Adèle Van Reeth reçoit Dominique Rabaté à propos de l'invention du solitaire.
Dominique Rabaté S.Marchand©Radio France
Extraits:
- "Un soir quand on est seul", par Sacha Guitry
- Solitude, Nina Simone
- Alone, Sarah Vaughan
- La solitude, Barbara
Lectures:
- Rousseau, 1ère promenade, Les rêveries du promeneur solitaire.
- Rousseau , Vème promenade, Les rêveries du promeneur solitaire
- Kafka, Lettres à Felice, traduction Marthe Robert
Réalisation: François Caunac
Lecture des textes: Christele Wurmser
Invité(s) :
Dominique Rabaté, professeur de Littérature à l'Université Paris VII - René Diderot
Thème(s) : Idées| Philosophie




8 commentaires
Et Schopenhauer de dire: "La sociabilité de chacun est inversement proportionnelle à sa valeur individuelle,et dire de quelqu'un qu'il est sauvage signifie déjà presque que c'est un homme de qualité. On n'a d'autre choix dans ce monde qu'entre la solitude et la vulgarité."
Quel dommage chère Adèle que vous n'ayez point invité un psychanalyste pour penser la solitude tout au long de la semaine.Combien Winnicott, Anzieu, Roussillon auraient pu apporter un éclairage essentiel à ce que vous avez tenté de décrire comme une "mauvaise foi" là où il est question d'ambivalence, d'hypercomplexité, d'espace et de phénomène transitionnels. Et pour finir, les auditeurs auraient finalement compris qu'il existe un rapport direct entre Epicure, Diogène et cette figure du solitaire que Kafka, Rousseau, Flaubert incarnent dans leur littérature.
Message transféré de Marine Couderc:
"Bonjour
Juste un grand merci à vous, car depuis que j'ai découvert la "nouvelle formule" des Nouveaux chemins, j'écoute toutes vos émissions ! Vous avez une façon d'aborder les choses accessible, les choix de vos thèmes sont souvent passionnants et votre façon de faire est tout sauf soporifique ! Bref, merci ! Et puis, peut-être ce détail sera t-il superflu pour vous
mais je suis heureuse qu'une femme présente cette émission :) . Très bonne continuation à vous !
Marine"
[Message à l'attention de Raphaël Enthoven qui n'a rien à voir avec l'émission]
Bonjour,
Je vous ai entendu il y quelques temps sur France Inter tenir des propos peu amènes à l'endroit de Michel Onfray. Il y a semble-t-il un différent entre vous et lui lié à l'UP de Caen. Peu m'importe. Mais vous n'êtes pas tendre avec lui, on dirait.
« N’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi » aimez-vous à répéter. Et c'est vrai qu'il a une façon bien à lui de philosopher, mais qui est éminemment respectable à mon avis. Une pratique de la philo plus "militante", en quelque sorte. Et pourquoi pas après tout ? Je devine que ce terme de "militantisme" doit vous déplaire, vous paraître trivial, voire vulgaire. La philo invite à étudier les problèmes en profondeur, dans toute leur complexité et à ne pas se contenter des idées préconçues et de la surface des choses. Soit. Mais, il me semble également que l'exercice philosophique ne peut pas se limiter à une pure gymnastique intellectuelle, à une pensée qui flotte dans le ciel des idées, à un art où il s'agit de bluffer son interlocuteur par ses références et la virtuosité de son propos. Sauf à faire un exercice purement scolaire. Peut-être que le philosophe doit se mouiller, aboutir à une conclusion nette au terme de sa réflexion. Voire à une conclusion "politique" ou "sociétale". (!!)
Il me semble que vos pratiques sont très différentes, complémentaires, et toutes deux respectables.
Je viens de lire son dernier blockbuster sur Freud. Peut-être tout cela vous paraît-il bidon, mais personnellement, j'ai beaucoup appris : sur la construction de la légende psychanalytique, sur le caractère non-scientifique, sur l’inefficacité de la méthode, sur le parcours du personnage, sur le fameux complexe d’Oedipe ... Onfray est un personnage médiatique, mais il fait quand même du bon boulot, non ?
Dans le même ordre d'idées et dans la même émission sur Inter, vous avez également donné un coup de griffe à Mélenchon, pour le titre de son pamphlet. Et bien voyez-vous, j'aime bien Mélenchon parce que je sens qu'il parle avec son coeur et son cerveau pour les nôtres (de coeurs et de cerveaux). Certes, il flirte parfois un peu avec la démagogie, comme tout bon homme politique. Mais en ce qui me concerne, je préfère un homme politique qui parle un peu fort mais qui a une certaine hauteur de vue, à un politicien bien élevé qui récite des éléments de langage. Et qui vient nous vendre la biographie de je ne sais quel personnage historique, alors qu'il ne l'a pas écrite.
Cordialement
Arnaud TRAGNIER
Pour moi, sujet au combien passionnant ! Etre écrivain(e) n'est pas vain, jamais vain(e) !
La solitude de l'écrivain, une solitude qui n'est pas une vraie solitude puisque la solitude de l'écrivain est volontaire, nécessaire, inspirante, inventive, précieuse. Elle est donc le contraire de la solitude...
L'écrivain est riche de tous les mondes, il possède tellement de mondes en lui, sans parler qu'il tutoie les plus Grands de la Littérature morts pourtant.
Oui, quête de soi et des autres, quête du Monde ; ce monde, l'écrivain n'a eu de cesse l'observer car tout le nourrit, tout est matière. Jusqu'où peut-il aller sans perdre son identité ? Là est sa quête...
Et puis, le langage lui appartient en entier, l'écrivain refait le Monde selon son voeu et son désir, il est presque le "créateur" avec droit de vie ou de mort sur tous ses personnages... connaissez-vous plus grande puissance que celle-ci ici-bas ?
En effet, c'est bien le lecteur, son lecteur, qui est seul, isolé vraiment, devant la feuille et non l'écrivain-même.
Publier : sortir un instant de son univers de papier pour donner en pâture nos livres au public, c'est comme mourir un instant à soi-même, faire le deuil d'une partie de soi. Ensuite, recommencer encore à écrire, écrire, écrire...
Publier, c'est un cadeau comme un don fait à l'Autre ; cet Autre en a-t-il conscience aussi fort ? C'est moins sûr !
Jeanne R.
PS : Merci pour la voix de Barbara !
bonjour
l'invention de la solitude vaste débat en effet... toutefois, un bref rappel historique avec le roman philosophique " le philosophe autodidacte" relatant la formation d'un homme isolé sur une ile déserte à la recherche de son moi intime et du rapport nature culture, civilisation et vie sauvage. Cette littérature espagnole médiévale musulmane de Ibn Tufayl( 1100-1181) préfigure les nombreux auteurs cités dans votre émission.
cordialement
merci à vous pour votre émission
ah mais, Pascal serait content de savoir que je sais passer toute une journée dans ma chambre, seul, et sans ennui, de plus : toute l'année, alors ?.. Quelle autre "invention" ?.. Mais, on dessine autant qu'on peut écrire, en pays de sa solitude...
Ignace d’Antioche me dit à l'oreille, pour Guitry aussi :
"Être sans parler vaut mieux que parler sans être."
Ah bah non, on n'écrit pas "au milieu de la foule" (sauf que l'écrivain est entouré d'une foule de personnages, il me semble...)
Pour "l'autarcie", Mauriac s'isola tel Dieu, à écrire dans son Mala-gar(e) bordelais :
"Le romancier est, de tous les hommes, celui qui ressemble le plus à Dieu.. Il est le singe de Dieu.." in Le Roman (L'artisan du livre)
Tchekov dans ses carnets de notes : "si vous craignez la solitude, ne vous mariez pas", pour en souligner ici le paradoxe puisqu'à deux on peut être encore plus seul que seul à seul (on est le compagnon de soi)
On croirait entendre encore Vauvenargues à savoir que "la solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps"... s'il faut ainsi "inventer" au mieux son compagnon (soi même) ou / et sa compagne (sa solitude, "choisie")
Grâce à vous, je sais au moins que ma solitude est un "cor anglais", ah merci, je l'écouterai mieux que le non moins célèbre "ô solitude" d'Henry Purcell... Je suis alors dans le Bonheur de l'ici et maintenant de la 5ème Promenade Rousseauiste..., mon lac étant votre émission....