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Les Nouveaux chemins de la connaissance

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Emission Les Nouveaux chemins de la connaissance

du lundi au vendredi de 10h à 10h50

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La paranoïa (3/4) : Rousseau, juge de Jean-Jacques 3

25.09.2013 - 10:00 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureaudio

Par Adèle Van Reeth

Réalisation : Olivier Guérin

Lectures : Georges Claisse

 

Alain Grosrichard MC © Radio France

 

Après la théorie du complot lundi et l’analyse psychiatrique du cas Schreber que Dieu a changé en femme, hier, et  avant le crime avec ou sans soupçon des personnages de Shakespeare, demain, c’est ce 3ème temps de notre semaine consacrée à ce qui est à côté de l’esprit, la paranoïa.

 

Pourquoi, en 1771, Rousseau, déjà auteur des deux discours, de l’Emile, de la nouvelle Héloïse et du Contrat Social, en vient-il à rédiger son Rousseau juge de Jean-Jacques ? Comment expliquer ce dédoublement qui fait de lui à la fois le juge et le présumé coupable, au sein d’un dialogue, forme inédite pour le philosophe, entièrement imaginé par lui-même ? Jean-Jacques Rousseau écrit le texte, Rousseau est un interlocuteur, Jean-Jacques celui qui est jugé… tout ce monde pour dire quoi ? La défiguration d’un sujet qui surmonte l’intolérable silence en  dialoguant avec lui-même…

 

 

 

 

 

 

Références musicales:

- Ligeti, Passacaille

- Léo Ferré, Héautontimorouménos

Radiohead, Paranoïd Androïd

 

Lectures:

- Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions

- Jean-Jacques Rousseau, Tract « A tout français aimant encore la justice et la vérité »

Billet de Jean-Jacques Rousseau adressé à la population française.

 

Extrait:

Rousseau, Juge de Jean-Jacques par Michel Foucault ( sixième temps de la série d'émissions radiophoniques intitulée Liberté coupable diffusées pour la première fois entre le 29 février et le 21 mars 1964 sur France Culture)

 

 

 

 

"Deux minutes papillon" par Géraldine Mosna-Savoye : comment la paranoïa se transforme-t-elle en pouvoir de création

Réponse avec deux artistes langrois, Danièle Kupczyk et Max Hervé, qui réagissent à la "méthode paranoïa-critique" inventée par Dali. 

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Invité(s) :
Alain Grosrichard, professeur honoraire de littérature du 18ème siècle à l’Université de Genève et Président de la Société J. Jacques Rousseau de Genève

Thème(s) : Idées| Philosophie| Jean-Jacques Rousseau

3 commentaires

Portrait de Anonyme Anonyme25.09.2013

il est incroyable luroluro14, moi je vai aller me prendre un bon café ,houuuuu lala
"Enfin, pour finir sur une réflexion contemporaine et d’actualité, pour élargir le propos à ce qui nous concerne directement, le « harcèlement moral », phénomène bien identifié dans le cadre du travail, peut conduire à une épidémie de « paranoïa » fondée sur une réalité sociale qui nécessite une remédiation des techniques de management."

Portrait de Anonyme Kercoz25.09.2013

Bonjour .
Sur le dilemme rémanent du "bon sauvage" et de la société qui pervertit, J'aimerai proposer une approche qui satisferait tout le monde:

Remplacer le concept bi-polaire sauvage /social ou Nature /culture par un concept tripolaire :
-Nature (individu isolé)
- culture ( individus socialisés)
-civilisation ( ou etat)

Les 2 premiers stades etant stabilisés , auto-organisés
Le 3e stade n' etant pas stabilisé , et etant en fait , tres récent , pouvant etre considéré comme une "déviance" , perversité sans avenir , essais en echec ...( c'est une opinion , mais aussi un constat a l' echelle historique).
En l' etat naturel , l' animal isolé survit grace a l' agressivité intra-spécifique ( K.Lorenz) , instinct majeur .
Le 2e stade necessite l' inhibition de cette agressivité...ce qu' on peut definir par un individu "bon" envers ses semblables...du moins ses proches , ceux de son groupe .
Ce modèle ( "naturellement culturel")s' optimise uniquement sur un groupe restreint ou l' affect peut gerer les interactions ( E. Goffman)..
LE modèle global ne sera donc que la structure "fractale" ...groupe de groupes ou l'agressivité entre individu , inhibée , se retrouve entre groupe...etc.
Il en resulte qu' une sortie de ce modèle structurel par hypertrophie et centralisation pour des raisons de gain de productivité , d' etat ou d'empire ....ne peut que sortir l' individu du modèle qui l' optimisait-sécurisait ...n' etant plus protègé par son groupe il va récupérer son agressivité .
Ce n' est donc pas la société qui pervertit l' individu mais la civilisation.

Portrait de Anonyme luroluro1425.09.2013

Le Magazine littéraire de juillet-août 2005 présentait un dossier complet sur la paranoïa. Onze articles y couvraient tous les aspects de ce phénomène. Lun d’entre eux abordait le cas de J.J. Rousseau. Voici le lien :
http://www.philo5.com/Textes-references/MagazineLitteraire444_Paranoia_0...
L’ouvrage de J.J.Rousseau « Rousseau juge de Jean Jacques, dialogues » est tout à fait singulier puisque l’auteur y fait son procès tout en s’acquittant auprès de la postérité.
Ce mélange de culpabilité et de compassion pour soi-même est pour certains le fruit d’une « paranoïa » à laquelle s’ajoutait peut-être une espèce de schizophrénie à la fin de sa vie. Celle-ci se traduisait par l’étrange dédoublement de Jean jacques et de Rousseau, l’un devenant le juge de l’autre. Chose tout à fait singulière, Rousseau résolut de confier à Dieu lui-même, comme un appel à sa justice, ce texte extraordinaire en le déposant sur le maître-autel de Notre Dame de Paris...
PARANOÏA OU FIDELITE A UNE DEVISE ?
Au-delà de ce que certains considèrent comme une folie, la devise du philosophe "VITAM INPENDERE VERO" (consacrer sa vie à la vérité) a imprégné toutes ses œuvres dont la dimension géniale est incontestable. Chez lui, la notion de vérité est l’objet de recherche supérieure à toute autre valeur et même à sa propre réputation et son honneur.
Dans le cas Rousseau, il faut faire la part entre la réalité d’une « persécution » politique et sociale et la cristallisation de ces dernières en la croyance en un complot généralisé contre sa personne. La dissociation entre Jean Jacques et Rousseau était peut être pour lui une façon de supporter ses souffrances, son émotivité et son instabilité sociale.
RESUME DE LA VIE MOUVEMENTEE DE ROUSSEAU :
Au début 1757, Diderot envoie à Rousseau son drame « Le Fils naturel ». On y trouve la phrase : « L'homme de bien est dans la société, il n'y a que le méchant qui soit seul ». Rousseau prend cette réplique pour un désaveu de ses choix et s'ensuit une première dispute entre les amis. Au cours de l'été, Diderot à Paris éprouve des difficultés pour faire paraître l'Encyclopédie. Ses amis Grimm et Saint-Lambert sont enrôlés dans la guerre de Sept Ans. Ils confient au vertueux Rousseau leur maîtresse respective, Mme d'Épinay et Mme d'Houdetot. Il tombe amoureux de cette dernière. S'ensuit une idylle vraisemblablement platonique, mais du fait de maladresses et d'indiscrétions, les rumeurs vont bon train jusqu'aux oreilles de l'amant. Rousseau en accuse successivement ses amis Diderot, Grimm et Mme d'Épinay qui vont définitivement lui tourner le dos. Mme d'Épinay lui signifie son congé, et il doit quitter l'Ermitage en décembre. Il part s'installer à Montmorency où il loue le Mont-Louis.
C'est alors qu'il répond par sa Lettre à M. d'Alembert (1758) à l'article sur Genève écrit par ce dernier pour l'Encyclopédie. Il y critique le théâtre qui corrompt les mœurs, nouveau paradoxe pour un Rousseau auteur de pièces de théâtre. Cette lettre lui vaut des critiques de ses anciens amis et la haine farouche de Voltaire.
Au cours de l'été, Diderot à Paris éprouve des difficultés pour faire paraître l'Encyclopédie. Ses amis Grimm et Saint-Lambert sont enrôlés dans la guerre de Sept Ans. Ils confient au vertueux Rousseau leur maîtresse respective, Mme d'Épinay et Mme d'Houdetot. Il tombe amoureux de cette dernière. S'ensuit une idylle vraisemblablement platonique, mais du fait de maladresses et d'indiscrétions, les rumeurs vont bon train jusqu'aux oreilles de l'amant. Rousseau en accuse successivement ses amis Diderot, Grimm et Mme d'Épinay qui vont définitivement lui tourner le dos. Mme d'Épinay lui signifie son congé, et il doit quitter l'Ermitage en décembre. Il part s'installer à Montmorency où il loue le Mont-Louis.
C'est alors qu'il répond par sa Lettre à M. d'Alembert (1758) à l'article sur Genève écrit par ce dernier pour l'Encyclopédie. Il y critique le théâtre qui corrompt les mœurs, nouveau paradoxe pour un Rousseau auteur de pièces de théâtre. Cette lettre lui vaut des critiques de ses anciens amis et la haine farouche de Voltaire.
Isolé à Montmorency et atteint de la maladie de la pierre, il devient bourru, misanthrope et cynique. Il gagne toutefois l'amitié et la protection du maréchal de Luxembourg et de sa deuxième épouse. Il reste cependant très jaloux de son indépendance ce qui lui laisse le temps d'exercer une intense activité littéraire. Il achève son roman Julie ou la Nouvelle Héloïse qui obtient un immense succès, et travaille à ses essais Émile, ou De l'éducation et Du contrat social. Dans La profession de foi du vicaire savoyard, extrait de l'Émile, Rousseau réfute autant l'athéisme et le matérialisme des Encyclopédistes que l'intolérance dogmatique du parti dévot24. Dans Le Contrat Social, le fondement de la société politique repose sur la souveraineté du peuple et l'égalité civique devant la loi, expression de la volonté générale. L'Émile et le Contrat social sont condamnés par le Parlement de Paris et sont interdits en France, aux Pays-Bas, à Genève et à Berne.
Le conflit devient politique avec la publication des Lettres de la campagne de Jean-Robert Tronchin, procureur général auprès du Petit Conseil de Genève, auquel Rousseau réplique par ses Lettres de la montagne. Ces lettres sont publiées en décembre 1764, mais sont brûlées à La Haye et Paris, interdites à Berne. C'est le moment que choisit Voltaire pour publier anonymement les Sentiments des citoyens dans lesquels il révèle publiquement l'abandon des enfants de Rousseau. Le pasteur de Môtiers, Montmollin, qui l'avait accueilli lors de son arrivée, cherche alors à l'excommunier avec le soutien de la Vénérable Classe de ses confrères de Neuchâtel.
Rousseau évite alors Genève et se réfugie à Yverdon chez son ami Daniel Roguin. Si sa condamnation à Paris est surtout due à des motifs religieux, c'est le contenu politique du Contrat Social qui lui vaut la haine de Genève. Berne suit Genève et prend un décret d'expulsion. Rousseau doit quitter Yverdon et se rend à Môtiers auprès de Madame Boy de La Tour. Les malheurs de Rousseau n'ont pas attendri les philosophes qui continuent à l'accabler, notamment Voltaire et D'Alembert. Physiquement, la maladie de la pierre le fait souffrir et il doit être régulièrement sondé. Après sa mort, le philosophe est rapidement l'objet d'un culte, et sa tombe est assidûment visitée. Les révolutionnaires le porteront aux nues et la Convention demandera son transfert au Panthéon. L'hommage solennel de la nation française a lieu le 11 octobre 1794 ; au cours d'une grandiose cérémonie les cendres de Jean-Jacques Rousseau sont transférées d'Ermenonville au Panthéon à Paris, où le hasard fait qu'il repose en face de Voltaire (mort moins de deux mois avant lui) qu'il n'appréciait guère. Jean-Jacques Rousseau devient officiellement l'une des gloires de la nation française. Extrait de http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Jacques_Rousseau
L’ŒUVRE DE ROUSSEAU :
On peut considérer la totalité de l'oeuvre de Rousseau comme une immense lettre morale adressée à ses contemporains d'abord mais aussi à l'humanité entière.
PASSAGES CHOISIS DE VOTRE DIALOGUE qu’il faut réécouter tant il est passionnant :
[Joindre l’homme est l’œuvre. « L’homme est bon par nature mais la société l’a corrompu ».
Jean jacques était le seul qui portait encore en lui la trace de la bonté naturelle. Entre la vérité de l’oeuvre et l’homme il y a unité, ce qui se résume en ces deux questions.
« Eh bien Monsieur vous l’avez vu ? Eh bien Monsieur vous l’avez lu ? »
Le souci de l’obsession de l’innocence. Ce qui importe ce n’est pas la vertu mais l’intention d’être vertueux. J.J. est un homme naturel. La vertu commence pour l’homme qui s’est donné des lois.
J.J. est comme le Huron de Voltaire qui se retrouve à Versailles et qui se trouve confronté aux vilénies de la Cour. J.J. est tellement singulier qu’il faut pour Rousseau une longue introspection pour analyser cette intériorité. Ce que réclame Rousseau c’est un procès pour briser le silence. Il veut se présenter comme victime et être innocenté. Le silence est pour lui insupportable. Il veut faire parler l’accusateur dans le cadre d’un tribunal. A Paris, lorsqu’il a été condamné il a du fuir en Suisse sans affronter un procès. Le seul juge auquel il en appellera sera Dieu.]
REMARQUES PERSONNELLES :
Si « la folie » devait être le prix de son oeuvre, alors mieux vaut être fou que conforme à une norme bien banale. Le lot de bien des ennemis de Jean-Jacques a été de vivre une existence banale ne laissant aucune trace pour la postérité. Il serait certainement intéressant, suite à cette semaine dont le thème est « la paranoïa », d’envisager de consacrer une émission à Erasmus van Rotterdam pour son ouvrage « Éloge de la Folie » et à d’autres auteurs ayant abordé « la folie » sous son angle « positif » et « créatif ». Où commence la folie pour les hommes de génie ? La folie n’est-elle pas plutôt d’oublier sa singularité et d’être conforme à une norme qui s’avère monstrueuse et imposée par des tyrans, anonymes ou désignés, si l’on y réfléchit bien.
Enfin, pour finir sur une réflexion contemporaine et d’actualité, pour élargir le propos à ce qui nous concerne directement, le « harcèlement moral », phénomène bien identifié dans le cadre du travail, peut conduire à une épidémie de « paranoïa » fondée sur une réalité sociale qui nécessite une remédiation des techniques de management.
Bien à vous, L.R.

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