La Master class de Bertrand Tavernier
28.08.2010 - 13:30
animée par Pascal Mérigeau
Cinéphile et historien du cinéma d’une curiosité insatiable, Bertrand
Tavernier occupe une place de choix au sein des cinéastes. En 35 ans de
carrière, il a affirmé sa singularité en commençant par prendre le contre-pied
de bon nombre de réalisateurs de sa génération. Brocardés par la Nouvelle
Vague, les deux grands scénaristes et dialoguistes que sont Jean Aurenche et
Pierre Bost retrouvent du crédit à ses yeux. Pour son premier long métrage, L’Horloger
de Saint-Paul, il s’appuie sur leur expérience et adapte le roman de
Simenon qu’il transpose à Lyon, sa ville natale et celle de l’Institut Lumière
dont il est le président.
Dès ses débuts, Bertrand Tavernier affirme son goût pour l’éclectisme, ce qui
le rend inclassable et passionnant. Après avoir réalisé deux films historiques,
Que la fête commence (1975) et Le Juge et l’assassin (1976), il
s’empare d’un sujet de société contemporain en s’intéressant à la lutte engagée
par un comité de défense de locataires (Des enfants gâtés, 1977),
s’appuie sur un scénario de science-fiction avec La Mort en direct
(1980), revisite le passé colonial de la France dans le remarquable Coup de
torchon (1981) ou témoigne de sa passion pour le jazz avec Autour de
minuit (1986).
À l’instar du sensible et bouleversant Un dimanche à la campagne, prix
de la mise en scène à Cannes en 1984, ou de Daddy nostalgie (1990), des
films plus intimistes, marqués du sceau de la figure paternelle et évoquant le
temps qui passe inexorablement, prennent place dans sa filmographie qui compte
aussi plusieurs documentaires. Il signe, en 1982, un portrait, Philippe
Soupault et le surréalisme ; consacre six ans plus tard un film à sa ville
(Lyon, le regard intérieur) et donne la parole en 1998 aux habitants du
quartier des Grands Pêchers à Montreuil-sous-Bois pour tordre le cou aux idées
reçues et aux clichés sur les cités (De l’autre côté du périph’,
coréalisé avec son fils Nils). Son aversion pour les injustices et son engagement
dans l’action sociale le conduisent à réaliser des films sur les sans-papiers
et les victimes de la “double peine” carcérale. Il entend également agir pour
redonner la parole aux oubliés dans Contre l’oubli (1991), La Guerre
sans nom (1992), cosigné avec Patrick Rotman, et Les Enfants de Thiès
(2001). Et lorsque Bertrand Tavernier revient à la fiction et pose son regard
sur les faits d’armes du Capitaine Conan (1996), sur le front des
Balkans en 1918, ou sur les desseins macabres de jeunes sans foi ni loi dans la
France contemporaine (L’Appât, 1995, Ours d’or à Berlin), il contribue
encore et toujours à défendre un cinéma français de qualité, fort et
indépendant.
Dans la brume électrique (2009), son dernier opus, tourné en Louisiane,
témoigne de cette relation forte qui lie à une certaine culture nord-américaine
l’auteur de “Amis américains : entretiens avec les grands auteurs d’Hollywood”
(Éd. Actes sud /Institut Lumière, 2008) et “50 ans de cinéma américain”,
coécrit avec Jean-Pierre Coursodon (Éd. Omnibus, 1995).
Critique au Nouvel Observateur, Pascal Mérigeau a publié plusieurs ouvrages sur le cinéma dont “Pialat” (Éd. Ramsay, 2007), “Cinéma : autopsie d’un meurtre” (Éd. Flammarion, 2007) et “Depardieu” (Éd. Flammarion, 2008).
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Invité(s) :
Bertrand Tavernier, cinéaste
Thème(s) : Arts & Spectacles| Cinéma


