retour en haut de page
Les Nouveaux chemins de la connaissance

Les Nouveaux chemins de la connaissance | 12-13

Syndiquer le contenu par Adèle Van Reeth, Philippe Petit Le site de l'émission
Emission Les Nouveaux chemins de la connaissance

du lundi au vendredi de 10h à 11h

Ecoutez l'émission 58 minutes

Les écoles de Chicago (3/4): Allan Bloom 5

26.06.2013 - 10:00 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

Par Adèle Van Reeth

Réalisation : Philippe Baudouin

Lectures : Jean-Louis Jacopin

 

Allan Bloom 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis lundi, les NCC vous font voyager au cœur des écoles de pensées de Chicago. Lundi, nous étions en compagnie de Leo Strauss, hier mardi, de Milton Friedman et de l’école économique de Chicago, et avant d’évoquer demain l’école de sociologie de Chicago, j’ai le plaisir d’accueillir aujourd’hui Pierre Manent qui vient vous présenter l’intellectuel incontournable de l’université de Chicago, celui qui fume 5 paquets de cigarettes par jour,  porte un kimono et surtout, surtout, lit Platon et Rousseau pour y trouver l’exemple de liens amicaux et amoureux emprunts de vertus, et se consoler de l’âme désarmée de ses contemporains.

 

Pierre Manent MC © Radio France

Références musicales:

 

- Off the sky, Hinter Lulls

- Joan Jett, I love Rock n'roll

- Ravel, Le boléro

- Joe Cocker, With a little help from my friends

 

Extraits:

- Quand Harry rencontre Sally, film de Rob Reiner (1989)

- interview d'Allan Bloom par le journaliste Heffner (New York, 1987)

Invité(s) :
Pierre Manent, philosophe, historien et directeur d’études à l’EHESS

Thème(s) : Idées| Philosophie| Allan Bloom

Document(s)

5 commentaires

Portrait de Anonyme Elizabeth Bennet29.06.2013

Une erreur de prononciation répétée peut difficilement passer pour un lapsus ou une étourderie.

Jane AUSTEN ne se prononce pas comme l'automobile AUSTIN, ( ou la capitale texane), et ne rime pas avec Augustine,
En plaçant l'accent tonique à l'anglaise, sur la première syllabe et non sur la seconde, on évite ce cuir et l'auditeur anglophone conserve son sérieux.
Il y a aussi "l'inégalité n'est point-z-une..." qui n'est pas très heureux non plus.

P. Manent explique parfaitement la vision du couple par Rousseau, mais le concept de respect des inégalités naturelles appartient à la tradition libérale. Il est étranger à la doxa égalitariste qui domine une scène médiatico-politique française, toujours aussi incapable de l'intégrer à... l'équation.

C'est vrai que le décalage est pénible. Pierre Manent fait des efforts remarquables, avec une patience qui n'a d'égale que sa courtoisie, mais c'est en vain. Il a l'humilité des grands esprits. Espérons que son interlocutrice en prendra de la graine, elle en a grand besoin

Portrait de Anonyme Catherine27.06.2013

Emission très très intéressante, mais un peu décousue. Peut-être parce que les échanges entre Pierre Manent et Adèle Van Reeth manquaient de fluidité et étaient un peu difficiles à suivre. Pierre Manent, n'était jamais d'accord avec les analyses/hypothèses d'Adèle Van Reeth, socles de ses questions à son invité. Du coup, les réponses le Pierre Manent, étaient souvent en désaccord avec les analyses d'Adèle Van Reeth et cela ne facilitait pas la compréhension. Parfois, c'était comme s'il n'acceptait pas la critique d'Alan Bloom.

Portrait de Anonyme rené wenger26.06.2013

Bravo pour cette émission ! Adèle avait un peu de mal à accepter la complémentarité ente les deux sexes et qu'il n'y a pas d'égalité parfaite entre eux, dans sa conception féminise...

Depuis des années je ne cesse de rappeler que la modernité telle qu’on la conçoit surtout à gauche et que l’abandon par la femme de sa place traditionnelle et de son rôle fondamental au sein de la famille et de la sociéé mènent inexorablement à l’échec. Nous n’avons nullement besoin de femmes-hommes car les hommes ont déjà fait assez de dégâts. C’est une grave erreur que de croire que si les femmes prennent de plus en plus les postes clés dans tous les domaines, la société changera, parce que la plupart d’entre elles ont pris les mêmes voies que les hommes et ont donc développé les mêmes comportements (voir Thatcher, Merkel et autres). Elle possède les clés originelles de l’amour dont son partenaire a cruellement besoin pour surmonter sa nature impétueuse, nihiliste et parfois si cruelle ! La femme représentant le pouvoir conceptionnel cosmique, se dérobe à son désir de dévouement et devient séductrice ou pire.

De nos jours, la femme renie le plus souvent sa nature qui est pleine d’amour et de
dévouement en essayant de suivre la voie de la raison. Etant devenue aveugle en elle-même,
elle ridiculise ses propres relations cosmiques. Elle ne reconnaît pas que le monde a été
réduit à un mécanisme et la vie à une fonction pratique par la pensée rationnelle de
l’homme. Elle a du mal à avouer que l’être humain dépourvu d’amour est tombé de sa
position centrale dans l’univers dans le néant, pour devenir un « robot » dans la masse
« désâmée » et dénaturée, et ne pouvant plus comprendre la grandeur et la beauté de la
condition humaine.
L’amour doit croître, alors le réveil ne sera pas si brutal, et conduira vers la connaissance de
l’affinité de nature entre l’homme et la femme.

Arraché de sa liaison polaire avec la femme, l’homme a subi une perte de substance irremplaçable. Il est vrai qu’il utilisa la technique à ses fins, mais il devint de plus en plus l’esclave de la machine, et non son maître. Sous l’influence de la machine l’homme ressemble de plus en plus à un micro-mécanisme et son état est un état machinal.

Comment se comporte la femme d’aujourd’hui envers cet homme si rationnel et humainement si précaire et superficiel ? La femme ne peut pas se passer de l’homme en raison de cette relation voulue par Dieu. Elle s’est laissée séduire en le suivant dans son domaine caractéristique, car se sentant écartée de la corégence, elle n’a pas trouvé d’autre issue. Elle a sacrifié ses véritables relations célestes avec lui pour rester proche de lui au moins dans l’intellect et le sexe. Elle n’ose plus engager son statut inné de religiosité comme force créatrice dans la vie publique, car elle craint de déplaire à l’homme dans sa pensée nihiliste. C’est pourquoi elle omet de faire son propre devoir, car dans le plus profond de son être, l’homme veut être délivré par la femme de sa présomption rationnelle stérile. Pour sortir de l’enfer de la vie sans Dieu, il a besoin de la «vierge céleste» comme miroir de l’amour et de la sagesse. Il ne veut en sorte pas être séduit par elle, mais aimé. La séduction est toujours un manque d’amour, car elle est égoïsme et amour-propre. La femme qui mène le jeu de la séduction perd ainsi son rang d’épouse éternelle. La séduction au lieu de la conduite et de la pudeur. L’homme et la femme s’épuisent mutuellement dans la bataille des sexes. Les médias de masses, la musique obscène, brutale et disharmonieuse, la publicité et la propagande ne sont que les arts externes créant des besoins pour détourner toujours davantage l’être humain de son vrai chemin.

Malgré le niveau de vie élevé la vie sociale est devenue insignifiante et détestable. L’ennui et l’angoisse poussent les humains d’une distraction vers l’autre. On se dope. On aimerait retomber tranquillement dans le sommeil magique d’Adam, mais cela n’est plus possible. La grande inquiétude qui règne dans le monde provient du réveil graduel. Le « Verbe », le Logos, veut se révéler à la conscience humaine, que l’individu le veuille ou non – il y sera entraîné avec les autres. La prise de conscience est le signe des temps nouveaux qui ont déjà commencé.

Seul Dieu peut abréger le processus infernal que l’homme a mis en marche par ignorance. Du fait que personne ne doit raccourcir le chemin de la prise de conscience, ni se consoler avec un but provisoire sans préjudice pour son âme, l’humanité doit faire l’expérience et dévoiler tout le mal de son dernier et plus dangereux abîme. Elle ne peut rien s’épargner, afin qu’elle reconnaisse tout le mensonge. S’il n’en était pas ainsi, l’être humain ne pourrait pas gagner « la couronne de la vie éternelle ». Elle ne se donne qu’à celui qui garde la fidélité la plus extrême et qui ne craint pas la mort.

Dans la légende du labyrinthe personne n’a trouvé de sortie et ceux qui s’y sont engagés ont trouvé la mort. Ariane, fille du roi Minos de Crète, sauva le jeune Thésée du labyrinthe en lui donnant une pelote de laine qu’il déroula pour retrouver son chemin. Ariane, correspondant à la vierge céleste, se trouve en dehors du subconscient chaotique de l’homme avec ses jouissances mortelles. Elle l’appelle silencieusement à rechercher ses instincts inconscients pour les mettre en pleine lumière et en devenir maître. Elle lui donne la pelote du souvenir et lui conseille de se laisser conduire au dehors de l’idéal du bonheur perverti, qu’il a trouvé dans le plaisir sensuel, pour surmonter le démon de tous les maux. Elle, la femme éternelle, illumine avec la lumière de son amour les sombres égarements et les sentiments contradictoires de l’homme, qui veut également faire l’expérience de l’abîme et le subir. Elle est la libératrice et le guide lorsque l’homme se perd dans les allées embrouillées du destin.
Mais c’est elle également qui détient le secret originel de la libération et elle doit se libérer des chaînes auxquelles elle s’est attachée à cause de la fausse aspiration au pouvoir de l’homme, afin que l’ardeur et la puissance éternelles de la vie divine puissent à nouveau se déverser sur l’humanité.
rené wenger

Portrait de Anonyme Géraud26.06.2013

Rien à voir (je ne sais par où passer), mais à quand une petite semaine consacrée à Tarkovsky, "y a matière", non ?
Quoi qu'il en soit, et bien que cela ne compense pas la maladresse de cette requête, merci beaucoup pour ces petits et grands bonheurs quotidiens...

Portrait de Anonyme luroluro26.06.2013

UN TEXTE SUR ALLAN BLOOM (1) et l’émission Les NCC du 14 12 2010 (2)
[Le véritable Allan Bloom (1):
Allan Bloom (1930-1992), Professeur de Philosophie politique à l’Université de Chicago, a été portraituré par le romancier Saul Bellow dans Ravelstein. Pour Kenneth Weinstein*, un de ses anciens élèves, cet essai ne décrit pas assez fidèlement l’auteur de L’âme désarmée. Article paru en mai 2000 dans The Weekly Standard, à l’occasion de la parution du roman. Titre original : The Real Allan Bloom. A Memoir.
Depuis le décès d’Allan Bloom le 7 Octobre 1992, ceux d’entre nous qui le connaissaient et étudièrent avec lui ont ressenti sa disparition comme une blessure. Ravelstein, le roman de Saul Bellow basé sur Bloom, ouvre de nouveau cette plaie et fait ressortir un ensemble confus de sentiments. Mais Bellow a exactement raison quand il achève l’écriture de son roman en écrivant, « Vous n’abandonnez pas aisément une créature comme Ravelstein à la mort. »
Nous voyons en Abe Ravelstein notre professeur : un homme balbutiant, narrant des anecdotes incomparables, des plaisanteries grivoises en français, les routines de Mel Brooks et un aperçu de la condition humaine. Il est presque, au centimètre près, le Bloom que j’ai connu. La lecture de Ravelstein m’a ramené à l’étudiant de premier cycle qui, manquant d’assurance, s’en allait frapper à la porte d’un appartement du Cloisters, pour être accueilli par Bloom, la fumée s’échappant de ses narines, éclatant de rire pendant un appel téléphonique de Washington, alors que Paris attendait sur une autre ligne.
Les étudiants, surtout de premier cycle, étaient au centre de la vie de Bloom. Lorsque L’âme désarmée [The Closing of the American Mind] devint un best-seller au printemps 1987 et que Bloom fut harassé de demandes d’entrevues et de discours, il n’a annulé aucune classe ou manqué le moindre rendez-vous – quelque chose que d’autres professeurs s’empressent de faire. Cette année-là, j’étais étudiant à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. (Bloom exhortait ses élèves à étudier en France, pour améliorer ou tempérer – selon ce que nécessitait le cas – leur appréciation de la démocratie libérale américaine.) Durant les vacances de Printemps, Bloom vint à Paris pour le lancement de l’édition française de son livre. Il s’est adressé aux étudiants de l’Institut, soulignant l’absurdité qu’il ressentait à parler de sa propre écriture, alors qu’il avait passé sa vie à enseigner les livres des plus grands esprits du passé. Ensuite, nous sommes allés (comme toujours) au Café de Flore, avec les trois amis français les plus proches de Bloom : l’économiste Jean-Claude Casanova et les politologues Pierre Manent et Pierre Hassner. Les trois d’entre eux demandèrent comment le livre de Bloom se portait en Amérique. Bloom leur demanda comment je me portais en France. Bloom se souciait de nous si intensément que nous sentions que nous n’étions pas tant ses élèves que ses enfants.
Bloom était un « psychologue » au sens classique du terme : il a cherché à approfondir nos âmes tout en éduquant nos sentiments, à nous faire entrer en contact avec la grandeur, à nous faire prendre conscience de la transcendance. Aristophane, Platon, Shakespeare, Rousseau nous ont aidés à penser, à nous enseigner comment mener nos existences. Bloom se plaçait au centre par la seule force de ses observations. Quand il enseignait, il n’a jamais compté sur de vieux plans de cours. Il relisait toujours les textes, souvent aux premières heures du matin, prenant des notes et trouvant ainsi en chemin de nouvelles idées. Souvent, vous arriviez en classe pour apprendre que la phrase que vous aviez survolée était la clé de l’interprétation d’un passage particulier ou d’un livre.
Chacun des dialogues de Platon, comme Bloom le ferait remarquer en classe, constituait un ensemble ; chaque action et référence dans ces dialogues menait à un sens plus profond et compliqué. Dans la conversation, Bloom mâchait chaque mot qu’il prononçait.
Une de ses méthodes didactiques préférées était de vous demander votre opinion sur certaines mesures prises par une connaissance ou un personnage littéraire – alors qu’en fait, ce qu’il faisait était de vous amener à une conscience plus profonde de vous-même. Les vérités qu’il enseignait à travers cette méthode indirecte, à la fois sur le caractère et les limites intellectuelles, étaient quelquefois trop douloureuses pour être partagées avec d’autres. Tenter d’affirmer son indépendance vis-à-vis de Bloom menait quelquefois à réaliser combien cette indépendance lui était due à l’origine.
En rapportant ces souvenirs, Ravelstein nous rappelle combien notre monde était plus riche avec Bloom comme maître. Néanmoins, le livre est radicalement incomplet. La vitalité intellectuelle de Bloom, qui a attiré à lui certains des plus beaux esprits en Amérique et en Europe, ne brille pas réellement. Pour comprendre Bloom pleinement, il est nécessaire de lire L’âme désarmée, qui offre son jugement de l’état de nos âmes, et L'Amour et l’Amitié, son voyage à travers l’antiquité classique, Shakespeare et la modernité, qui montre ce que nous avons abandonné au nom de la libération sexuelle.
Plutôt que de servir la pensée de Bloom, Bellow expose les habitudes pittoresques de l’homme, y compris son goût pour les produits de luxe. Bellow capte la manière dont cette avidité coexistait avec une « indifférence toute aristocratique aux choses matérielles », comme l’écrivait un de ses anciens élèves. Bloom brulait régulièrement des trous de cigarettes dans ses cravates et ses chemises, renversait du café et de la soupe sur ses costumes sur mesure et de l’encre de plume sur ses meubles. Mais sans la compréhension claire que l’acquisition de cristaux Lalique ou de vestes Lanvin était une réflexion enjouée de son amour pour la beauté elle-même – la beauté au sens de Platon, – il est présenté dans Ravelstein comme un simple consommateur haut de gamme, un fat américain sur le faubourg Saint-honoré.
S’attarder sur les virées de shopping à Paris de Ravelstein, comme le fait Bellow, risque de laisser l’impression que Bloom voyait cette ville comme un centre commercial duty-free. Au lieu de cela, elle était pour lui le cœur défaillant d’une culture grande par le passé, l’endroit sur terre où les vestiges de la grandeur pouvaient être les mieux sentis. Une heure ou deux à flâner dans les rues en conversant avec Bloom vous apportait une plus intense sensation de ce monde perdu que des centaines d’heures de lecture– sans mentionner une introduction vivante à l’œuvre de Stendhal, Balzac et Rousseau. Ses jours à Paris étaient remplis par des discussions avec chacun, des chauffeurs de taxi et des employés d’hôtel à Raymond Aron et François Furet [à lire, François Furet et la séduction du communisme]
Le principal égarement de ce livre est le fait que Ravelstein ait fracassé la dignité avec laquelle Bloom maintenait l’intimité de sa vie personnelle et, en tant que telle, engendre une reductio ad homosexualum de la pensée de Bloom, que celui-ci aurait détesté. La mort de Ravelstein du sida est particulièrement troublante. Bellow a récemment reconnu que Bloom n’avait jamais parlé avec lui d’être atteint du sida ou du VIH. Pourquoi alors suggérer qu’il l’ait fait ?
Allan Bloom était un homme extraordinairement complexe. Ravelstein présente un portrait émouvant de l’apparence de Bloom, en particulier le compagnon de table animé et turbulent. Mais, en omettant de présenter la vie de son âme jamais désarmée [« the life of his never-closed mind »], le roman ne peut capturer le véritable Allan Bloom – ou la raison pour laquelle tant d’entre nous ont trouvé en lui l’enseignant qui a façonné nos âmes.
Lien : http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-veritable-alla...

A lire : Entretien avec Pierre Manent : Strauss, Bloom et l’Amérique

(2) Emission Les NCC du 14 12 2010 De l'amour 2 sur 5 : Allan Bloom, lecteur de Rousseau
http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaiss...

Bien à vous, L.R.

Votre commentaire

Type the characters you see in this picture. (Vérification audio)
Tapez les caractères que vous voyez dans l'image ci-dessus : si vous ne n'arrivez pas à les lire, soumettez le formulaire, une nouvelle image sera générée. Il n'y a pas de distinction majuscule minuscule.