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Les Nouveaux chemins de la connaissance

Les Nouveaux chemins de la connaissance | 13-14

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Emission Les Nouveaux chemins de la connaissance

du lundi au vendredi de 10h à 10h50

Ecoutez l'émission 49 minutes

Les vertus du non (4/4) : La philosophie du non de Gaston Bachelard 6

17.10.2013 - 10:00 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureaudio

Par Adèle Van Reeth

Réalisation : Olivier Guérin

Lectures : Georges Claisse

 

Didier Gil MC © Radio France

 

Suite et fin aujourd’hui, de notre semaine sur les vertus du non : après Cioran, Hegel et la différence entre indignation et désobéissance civile, c’est aujourd’hui Didier Gil qui vient nous présenter la philosophie du non de Gaston Bachelard.

 

Référence musicale:

- Gilles et Julien, Tout est foutu

 

Extraits:

- Causeries de Gaston Bachelard  ( CD Radio France INA)

- Pièce de Bertolt Brecht, La vie de Galilée (mise en scène d'Antoine Vitez, Comédie française, 1990)

- Film, Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau (1990)

 

Lecture:

- Bachelard, Philosophie du non ( PUF, 2005)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Deux minutes papillon" par Géraldine Mosna-Savoye: pourquoi dire "non" n'est-il pas que le signe du mécontentement ?  

Réponse avec le politologue Vincent Tiberj, pour qui le "non" n'est pas qu'une manifestation du peuple ignorant, mais un choix plus fécond qu'un oui.  

Lecture
 
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Invité(s) :
Didier Gil, professeur de philosophie en hypokhâgne, chercheur associé au Centre de recherche sur l’histoire des système de pensée moderne (Université Paris I)

Thème(s) : Idées| Philosophie| Gaston Bachelard

6 commentaires

Portrait de Kim23 Kim2320.10.2013

Oui, merci à France culture pour cette émission passionnante.

Sur les mêmes thèmes dans le blog “Pour une économie non-aristotélicienne” http://generalsemantics4all.wordpress.com/ :
- 1. Que signifie "non-aristotélicien" ?: http://generalsemantics4all.wordpress.com/2010/12/07/que-signifie-non-ar...
- 2. La démarche des mathématiciens: http://generalsemantics4all.wordpress.com/2010/12/08/la-demarche-des-mat...
- 3. Application de la démarche des mathématiciens en économie: http://generalsemantics4all.wordpress.com/2010/12/21/application-de-la-d...
- Alfred KORZYBSKI: Démarche des mathématiciens: Extraits du "SEMINAIRE DE SEMANTIQUE GENERALE 1937": http://generalsemantics4all.wordpress.com/2011/12/01/alfred-korzybski-de...

Dans le site “La sémantique générale pour tous “ : Les différentes étapes de l'évolution de l'Occident: Aristote, Descartes, Korzybski, Trois visions de l'homme et du monde: http://semantiquegenerale.free.fr/Articles/evol_occ.htm

Portrait de Anonyme Anonyme18.10.2013

Est-ce philosophique de dire : oui,oui,je suis d accord avec untel ou untel ?
Jeanne R.

Portrait de luroluro luroluro17.10.2013

Merci pour votre entretien qui était aussi passionnant que complexe (tout au moins pour moi) et subtil.
Gaston Bachelard philosophe du non ? En fait, ce que l’on peut retenir de votre entretien, c’est qu’au terme de votre émission c’est plutôt une méthode de l’intégration du connu dans un cadre plus vaste qui ne le contredit pas. C’est donc un philosophe du oui à la découverte qui ne renie rien de ce qui la précédait dans un contexte historique antérieur.
Pour G. Bachelard, la science contemporaine est à elle seule une philosophie en acte. La dialectique du progrès scientifique est ordonnée, ce qui n’est pas toujours le cas en philosophie.
Bachelard s’oppose au divorce qui s’est produit entre la science et la philosophie qui s’est produit au 19ème siècle en France. Pour lui, il est essentiel que la physique et la chimie et toutes les nouvelles connaissances des savants soient prises en compte par la philosophie.
Ainsi, au 19ème siècle de nouvelles géométries se sont affirmées comme non euclidiennes en remettant en cause le 5ème postulat d’Euclide, appelé postulat des parallèles. Une "Pan géométrie" est ainsi apparue, incluant la géométrie Euclidienne sans la détruire. Il est apparu que la notion de ligne droite chez Euclide était une notion particulière. Lobatchevski et Riemann qui ont été à l’origine de la géométrie non Euclidienne considèrent la géométrie euclidienne comme la partie d’une géométrie plus générale. La notion de droite a été élargie par la géodésique. Le chemin le plus court n’est pas nécessairement sur un plan mais dans un espace à courbure elliptique ou hyperbolique selon qu’elle est positive ou négative. Lien :
http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9om%C3%A9trie_non_euclidienne
Il faut insister que pour Bachelard la géométrie non Euclidienne n’a pas rendu celle d’Euclide obsolète. Il n’y a pas contradiction mais élargissement.
L’une des idées fondamentales de Bachelard est que les contradictions ne naissent pas des notions ou des concepts. Pour Bachelard, le non n’est pas « contre » ou « anti » quelque chose.
En fait, la science procède par évolutions successives de systèmes scientifiques cohérents et de ruptures qui englobent les connaissances précédentes sans les renier.
Bachelard s’est efforcé de redéfinir l’empirisme et le rationalisme pour sans cesse ajuster le fonctionnement l’esprit aux nouvelles formes de connaissance.
Toute vérité est liée à une époque donnée. La raison n’est pas un donné a priori à partir duquel on déduirait toute connaissance. La science est expérimentale en ce sens que les faits doivent se construire à partir d’une raison qui travaille à élargir l’extension des notions pour expliquer des phénomènes jusqu’alors non expliqués. Pour G. Bachelard, les catégories Kantiennes comme l’espace et le temps changent et évoluent avec l’histoire. Il avait eu le pressentiment que les géométries non euclidiennes permettraient d’aboutir à des phénomènes astrophysiques comme les trous noirs (espaces à courbure négative). Dans le domaine de la micro physique si la matière c’est de l’électron, et de l’énergie, il faut réviser le principe de la permanence de la matière. Ainsi la matière peut se recréer mais elle peut aussi s’annihiler. On révèle le noumène en dialectisant un à un tous les principes de phénomène.
L’image et l’imagination ont une grande importance dans la progression scientifique chez G. Bachelard e n tant qu’elles sont des intuitions utiles qui servent à être détruites. Il y a une rupture épistémologique entre la « connaissance subjective» par imagination et la connaissance scientifique qui est objectivée. Ainsi pour G. Bachelard l’image de Bohr a agi comme une bonne image précisément parce qu’il n’en reste plus rien. Le schéma de Bohr représentait l’électron comme une petite lune qui tourne autour du noyau atomique (le proton). Il représente ainsi la micro physique à l’instar de la macro physique, ce qui suppose que la force gravitationnelle concernerait ces deux mondes. Or, on a découvert précisément que c’est la force électromagnétique qui gouverne la micro physique. Cette force nous permet de comprendre comment un atome peut changer selon qu’on lui ajoute ou qu’on lui retranche un électron. Ce qui fait le fondement de la philosophie e G. Bachelard, c’est qu’il y a des obstacles épistémologiques Ce qui est premier ce n’est pas la raison mais l’imagination (qui équivaut à la connaissance de premier rang chez Spinoza). Il faut toujours admettre ses insuffisances et rectifier ses connaissances. Le doute de Bachelard n’est pas le doute de Descartes, doute général et hyperbolique, c’est un doute qui est permanent et qui ne fait pas table rase de l’imagination, bien au contraire. En fait l’imagination sert de tremplin à une réflexion qui permet de ne pas l’intégrer dans la sphère scientifique tant qu’elle n’est pas démontrée comme valide pour fonder un progrès de la science.
G. Bachelard se demande pourquoi l’on pensait comme cela avant qu’il ne reste plus rien de cette pensée. Le non de G. Bachelard ne consiste pas à se débarrasser des images mais à se demander pourquoi on ne se représentait pas les choses de façon adéquate.
Pour ce grand philosophe, la véritable fonction de l’imagination n’est pas de connaître mais de rendre heureux.
G. Bachelard s’est profondément opposé à Bergson. Pour lui où Bergson voit de la contradiction il n’y a que corrélation.
Contrairement à Hegel qui vise un savoir absolu, pour G. Bachelard la science est un recommencement infini qui n’en fini pas de recommencer. Sa philosophie est une philosophie du re- : re-commencer ; re-nouveler ; ré-organiser (la science réorganise ses bases pour l’enveloppement de ce qui est nié). Les formes ne sont jamais immuables et données a-priori.
Le projet de G. Bachelard était, à l’instar de surréalisme des poètes, de penser un « sur empirisme ».
Je m’en tiendrai là puisque c’est ainsi que s’est terminé votre entretien.
Bien à vous, L.R.

Portrait de Anonyme David Joveneau-Mevel17.10.2013

En philosophie on aime bien les citations, alors je vais me permettre un extrait assez court:
"Penser, c'est dire non.
Remarquez que le signe du oui est d'un homme qui s'endort ; au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? Au monde, au tyran, au prêcheur ? Ce n'est que l'apparence. En tous ces cas-là, c'est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l'heureux acquiescement. Elle se sépare d'elle-même. Elle combat contre elle-même. Il n'y a pas au monde d'autre combat. Ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c'est que je consens, c'est que je ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c'est que je respecte au lieu d'examiner. Même une doctrine vraie, elle tombe au faux par cette somnolence. C'est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Qui croit ne sait même plus ce qu'il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien."

ALAIN, dans 'Propos sur la religion'

Et merci pour cette évocation de Bachelard!
David Joveneau-Mevel
CRAE.

Portrait de Anonyme Éric Symak17.10.2013

Un postulat peut être accepté, refusé ou ignoré, mais peut-il à proprement parler être nié ? Euclide en son temps a eu besoin de poser ceci pour formaliser la géométrie, cela est indéniable. Comme l'a souligné votre invité, R. et L. n'en ont pas eu besoin, sans pour autant le nier. Merci pour vos émissions. A quand une série sur les logiciens, Aristote, Frege, Russell. Il me semble en effet que les maths, en particulier la logique et la calculabilité, ont autant sinon plus à voir avec la philo qu'avec les sciences expérimentales. Quel dommage que l'on n'enseigne pas juste un peu d'histoire des maths avec les maths, afin de livrer non seulement des concepts mais leurs filiation dans l'histoire des idées. L'efficacite opérationnelle n'y perdrait certainement pas. Enfin je pense que moi ça m'aurait aidé, de même que ne pas limiter l'image de Platon à son passage sur la caverne, mais commencer par un dialogue court, facile et en même temps amusant comme Hippias mineur par exemple, car il serait bon que les usagés de l'education nationale puissent partager leur expérience pour en faire bénéficier les instances académiques.

Portrait de Anonyme Patrice Tardieu17.10.2013

Peut-être la « Philosophie du non » de Bachelard pourrait-elle être nommée plus justement « Philosophie du oui » car, après tout, c’est essentiellement et uniquement le cinquième postulat d’Euclide sur les parallèles qui est nié.
Par contre cela produit un « changement de paradigme » puisque c’est la structure de l’espace qui n’est plus perçue de la même manière. J’emprunte cette expression « paradigm shift » à Thomas Samuel Kuhn ( « The Structure of Scientific Revolutions » ) qui soutient une dialectique de la pensée scientifique avec adhésion à un paradigme explicatif, base de travail, qui a produit ses preuves sans résoudre tous les problèmes. Ce qui va induire un nouveau « non » ou plutôt un nouveau « oui », un nouveau paradigme qui cause des tensions et des querelles avec l’ancien. L’histoire des sciences semble suivre le même schéma que celui de la philosophie: le « non » comme affirmation !
Patrice Tardieu

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