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Les Nouveaux chemins de la connaissance

Les Nouveaux chemins de la connaissance | 12-13

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Emission Les Nouveaux chemins de la connaissance

du lundi au vendredi de 10h à 11h

Ecoutez l'émission 58 minutes

Racine 4/4: Phèdre 12

04.10.2012 - 10:00 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

Par Adèle Van Reeth

Réalisation: Assia Khalid

 

Suite et fin aujourd’hui de notre série d’émissions consacrées à quatre tragédies de Racine. Britannicus, lundi, avec Michèle Rosellini, Andromaque, mardi, avec Alain Vialat,  Bérénice, hier mercredi, en compagnie de Sylavine Guyot, et aujourd’hui, pour clore avec brio et beauté cette semaine racinienne, j’ai le plaisir d’accueillir Patrick Dandrey pour vous parler de Phèdre.

 Phèdre fille de Minos et de Pasiphaé et la seconde épouse de Thésée, qui a eu, d’un premier mariage un fils dénommée Hyppolite. Or Phèdre est maladivement amoureuse d’Hyppolite, d’une passion noire et d’autant plus destructrice qu’elle ne peut l’avouer sans s’exposer aux sanctions morales de l’inceste et du vice. Déchainement pathétique et emphatique, courroux impitoyable et suicidaire,  Phèdre est d’abord et avant tout, une pièce sur le silence et l’invisible,  le silence de celui qui sait, par vertu, baisser les armes du langages, et l’invisible de l’action qui viendra mettre fin à ses jours.

Phèdre, ou comment le théâtre donne d’autant plus à voir qu’il sait se taire pour mieux instruire.

 

Patrick Dandrey MC © Radio France

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Références musicales:

-Fanfares emphatiques, Phèdre de Georges Auric

-Phèdre, d'Hélène Delavault

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Invité(s) :
Patrick Dandrey, docteur ès-Lettres et professeur à la Sorbonne.

Thème(s) : Idées| Philosophie| Théâtre| Jean Racine

12 commentaires

Portrait de Anonyme elevergois09.10.2012

Merci au professeur Dandrey de cet instant unique de l'émission où il ne put se retenir de lire lui-même, et également de la profonde et intime conviction qu'il possède, d'abord en universitaire, mais aussi en connaisseur de l'implacable " incroyable mécanique " (je cite de mémoire) qui est certes celle de la tragédie, mais qui est aussi susceptible d'être lue, et hélas comprise, par quiconque ( un tant soit peu lettreux et liseur passionné quand même) s'est senti sombrer sans recours dans une passion fatale jadis ou naguère. D'où Racine tenait-il cette science des renversements, des repentirs, des aveux vrais à force d'être faux? on en frémit d'angoisse en cotoyant le précipice avec l'héroîne. -- A côté du palimpseste érudit (Euripide, sénèque, etc) il y a aussi la faiblesse d'un être vaincu par une passion belle/atroce/sublime/haîe (il s'agit malgré tout du premier sentiment humain: l'amour) . A cet égard, dans la brume des souvenirs, des exclamations comme: dieu que ne suis-je assise à l'ombre des forêts! (idem pour le sublissime: "Qui te l'a dit?" dans Andromaque) , donnent le vertige et se font lire à un degré humain, existentiel, fulgurant et atroce, qui permettent aussi de ramener (toutes proportions gardées entre l'oeuvre littéraire et sa part chaude de vie et de sacrifice) l'espace d'un bref instant, phèdre à un être que la passion a rendu folle et dont la lucidité obsédante "rappelle des choses" comme on dit en langage commun. Un grand salut très respectueux aux participants de cette émission, et pour finir par une pirouette, empruntons à Nerval: "Bien des coeurs me comprendront" -- to the happy very very few, et gloire à racine, invraisemblable tacticien de la passion amoureuse!

Portrait de Anonyme andré oliot05.10.2012

Bonjour,

Brillantissime et profondissime interprétation donnée de Phèdre par Patrick Dandrey à tel point qu'Adèle -souvent trop prolixe- a été contrainte de se taire!
Une "étude" vraiment éclairante.
Merci.

Portrait de Anonyme luroluro14 (anonyme)05.10.2012

@ JEANNE

Bonjour Jeanne,

Je suis très flatté d’être sollicité pour vous donner mon avis.
Vos commentaires sont toujours pertinents et c’est avec beaucoup d’intérêt que je les lis et relis.
A propos de la question que vous me posez :
Je ne peux qu’être d’accord sur le fait que l’on pourrait qualifier Phèdre d’hystérique selon les critères de notre temps.
Toutefois, il est moins courant aujourd’hui de voir naître des amours entre des personnes d’âge très éloigné, qui donnent lieu souvent à des familles recomposées.

Le problème est qu’Hyppolite n’est pas amoureux de Phèdre, tout au moins de façon explicite.

En outre, pour les Grecs, l’inceste, même entre personnes de sang différent, était le tabou suprême. Il l’est toujours aujourd’hui (complexe d’Œdipe). L’inceste était, pour les Hellènes, le privilège des dieux.

Vous dites dans votre précédent message :
« Sans parler que désirer deux femmes en même temps reste effrayant pour un jeune qui n'a pour expérience que son inexpérience ».

Je pense que cela n’est plus v rai à notre époque où les jeunes, souvent volages, multiplient les expériences très tôt avec celles que certains appellent des « meufs », même dans les quartiers bourgeois. En effet, j’ai entendu cela à Neuilly sur Seine, à la sortie d’un collège près duquel je passais.

Aujourd’hui, il n’y a que très rarement des tragédies ou des drames en amour, parce qu’il n’y a d’amour au sens profond du terme qu’exceptionnellement.

Toutefois il existera toujours des personnages tragiques, exceptionnels, come Gabrielle Russier qui a payé son amour pour son élève, lui aussi amoureux d’elle, de sa vie, à cause des réprobations de gens « bien pensants ». Cette « affaire » a fait l’objet du film « Mourir d’aimer » et d’une magnifique citation de Paul Eluard par le Président Georges Pompidou en conférence de presse.

Il faut également penser aux amours problématiques entre les jeunes dont les parents sont de religion différente, pratiquants ou non [(juive ou juif et goy, musulman(e) et chrétien(ne).]

Comme pour Phèdre, je pose cette question: « Qui est Hippolyte » ?

Mais cette fois je me hasarde à répondre : assurément une part de nous-mêmes.

Cordialement,

Luc R.

Portrait de Jeanne R. Jeanne R.04.10.2012

Ce qui finit de rendre toujours captivant Racine, c'est que l'on a de cesse de s'interroger...
Cher Luroluro, j'aimerais connaître votre sentiment sur ce que j'ai écrit sur Hippolyte, je résume en peu de phrases :
Le désir de Phèdre pour son gendre lui met le diable au corps et l'âme à l'envers, mais est-elle la seule fautive ? A cela je dis : non. Le désir d'Hippolyte envers sa belle-mère est bel et bien existant mais dans le non-dit ; moralement coupable, vite il le refoule. Donc, pour le jeune homme, point de passage à l'acte, l'acte charnel, le seul acte possible restant la fuite.

D'autre part, comme vous le dites très bien "Qui est réellement Phèdre ? Le procès est éternellement recommencé" ; Si on voulait faire de Phèdre un personnage moderne, on pourrait certainement dire qu'elle se montre quelque peu hystérique, ce me semble, puisqu'elle a fixé sur un jeune homme "imprenable" (sous-entendant qu'elle ne souhaite au fond d'elle-même que souffrir, vu que cet amour-là, ne pouvant être ni viable ni épanouissant, ne pourrait que finir de l'enfoncer dans le désespoir)...
A vous lire,
Jeanne

Portrait de Anonyme luroluro14 (anonyme)04.10.2012

L’interprétation est effectivement essentielle dans la tragédie.

Le texte est une partition libre (sans notes) et la voix l’instrument.

Pour ma part, la voix de Sarah Bernard dans Phèdre est un peu chevrotante.
Pourtant cette actrice était une véritable idole à son époque.

Je vous laisse juge en vous proposant ce court extrait :

http://www.youtube.com/watch?v=ermWav_qtKE

Mais peut-être était-elle souffrante ce jour là.

Portrait de Jeanne R. Jeanne R.04.10.2012

Même si j'ai osé deux fautes d'étourderie en ouverture de mon commentaire précédent...
Dans l'histoire qui nous occupe, malgré l'idée que j'en avais je n'ai pas osé écrire en premier lieu ceci :
Certes une femme tombée en amour perd toujours la tête contre elle-même, mais peut-être ne s'est-elle pas montée la tête toute seule... C'est juste par une lâche "panique" que le jeune Hippolyte fuit ; la fuite paraît être mise en scène pour surtout ne pas avoir à répondre au vœu incestueux d'une Phèdre amoureuse, vu que dans l'oreille du jeune homme, cela ne peut s'entendre ; sous-entendu, la chose est indicible quand le désir sans amour est un désir coupable.
Oui, après l'aveu vécu d'emblée comme "honteux" par le jeune Hippolyte, celui-ci refoule peut-être son propre désir si peu conventionnel d'où la fuite immédiate ; sans parler que désirer deux femmes en même temps reste effrayant pour un jeune qui n'a pour expérience que son inexpérience.
Jeanne R.

Portrait de Anonyme Gilles. V.04.10.2012

Heureux d'entendre Patrick Dandrey se plaindre (poliment) des interprétations modernes de Racine. Pourquoi hurler une langue qui contient déjà tout? Il suffit de la bien dire. Mais la modernité a besoin de vacarme et d'hystérie

Portrait de Anonyme Lerouge Nicole04.10.2012

la prestation de Monsieur Dandrey est remarquable!!!Merci encore à France Culture de nous offrir tant de beauté.Une auditrice comblée.

Portrait de Anonyme martine liron04.10.2012

Patrick Dandrey:quelle intelligence,quelle finesse,quel brio pour nous amener à approcher Phèdre.merci d'inviter de tels interlocuteurs.

Portrait de Jeanne R. Jeanne R.04.10.2012

Ah, que de larmes, que de larmes, et vive le théâtre !!
"Phèdre", le titre premier fut cependant : "Phèdre et Hippolyte", quoique le dramaturge aurait pu sous-titré ainsi : "Phèdre sans Hippolyte". Les vers cette pièce de Racine touchent à l'excellence.

D'une veine mythologique, Phèdre est le personnage théâtral au possible.
Pour la petite histoire...
Chez Phèdre, au-dedans comme au-dehors, c'est le chaos.
Cette dernière est une belle-mère particulière ; prise d'une passion d'amour fou pour son beau-fils Hippolyte qui ne veut rien entendre, la profane ne fera pas de quartier et sortira les griffes, parce que "Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue, Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue."
Or, plutôt que garder le silence en son coeur la femme perdue, éperdue, s'épanchera, se soulagera "De l'amour j'ai toutes les fureurs".
A sa décharge, cette femme-là est aux abois, elle ne se possède plus mais est possédée par la folle passion ; pour preuve encore "C'est Vénus toute entière à sa proie attachée", déclarera en pleurant celle qui se voulait vertueuse.

De son côté, le jeune Hippolyte, dont "Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon coeur", ne soupire que pour une autre. Mais, au royaume du désordre, la situation est telle que, craignant le courroux paternel et perdant ses moyens, il choisit vite de fuir, fuir jusqu'à sa perte, sa perte à lui.

Il n'empêche, comme c'est elle, Phèdre, qui bien malgré elle jeta le poison de la passion fatale, après l'aveu d'une faute si grande elle s’empoisonnera (disons aussi qu'elle n'avait plus rien à perdre puisqu'elle avait déjà tout perdu, la tête y compris).

En somme, c'est l'histoire des désirs, désirs insatisfaits et désirs contrariés :
Désir de l'amour de l'un comme de l'autre ou de l'un contre l'autre ; désir d'un autre que soi ; désir de fuir car refus du désir de l'autre tout en désirant une autre ; désir de vengeance comme désir de faire mal ; désir de dire ; désir d'en finir ; désir de savoir, savoir ce que désire l'autre ; puis, désir de mourir.

Les sentiments demeurent intemporels, la chose se confirme ; la folle passion ne fait jamais dans la mesure, même quand les mots sonnent justes.
En la matière, "penser" comme "dire" c'est comme "faire" ou "commettre" l'outrage, l'outrage d'un adultère qui ici n'aura même pas lieu. Alors, qu'ajouter ? Ceci : taire son coeur évite le malheur.
La leçon est tirée : toujours se méfier d'une femme jalouse qui s'est piquée d'amour.
Jeanne R.

Portrait de Anonyme BERTRAND SAINT-SONGE04.10.2012

PHEDRE / OMBRES ET LUMIERES.... C'est constamment la présence du soleil dans la nuit humaine aux tonalités chaudes, celles-là même qui enveloppe la déclaration de Phèdre jusqu'à ses invocations à Vénus. Entendre encore l'affolement des deux femmes en la scène III de l'acte III, et finir par le délire de Phèdre au IVème acte dresse-t-il encore pour nous la rudesse des amours modernes ? Ou, de revoir la sublime mise en scène de PHEDRE en 1946 par Jean-Louis Barrault.. Phèdre est du théâtre pur. Aux coins d'ombre, les points de lumièree, et le décor est sauvé : ainsi la bonne répartition des faits, des gestes et des choses. Nous sommes encore "enfermés" psychologiquement quand la / les passion(s) nous envoûte(nt)... Reste à regarder le bout de ciel. O Bois, chers arcs, et vous, javelots, le char attend pour les préparatifs du voyage inlassablement remis : c'est Théramène quand on voit Oenone en les oiseaux avec leur vol néfaste, et le Destin autant que les pleureuses antiques, les parfums lourds néanmoins Baudelairiens puisque l'Orient annoncé aux superstitions païennes, et le grand croassement du malheur. Tout le reste est invisible. Le chemin de Phèdre va jusqu'au chemin de l'évasion, le chemin d'Aricie un bout du chemin d'Hippolyte, et au bout du ciel (l'évasion) ce chemin du roi qui dessine la mort (Thésée) ; Théramène a le récit de la mort par où revient l'homme. Quiproquos des Chemins (de notre connaissance ?)

Portrait de Anonyme luroluro14 (anonyme)04.10.2012

Phèdre est la tragédie absolue, qui se déploie dans toutes ses dimensions.

Phèdre est un personnage :

- Tragique :

o Elle a une lourde hérédité : Par sa mère elle remonte au soleil ; par son père, elle est rattachée aux mondes infernaux.
o Elle subit une constante présence des dieux

- Passionné :

o Elle subit un véritable dérèglement sensoriel révélé par ces vers magnifique :
 « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler
Je sentis tout mon corps et transir et brûler. »

o Elle est victime d’un dérèglement de l’imagination Elle voit Hippolyte partout. À son insu, ses offrandes et ses prières changent de destination

o Elle est habile en faisant miroiter à Hyppolite le pouvoir d’Athènes

o Sa passion pour Hyppolite détermine toute sa vie affective qui se traduit tour à tour par l’espoir, la jalousie, l’épouvante, le sentiment de persécution, la solitude, l’affaiblissement de la raison.

- Divisé :

o Le silence et l’aveu, la lucidité et le trouble, la victime e le bourreau, la morte et la vivante, le désespoir et l’espoir, la coupable et l’innocente, l’ombre et la lumière

En synthèse :

Passionnée, aliénée, divisée, Phèdre est un personnage ambigu, fascinant dans sa complexité. Par elle, Racine nous livre de subtiles variations autour des notions de culpabilité et de responsabilité. Il nous a d’ailleurs prévenu dans l’introduction : "Phèdre n’est ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente". Qui est réellement Phèdre ? Le procès est éternellement recommencé. Cette tragédie raconte la déchéance d’un être souffrant d’un mal qui le tue et sans lequel il ne peut vivre. C’est de la part de Phèdre une pathétique tentative de lucidité, un essai poignant de retrouver l’unité d`une personnalité, d’ordonner les forces qui la composent, mais le personnage est victime du divorce entre sa raison et sa volonté.
Racine a écrit là le drame tragique d’une humanité écartelée par le combat de la chair et de l’esprit.

Lien : http://www.etudes-litteraires.com/racine-personnage-phedre.php#1

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