Le journal des Nouveaux chemins, avec Noël Herpe, à propos de Journal d'un cinéphile (Aléas).
Réalisation : François Caunac
Lecture des textes : Anne Brissier et Georges Claisse
Noël Herpe et Didier Gil G. Mosna-Savoye©Radio France
« Une philosophie du repos n’est pas une
philosophie de tout repos. »
Socrate était aussi sage-femme,
Leibniz était mathématicien, Rousseau faisait de la musique et Kant de
la géographie… Bachelard, lui, après avoir été dix ans surnuméraire,
puis commis, à l’administration des postes, choisit d’être un
philosophe-poète, que les rêves ne séduisent pas moins que la raison
pure, et pour qui l’erreur n’est pas un néant : « Toute ignorance est un
tissu d’erreurs positives, tenaces, solidaires, (…) les ténèbres
spirituelles ont une structure ».
Contre les « chevaliers de la
table rase » qui, après Descartes, congédient le songe au profit de la
seule connaissance claire et distincte, Gaston Bachelard cherche
obstinément à comprendre la fondation imaginaire de toute réalité… Pour
l’anti-cartésien généreux, l’eau, l’instant, l’espace, la poésie et le
feu n’ont pas moins d’intérêt que la mécanique ondulatoire, le
rationalisme appliqué, ou la valeur inductive de la relativité,
puisqu’ils en livrent en quelque sorte la préhistoire. De même que
Spinoza, sans en être dupe, ne se reprochait pas de courir après les
honneurs ou la lubricité, Bachelard, convaincu que la connaissance se
forme en détruisant les obstacles qu’elle a elle-même institués sur son
chemin, examine avec douceur les divagations dont il faudrait se défaire
pour accéder à un savoir certain.
Le philosophe se fait autant
l’adversaire bienveillant de ceux qui regardent le monde tel qu’ils
sont,- et cèdent à une conception naïve et magique du réel - que de ceux
qui font abstraction de leurs émotions comme du monde sensible, pour en
saisir la vérité parfaite. Loin de s’installer dans une opposition
confortable entre la science et la poésie, Bachelard prend le risque de
«les unir comme deux contraires bien faits ». Pour bien connaître la
nature, il faut l’avoir admirée. C’est alors, estime-t-il, qu’on peut
avoir la patience d’en découvrir les secrets. Aucune erreur ne mérite
l’anathème, l’illusion est plutôt de penser qu’il faut se passer
d’illusions pour commencer à penser. « Ah ! regrette-t-il, comme les
philosophes s’instruiraient, s’ils consentaient à lire les poètes ! »
Mélange
singulier de Freud, de Bergson, de Mallarmé, de Baudelaire et de
Novalis, l’esprit de Bachelard est le théâtre du combat paisible que se
livrent le savoir et l’extase poétique, l’imagination et l’entendement,
la connaissance objective et la connaissance intuitive. Entre le songe
illucide et l’abstraction rationnelle, entre l’inconscient opaque et la
sur-conscience diaphane, il y a la rêverie, ce juste milieu du savoir
humain, qui menace, à chaque instant, de s’évaporer en rêve, ou de se
condenser en savoir objectif, mais qui révèle à la fois le monde tel
qu’on l’imagine et les mécanismes qui nous font l’imaginer ainsi. Ce qui
entrave la connaissance est aussi ce qui la rend possible. Le rêveur,
que Bachelard appelle « dormeur éveillé » devient ainsi la figure, par
excellence, de l’homme total, diurne et nocturne à la fois, celui par
qui la science trouve peut-être le chemin des cœurs.
Le rêveur,
c’est le grand vigilant.
Extraits musicaux :
Tcharlz : La chanson des microbes
Invité(s) :
Didier Gil, professeur de philosophie en hypokhâgne, chercheur associé au Centre de recherche sur l’histoire des système de pensée moderne (Université Paris I)
Noël Herpe, philosophe.
Thème(s) : Idées| Philosophie
Document(s)
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Causeries (1884-1962) Paris, Radio France, « Les grandes heures INA-Radio France », 2008 -
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10 commentaires
à Anne,
Pour compléter les propos de Raphaël, nous avons eu, en effet, le plaisir immense de passer une semaine complète avec Bergson l'an passé au mois de juillet. Semaine qui couronnait la précédente, consacrée aux entretiens avec Lucien Jerphagnon. Ce fût là, une superbe quinzaine. Vous trouverez les téléchargements en page 23 des "podcasts", du 13 au 17/07/2009 pour Mr Lucien Jerphagnon, puis du 20 au 24/07/2009 concernant Mr Henry Bergson.
Bonne écoute à vous, et régalez vous.......
Bien à vous.
Cher Raphaël, c'est à vous que je m'adresse car je vous considère comme capitaine du vaisseaux à bord duquel nous naviguons.
Ainsi donc, vous serez tenu pour responsable de toutes formes d'épidémie qui se propageraient au sein de l'équipage, à commencer par la phobie des microbes dont Françoic Caunac et son co-équipier sont visiblement atteints.
Peut-être serait il prudent de prendre quelques mesures préventives en leurs inculquant des notions d'hygiène basiques comme celui de se laver les mains avant chaque manipulation de corps sensibles ou d'aliments (s'ils daignent les mettre en pratique)?
Il ne faut pas prendre les maladies de l'esprit à la légère, par-dessus tout lorsqu'on se trouve en huis clos en plein milieu d'une mer imprévisible du fait des dérèglements du climat.
Bon nombre de passagers et de passagères comptent sur vous et votre équipe.
Ancrage : Douceur infinitive entre un buvard de mer et une éponge de rivière
Encrage : absolution du Vide entre deux points en suspension
Comme vous venez de nous faire vibrer à la musique des mots de Monsieur Gaston Bachelard, envisagez vous d'évoquer Monsieur Vladimir Jankelevitch "musicien" une saison prochaine ?
D'avance merci et merci pour le bonheur que chaque jour vous offrez en bouquet.
Cher auditeur, Vladimir Jankélévitch est l'un des philosophes que les NCC ont le plus de bonheur à citer. Comptez sur nous pour vous faire entendre, encore, la voix du grand Vladimir et ses considérations indépassables sur la musique.
Bien à vous, RE
Merci pour ces emissions sur ce philosophe riche de poesies.
j' adore vos emissions, mr enthoven. j' aimerais pouvoir disposer des extraits littéraires ou philosophiques que vous nous offrez Ne pouvez vous pas en faire un ouvrage ? MERCI POUR TOUTE LA JOIE QUE VOUS NOUS OFFREZ
Chère co-auditrice,
Voici un des textes lu par Raphaël Enthoven ( dans la 1/5 de G Bachelard ). Je l'ai trouvé sur internet. On doit en trouver assez souvent sur la toile en cherchant bien.
Il s'agit d'un extrait du dernier ouvrage inachevé du philosophe champenois.Ca m'a beaucoup amusé d'entendre que Raphaël Enthoven lit
"UN MARIN PECHEUR" en lieu et place d' "UN MARTIN-PECHEUR" ( écoutez bien l'enregistrement, vous verrez... ou plutôt vous entendrez ).
C'est amusant d'imaginer ce marin pêcheur qui plonge dans la rivière, tout habillé de bleu...marine,"telle une flèche lancée au firmament", sous les yeux de "l'enfant étonné".
Mais après tout la "rivière agrandie par l'enfance" et "toute bleue", pour l'enfant c'est presque la mer!
Un auditeur qui, comme vous, aime beaucoup cette émission.
FRAGMENT D'UNE POETIQUE DU FEU...Extrait
Mon premier oiseau de feu, je l'ai vu plonger dans ma rivière. C'était en un grand jour de soleil, quand la rivière porte justement son nom d'Aube, rivière agrandie par l'enfance, tranquille et toute bleue comme le ciel. L'oiseau de feu surgit, telle une flèche lancée au firmament. Le cri strident, d'où venait-il ? de l'oiseau de lumière ou de l'enfant étonné, de l'enfant solitaire ? Bien vite, l'oiseau, bousculant le miroir, projetant des perles d'eau qui furent peut être son seul butin, repartit vers le ciel. C'était un martin-pêcheur bleu comme du fer chauffé.
Bonjour,
j'aime l'idée d'une pensée qui fermente, qu'elle soit poétique, scientifique,ou autre. J'aime aussi l'idée d'une pensée de la rupture. J'ai apprécié l'opposition que vous faites entre Bergson et Bachelard ; l'un étant le penseur de la continuité, l'autre de la différence et de la rupture justement. A quand une émission consacrée à Bergson, philosophe trop mal connu ? Cordialement.
Chère auditrice,
Les NCC ont déjà consacré plus d'une dizaine d'émissions à Henri Bergson (dont une semaine entière, l'an dernier), mais vous avez raison, Bergson demeure trop mal connu. Comptez sur nous pour en parler encore.
Bien à vous, RE