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Les Nouveaux chemins de la connaissance

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Emission Les Nouveaux chemins de la connaissance

du lundi au vendredi de 10h à 10h50

Ecoutez l'émission 49 minutes

La traduction (1/4) : Qu’est-ce que traduire ? 12

17.03.2014 - 10:00 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

Par Adèle Van Reeth

Réalisation : Olivier Guérin

Lectures : Marianne Basler

 

La traduction donne à l’homme ses meilleures leçons d’humilité : pour être précise et fidèle, elle n’est jamais parfaite. Car entre le sens et l’intention, entre ce que le texte exprime et ce que l’auteur veut dire, il faut choisir, et ce choix engage rien de moins qu’une conception du sens comme événement. De deux choses l’une : ou bien la multiplicité des langues ne sont que les diverses manifestations d’un sens originaire et universel, qui, pour être le ciment de l’humanité, n’appartient à personne, ou bien elles sont le signe que le sens échappe toujours en partie au langage, auquel cas l’écriture serait une tentative jamais close de ressaisir ce reste, cet au-dehors du langage sans lequel l’art n’aurait plus lieu d’être.

Parce qu’elle met le langage à l’épreuve du sens, la traduction est affaire de deuil : celui de la perfection, à laquelle on doit préférer la réussite. Et c’est tant mieux, nous dit Ricoeur, qui situe dans ce deuil de la traduction absolue le bonheur même de traduire.

Ainsi conçue, la traduction serait le meilleur étalon de la mesure de l’homme, ni ange ni bête, tiraillé entre la quête de sens ultime et l’acceptation que celui-ci lui échappe, révélant ce que la finitude peut avoir de créateur. Si le traducteur est un traitre, alors c’est le lot commun, tant le langage est toujours lui-même affaire de traduction, du collectif au singulier, de l’objectif au subjectif, de l’original à l’interprétation.

Mais alors, que faire des intraduisibles ? De ce que seule l’interprétation peut donner la clé et dont les rêves sont la manifestation la plus tangible et la moins partageable ? Faut-il sacrifier l’auteur au nom de ce que nous avons sous les yeux ? A moins que nous ne soyons tous auteurs d’un sens que nous passons notre vie à vouloir traduire ?

 

Demain, Anne Dufourmantelle viendra se demander pour vous ce que disent nos rêves, mercredi, Jean-René Ladmiral évoquera les Splendeurs et misères de la traduction, à partir notamment du texte éponyme d’Ortega y Gasset, et jeudi, Barbara Cassin s’interrogera sur le sort des concepts philosophiques intraduisibles, entre ontologie et logologie.

Mais aujourd’hui,nous avons le plaisir de recevoir  le philosophe Marc de Launay,  auteur d’un ouvrage dont le titre est de circonstance pour commencer cette semaine : Qu’est-ce que traduire, aux éditions Vrin.

 

Marc de Launay MC © Radio France

 

Musique:

- Kraked Unit, BOF Les poupées Russes

 

Chansons:

- Charles Aznavour, Für mich for me formidable
- Boby Lapointe, Le tube de toilette

 

Lectures:

- Sur la traduction de Paul Ricoeur (Bayard)

- José Luis Borges, L’aleph, “La quête d’Averroès " (1949-1952), traduit par Roger Caillois (Gallimard,1993) p. 616

 

Extraits:

- Two days in Paris, film de Julie Delpy (2007) 

- Georges Steiner (A voix nue, Laure Adler, 10/02/2009)

 

 

 

 

 

 

Et les "2 minutes papillon" de Géraldine Mosna-Savoye à propos de de la parution du livre de Pietro Montani Bioesthétique : sens commun, technique et art à l'âge de la globalisation (Vrin)

 

 

 

Invité(s) :
Marc de Launay, philosophe et traducteur

Thème(s) : Idées| Philosophie| Paul Ricoeur

12 commentaires

Portrait de Anonyme Aziz10.04.2014

Sujet très pationnant,! Jai adoré
Merci

Portrait de Anonyme Aya19.03.2014

Bonjour !
Un grand merci pour cette émission passionnante sur un métier plutôt flou finalement pour la plupart des gens, qui ne se rendent souvent pas compte que traduire implique de profondes connaissances, une véritable démarche intellectuelle et pas seulement l'utilisation d'un crayon et d'un dictionnaire.
Toutefois la traduction a été abordée ici d'un point de vue principalement philosophique : une vulgarisation plus complète du métier de traducteur pourra-t-elle faire l'objet d'une prochaine émission ? (différences entre traducteurs et interprètes, enjeux de la professionnalisation et de l'éventuelle protection du métier, témoignages de traducteurs indépendants, de responsables d'agences de traduction, de correcteurs, etc.)
Bien sincèrement et bravo pour cette initiative !
Aya

Portrait de Anonyme Chambre Syndicale des Traducteurs20.03.2014

Nous vous remercions de l'intérêt que vous portez à notre activité.
Vous trouverez sur www.sft.fr toutes les informations pratiques (grille salariale, points de retraite, &c) omises dans cette émission.
Ne vous ennuyez plus à faire un travail fastidieux que d'autres feraient mieux que vous, s'il n'a d'ailleurs pas déjà été effectué à votre insu.
La chambre se tient à votre disposition pour vous conseiller un professionnel de la profession susceptible de répondre au mieux à vos besoins spécifiques de traduction professionnelle.
Il vous suffit de définir clairement la langue source et la langue cible. Notre prestation propose l'association optimale d'un cibiste, d'un sourcier et d'un mage ayurvédique afin de mener votre projet à fin.
Demandez Inga.

Portrait de Anonyme Anonyme17.03.2014

Très intéressante émission. M.Launay éclaire le non spécialiste sur le fait que poursuivre la fidélité est une entreprise vaine. Pour moi les "bonnes" traductions sont celles qui me donnent de l'émotion, celles ré-élaborées par le traducteur engagé dans son entreprise de créolisation... C'est le passage de l'émission qui m'a le plus impressionnée. Merci

Portrait de Anonyme Gilles V.17.03.2014

Un progrès dans la traduction? Non, je ne pense pas. Le grand traducteur d’œuvres littéraires est aussi, par définition, un artiste (comme les grands faussaires sont aussi des artistes). Et il n'y a pas de progrès en art, comme chacun sait.

Si j'avais découvert Shakespeare dans ses traductions les plus modernes, souvent totalement imbuvables, je crois que je n'aurais jamais eu le courage ou l'envie de le lire dans le texte. Les traductions de François-Victor Hugo sont sans doute trop académiques, mais elles ont le mérite de donner à "sentir" Shakespeare, peut-être parce qu'elles ont été faites dans une époque qui était beaucoup plus imprégnée du grand dramaturge. Car il faut aussi tenir compte de cela et ne pas croire naïvement qu'une traduction est meilleure parce que c'est la dernière en date où parce qu'elle utilise des "outils" plus modernes.

Et oui, Borges a raison: tout bien considéré, il n'existe pas à proprement parler de "traduction". Tout ce qu'on peut faire c'est écrire ou réécrire, comme "Pierre Ménard, auteur du Quichotte."

Portrait de Anonyme Ion17.03.2014

Thanks for your issuance. I too am in translation, if you see what I mean. Puisque Paul Ricoeur faisait référence à Hamlet dans l’extrait que vous avez diffusé, je veux raconter mon étonnement d’avoir vu, dans la version Royal Shakespeare Company de 2008 avec David Tennant, au début de l’acte 1 Scène 4, l’un des veilleurs ébaucher quelques applaudissements devant les artifices royaux. Voici qui pose encore une des problématiques que vous avez discutées aujourd’hui : peut-on traduire sans interpréter, peut-on interpréter sans traduire ?

Portrait de Anonyme luroluro17.03.2014

Merci pour ce sujet passionnant qu’est la traduction traité avec brio.
Vous nous avez fait revivre Averroès souffrant mille mort pour traduire la « Poétique » d’Aristote, certains mots comme « tragédie » et « comédie » n’ayant pas d’équivalant en arabe (qu’il traduira en bricolant par « panégyrique » et « satyre ».
Parfois les termes sont purement et simplement importés faute d’être traduisibles (« dasein » d’Heidegger en français par exemple).
Pour ma part, je pense que M. Marc de Launey a raison lorsqu’il insiste sur le fait qu’il ne faut pas être chauvin et ne pas porter sa langue au pinacle.
Mais je ne peux résister à l’envie de défendre la nôtre. En effet plus la langue du traducteur est riche (exemple : la langue française) au regard de la langue traduite (exemple : la langue des Etats-Unis d’Amérique) plus les choix sont importants. Il peut en résulter que le texte traduit soit plus beau et « riche » que le texte original (ou originel), sans être partial.
Ces niveaux de richesse de sens peuvent sans doute expliquer que M. Bush fils ait compris qu’il y avait des armes de destruction massives en Irak, sa capacité à distinguer le oui du non étant incertaine…
Il eut été intéressant que vous abordiez les difficultés liées au fait que le ton est source de sens dans certaines langues comme le Chinois, ce qui donne lieu à des traductions parfois comiques.
Le cryptage est aussi une source de réflexion intéressante puisqu’il vise à mettre un obstacle à la compréhension.
Enfin, les différents niveaux de sens sont également à considérer.
Ainsi dans une même langue il peut y avoir bien des malentendus liés à l’attribution d’un sens différent par l’émetteur et le récepteur.
Je me souviens d’un exemple cinématographique.
Lors de la bataille de Diên Biên Phu, un commandant demande à un de ses soldats qui se trouve au sommet d’une colline de « descendre » un vietnamien qu’il vient de faire prisonnier. Il entend un coup de feu. Il demande au soldat ce qu’il vient de faire. Celui-ci lui répond qu’il a éxécuté l’ordre de « descendre » l’ennemi. Or, le commandant avait voulu dire de faire venir le prisonnier en-bas.
Moralité : attention aux sens possibles des mots (polysémie) que nous employons. Les mots peuvent tuer ou provoquer de graves malentendus.
Enfin je terminerai en citant une phrase de votre invité qui nécessite en soi, me semble t’il, une traduction pour les non initiés :
« Une idiogénèse d’ordre sémiotique n’existe pas tant qu’elle n’est pas valorisée dans une sociogenèse ». Interrogez les français sur le sens de cette phrase lors d’un micro-trottoir et je vous promets que vous aurez des résultats surprenants.
Bien à vous, L.R.

Portrait de Anonyme alain PORTE17.03.2014

Chère Adèle Van Reeth,

Passionnante émission!
Comme je tarduis surtout du... sanskrit! je voudrais
simplement vous dire que je me suis forgé une éthique...
Comprendre dans le texte original CE QUE le locuteur sanskrit VEUT DIRE...
ce qui implique de passer au-delà du texte abouti, de remonter
dans cette brégion où les mots n'avaint pas été choisis,
donc une espèce de noosphère, un chaos sensible...
Cela fait, une fois qu'on a senti et compris la pensée originelle,
se dire: comment cela se serait-il ensuite écrit en français...
C'est en somme oser abolir la langue d'origine dans sa substance pour
n'en garder que l'essence...

Voilà!!

Cordialement
Alain Porte

C'est

Portrait de Anonyme jean tyzo17.03.2014

Dommage, chère Adèle, que Philippe Jacottet ne soit programmé pas pour cette semaine de la traduction. Cela aurait encore rehaussé votre émission qui reste remarquable.

Portrait de Anonyme haller xylouris17.03.2014

bonjour ! passionnant sujet. une remarque : dire que les grecs n'ont rien traduit me fait penser à 3 choses : y aurait-il eu quelque chose à traduire dans le sens barbare vers grec ? et pourquoi ne pas se poser la question dans l'autre sens : qui des barbares a traduit des grecs quelque chose ? traduire suppose l'écrit, et de bonnes raisons pour traduire. d'autre part, n'y a-t-il pas un effet de langue dominante-langue dominée ? je me rappelle un kiosque à livres en albanie, "tout" était traduit, romans américains, psychanalyse française, écrits politiques italiens, poésie grecque... tout. mais de notre côté, qu'avons nous traduit de la littérature, de la poésie, de la philo albanaises ? enfin, je dis ça je dis rien ;-). mais merci pour cette série d'émissions. bien à vous auditivement et toujours avec intérêt. shx

Portrait de Anonyme François Tisseyre17.03.2014

Très beau sujet.
Ayant eu le privilège de suivre les cours lumineux de Maurice Coindreau dans les années 60, j'ai gardé jusqu'à ce jour le souvenir de sa vision sensible de la traduction, qui portait sur le texte et bien au-delà de lui. Puissent les médiateurs d'aujourd'hui s'inspirer de cet héritage précieux, susceptible de donner toute sa noblesse à l'idée de vulgarisation.
Merci de vos très bonnes émissions.

Portrait de Anonyme luroluro17.03.2014

Bien le bonjour à tous (bene el bonjorno a todos) :
Voici un modèle de traduction qui me rappelle la capacité d’inventivité de certains de mes camarades férus de latin :
Texte aléatoire http://www.faux-texte.com/lorem-ipsum-1.htm :
Texte latin à traduire : [Ibi victu recreati et quiete, postquam abierat timor, vicos opulentos adorti equestrium adventu cohortium, quae casu propinquabant, nec resistere planitie porrecta conati digressi sunt retroque concedentes omne iuventutis robur relictum in sedibus acciverunt.]
Traduction :
Ici vaincu, recréé et quiet, après qu’il eut peur, vainqueur opulent endormi sur un cheval aventureux, qui fut la cause de déroute, mais résista en planant pour connaître leur digression etc...
Bien à vous, L.R.

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