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Les Nouveaux chemins de la connaissance

Les Nouveaux chemins de la connaissance | 12-13

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Emission Les Nouveaux chemins de la connaissance

du lundi au vendredi de 10h à 11h

Ecoutez l'émission 58 minutes

La culpabilité (3/4): Faites entrer l’accusé 4

03.07.2013 - 10:00 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

Par Adèle Van Reeth

Réalisation : Somany Na

Lectures : Georges Claisse

 

Après le Péché originel lundi et le sentiment de culpabilité, hier mardi, avant la possibilité du pardon, demain jeudi, pour ce troisième temps de notre semaine consacrée à la culpabilité, c’est le magistrat Denis Salas, qui vient nous expliquer en quel sens l’innocence et la culpabilité, loin d’être convictions subjectives, sont ou ne devraient être, que des constructions sociales et juridiques.

 

Denis Salas MC © Radio France

 

Références musicales:

- Miles Davis, Assassinat

- Bruno Letort, Les Cendres du Paradis

- Alain Bashung, Je tuerai la pianiste

 

Extrait:

- Vol au dessus d'un nid de coucou, film de Milos Forman (1987)

 

Lectures:

- Albert Camus, L'étranger (Pléiade 2006)

- Franz Kafka, Le procès (Pléiade )

 

 

Invité(s) :
Denis Salas, magistrat. Secrétaire général de l’Association française pour l’histoire de la justice. Directeur scientifique des Cahiers de la Justice, édités par l’École nationale de la magistrature. Membre du Centre d’études des normes juridiques à l’École des hautes études en sciences sociales

Thème(s) : Idées| Philosophie

4 commentaires

Portrait de Anonyme Kercoz03.07.2013

Les assises sont encombrées de gens qui ont préféré perdre leur liberté que de perdre la face .....
La bonne question est " pourquoi allaient ils perdre la face ?"

Portrait de Anonyme luroluro14 (anonyme)03.07.2013

Merci aux NCC, à M. Denis Salas et Adèle pour cette remarquable émission.

Voici un résumé de vos échanges un peu restructurés, reformulé et complété […] sous forme d’exposé écrit :

Citation d’auteurs témoins des disfonctionnements de la justice : Kafka (Le Procès …), Camus (L’étranger etc …)

CE QUE DOIT ÊTRE LE DROIT

- Le droit offre pour le présumé coupable le droit de se défendre
- Art 6 de la CEDH Communauté Européenne des Droits de l’Homme) : pour condamner, il faut une culpabilité légalement établie.
- Le procès installe la culpabilité dans le domaine des faits. Il repose sur des hypothèses de culpabilité qu’il faut démontrer.
- Les bases d’un droit objectif sont l’imputabilité et la responsabilité.
- L’intention (élément subjectif) est prise en compte en tant qu’élément moral de l’infraction et intervient dans la qualification du crime ou du délit.

DIFFICULTES et EFFETS PERVERS

Pour juger un homme coupable, il faut une intime conviction c'est-à-dire une dose de certitude maximale. Mais la « certitude » n’est jamais là à 100 % (il suffit d’une majorité qualifiée pur condamner). L’accusé peut bénéficier du bénéfice du doute.
[Au contraire, l’aveu peut-être extorqué par le harcèlement et la brutalité d’un système policier très répressif
(cf. L'Aveu est un film français de Costa-Gavras, réalisé en 1970, adapté du livre du même nom d'Artur London.]
- Convictions prématurées qui font abstraction de la présomption d’innocence.
- Propension de la société à désigner des coupables (phénomène du bouc émissaire. C’est dans un tel contexte que Kafka a écrit le procès ; à son époque les juifs étaient accusés de commettre des meurtres rituels qui étaient évidemment purement imaginaires).
- Il faut un coupable pour faciliter une certaine cohésion sociale [(être ensemble « contre »est parfois plus aisé que d’être ensemble « pour »)]. Cette anomalie se fonde sur une culpabilité archaïque.
- Il faut à tout pris désigner des coupables pour satisfaire l’indignation populaire ou calmer les peurs : Chasse aux pédophiles (Procès Outreau) - Chasse aux terroristes
[Certain évènements (11/09/2001) ont justifié la mise en place de centres de tortures échappant à tout contrôle judiciaire (arbitraire), tels que Guantanamo et la création de systèmes d’écoutes (NSA) qui font aujourd’hui scandale en Europe.]

EVOLUTION DU CHAMP DE LA RESPONSABILITE

Paul Ricoeur : lecture d’un extrait de son œuvre « Le juste » par Adèle.
Plus s’étend la sphère des risques, plus s’étend celle des coupables. Progressivement se sont installées en marge de l’accusation des parties civiles qui ont revendiqué des droits à réparation ayant un impact énorme en termes de coût, ce qui accentue la « responsabilité » du juge.
Il y a une remoralisation de la scène judiciaire sous la pression des victimes qui excède les possibilités de la sphère pénale.
Cette évolution est liée à l’irruption du risque dans le champ du droit (amiante, prothèses mammaires etc…)
Il y a un déplacement de l’auteur (accusé) vers la victime qui exige non seulement une reconnaissance de son préjudice mais également une réparation. Paul Ricoeur désignait cela sous les termes de « justice restauratrice ». Il s’agit de remplace un mal par un bien qui a été brisé par l’infraction et de faciliter le pardon par la prise en compte de la souffrance.

DÉRIVES RÉCENTES DE LA JUSTICE :

Depuis 2008, il est possible de faire comparaître un irresponsable (reconnu tel par la société) devant un tribunal. Ainsi accepte-t-on la déconnexion entre l’imputabilité et la responsabilité.
Par ailleurs est prise en compte désormais la notion de « dangerosité » (notion plus ou moins arbitraire) pour allonger la durée des peines depuis la mise en place de la « rétention de sûreté ».
Bien à vous, L.R.

Portrait de Anonyme BERTRAND SAINT-SONGE03.07.2013

Et oui, "faîtes entrer l'accusé", qui est coupable ? L'homme déchu a perdu le contact avec la fontaine de jouvence et de Vie dès qu'il dut quitter l'EDEN, faute commise, et donc n'a-t-il plus l'accès direct avec le vrai amour du coeur, et, de même, l'âme de l'homme est-elle ainsi plongée dans la nuit ténèbreuse (à l'écoute de ses Folias, en viole de gambe ?), le ciel couvert de brume et de brouillard qui le perd, le ciel empli de pluie et d'orage (comme aujourd'hui, tenez !), nuages assombrissant son esprit le plus pur où, dans la nuit de son âme, tout homme ainsi déchu à cause du Premier Homme (non camusien) se doit d'y voir la couche nuageuse aussi mince que possible afin d'être acquitté, et de danser de joie, heureux et nu, face à la femme, nue, sans culpabilité, hourra !...La lumière du coeur repoussant alors ses ténèbres héréditaires, puisque le coeur transmet la lumière de l'esprit à l'obscurité de l'âme aussi puissamment et mystérieusement que la lune donne à l'obscurité de la nuit (coupable ?) la lumière du soleil (pensée d'Allah ?) : la conscience de toute réalité spirituelle hors culpabilité sexuelle (ah mon dieu, maman, pour quoi suis-je donc né, homme déchu, déjà ?)

Portrait de Anonyme luroluro03.07.2013

Kafka : une esthétique de la culpabilité.
L’esthétique kafkaïenne est fondamentalement une esthétique sadomasochiste. Il y a une victime : le protagoniste, il y a aussi un bourreau : autrui.
La victime se caractérise toujours par son innocence – K ignore pourquoi il est inculpé, Samsa ignore pourquoi il se transforme – mais cette innocence est modulée par un profond sentiment de culpabilité, et c’est-là une preuve suffisante pour le condamner. Le héros kafkaïen est à l’image de ces figures mythiques que l’on trouve dans la tragédie racinienne : puisque le destin s’acharne sur elles, il faut bien qu’elles soient coupables, qu’il y ait une raison à tout cela. La punition précède la faute, et selon une logique cruellement biaisée, la punition appelle la faute. Comme le fait remarquer Roland Barthes (Sur Racine), la victime excuse sans cesse son bourreau, elle consent à se rendre coupable, dans la mesure où il est inconcevable pour elle que le destin soit injuste, qu’elle puisse être punie tout en étant innocente. Que ce soit chez Racine ou chez Kafka, la finalité est du reste la même : il faut inspirer au lecteur la crainte et la pitié.
La culpabilité chez Kafka n’est pas seulement un sentiment, c’est une marque physique qui le distingue des autres, elle le hisse au centre des regards - en cela, la culpabilité apparaît clairement comme une forme de narcissisme. Cependant l’objet que l’on exhibe n’est pas un modèle, c’est tout au contraire un objet d’affliction. Il y a une jouissance sadique à montrer l’homme parvenu au dernier degré de la déchéance, comme pour dire : « voici ce qui vous répugne, ce qui devrait être caché, me voici, moi, dans toute mon ignominie : punissez-moi ». Qu’il soit cafard ou jeûneur amaigri, reposant mollement dans sa petite cage de fer, le héros kafkaïen a perdu toute dignité, toute humanité : il répugne autant qu’il fascine. Il n’existe pas hors du regard d’autrui, car c’est autrui qui le façonne.
http://www.genaisse.com/forums/viewtopic-33709.html

Mon analyse : Le château de Franz Kafka nous fournit un « exemple » formidable d’une paranoïa induite par l’absurdité d’un système autiste et hyper répressif qui s'auto justifie par une charge de la preuve de l’innocence reportée sur l’accusé.
Ce dernier se trouvant désarmé finit par tant souffrir de cette persécution épuisante qu’il est soulagé d’être condamné. Lire ce roman inachevé garantit la nausée…

Résumé du livre proposé sur Internet
Joseph K., un employé de banque modèle et sans problème, est arrêté un matin par des inconnus vêtus d'un uniforme de voyage. Soi- disant arrêté, K. reste libre pour continuer à vivre comme si rien ne s'était produit, mais il est sans arrêt surveillé et épié par trois de ses collègues de travail. Pensant, au début, que tout cela n'était qu'une vile plaisanterie de ses collègues, K. ne tient pas compte de ce qui se passe. Intrigué par l'absurdité de la situation, il interroge les policiers sur son arrestation et n'obtient aucune réponse ; c'est alors qu'un sentiment de culpabilité s'empare de lui. Pour montrer que tout le monde se trompe à son sujet, il accepte de venir à toutes les convocations et de comparaître devant le tribunal. Angoissé, il cherche par tous les moyens à s'innocenter et commence alors à négliger son travail. En effet, sous le conseil de son oncle, il engage un avocat qu'il va renvoyer par la suite à cause de son inefficacité ; ce qui le contraint à assurer lui-même sa propre défense devant la Cour de Justice. Il sollicite également l'aide du peintre des juges qui ne lui garantit pas un acquittement définitif. Plus tard dans une cathédrale, il rencontre son ancien avocat qui lui explique qu'il est bel et bien innocent, mais K. ne prend pas en considération ses paroles. Ses inquisiteurs qui, l'avaient interpellé, l'emmènent dans un endroit non fréquenté et retiré de la ville pour l'exécuter. Incapables de le faire eux-mêmes, ils feignent un geste de politesse se proposant l'un l'autre le couteau pour avoir « l'honneur » d'exécuter le condamné. Se rappelant l'enfer qu'il a vécu auparavant, il se laisse faire par les deux bourreaux et meurt étant convaincu que la honte le suivrait jusque dans la mort.
http://pedagogie2.ac-reunion.fr/lyvergerp/francais/tpe/tpe_01-02_terl/ab...

Film « Présumé coupable », lien : http://www.youtube.com/watch?v=MckK5rnpo-s

Bien à vous, L.R.

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