roi fort intelligent (Louis XIV et grand amateur des arts.
(Voir sur cette question, Dominique Bertrand, Dire le rire à l’Age classique, et Patrick Dandrey, L’Esthétique du ridicule).

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