Pepisefoga : Cinq génies, deusio
11.07.2009 - 11:55
- Et voilà le résultat, Simone !!
- Le résultat de quoi ?
- De mon scénario, pardi ! Je n'ai pas tout à fait terminé, mais j'ai bien avancé. Le début est très prometteur, en tout cas !
- Rafraîchis-moi la mémoire ! Moi, j'en étais restée à un film qui se passer en janvier 1973 à Genève, et dont les 5 protagonistes sont des génies, en l'occurrence : Joan Mitchell, la seule femme du lot, et quatre garçons : Picasso, Tinguely, Dubuffet, et Goldsworthy.
- C'est toujours vrai.
- Et ensuite ? Raconte !!
- Eh bien voilà : au début de l'histoire, Picasso décide de faire des frites. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Déjà, il faut savoir quelle pomme de terre choisir ! La Belle de Fontenay, la Roseval, la BF15, ou la ratte du Touquet, ce sont des pommes de terre qui se consomment plutôt vapeur, ou pommes au four... Mais pour les frites, la pomme de terre idéale, c'est la bintje. Ca, tu me raconteras ce que tu voudras, LA pomme de terre à frites, c'est la Bintje. Et c'est à ce moment précis de l'intrigue qu'intervient Tinguely. Il dit à Picasso (le dialogue n'est pas définitif, mais tu vas voir l'esprit), Tinguely dit à Picasso : « Tu sais, Pablo, si tu veux faire des bonnes frites, n'achète pas des BF15, achète de Bintjes ». Et Picasso répond, du tac au tac : « Ah ouais, ok, d'accord. Merci, Jean. ».
- Dis donc, ça part à 100 à l'heure, ton histoire !
- Et ça s'accélère, parce que Tinguely insiste, il dit « Tu sais, Pablo, ce que je te dis là, je te le dis pas par hasard, j'ai essayé personnellement de faire des frites avec des Belle de Fontenay. Eh ben c'était immangeable. Des frites mollasses, imbibées d'huile, brûlées en surface et à peine cuites à l'intérieur. C'était littéralement infect. D'ailleurs on a tout jeté à la poubelle ».
- Là, j'imagine que l'action marque le pas, parce que je ne vois pas ce que Picasso peut répondre à ça !
- Tu vois juste. Picasso ne répond rien, parce qu'il n'y a rien à répondre à ça. Seulement moi, pas si bête, je fais intervenir Goldsworthy. Il fait irruption dans la cuisine, et il dit « Attention, les mecs, il y a Bintje et Bintje. Une fois, ma tante avait fait des frites avec des Bintje, eh ben ça ressemblait à ce que vient de décrire Jean, c'était pas bon du tout, et du reste, on a tout jeté à la poubelle, pareil ! ».
- Oh putain le coup de théâtre !!!
- Le « premier » coup de théâtre, Simone. Regarde le deuxième : Joan Mitchell déboule, et elle dit à Goldsworthy : « T'es bien sûr que c'étaient des Bintje, Andy ? Tu les as vues ? T'as vu marqué Bintje sur les pommes de terre ??? Et si c'était ta tante qui s'était trompé ? Imagine - tiens ! - qu'elle ait été un peu myope, qu'elle ait juste lu le B sur l'étiquette, parce que c'était un gros B, mais c'était le B de BF15, pas le B de Bintje, et donc elle aurait fait des frites avec des BF 15, donc des frites immangeables. T'as pensé à ça, Andy ? ».
- Y a une violence là-dedans !! Tu risques l'interdiction au moins de 12 ans !!
- Je m'en fous, je fonce, je suis un dingo, au niveau de l'écriture. Donc là, je fais intervenir ma cinquième cartouche : Jean Dubuffet. Il se pointe le bec enfariné, et il dit : « Moi, je veux pas faire de la peine à Pablo, mais Bintje ou pas Bintje, j'en mangerai pas, des frites. Les frites, ça me coupe l'inspiration. Tu me fais manger un demi cornet de frites, je suis incapable de peindre ou de dessiner quoi que ce soit pendant trois semaines ! ».
- Et ça, historiquement, c'est vérifié ? Dubuffet était allergique aux frites ?
- Je n'en sais rien, et je m'en contrefous. Là, je suis dans la fiction, Simone. J'invente. Je créée. J'imagine, je suppose, je décrète, bref, je fais mon boulot de génie.
- C'est magnifique. Y a un dénouement... de cette première séquence ?
- Evidemment, y en a un : Picasso se lève, et il dit « Moi, les amis, j'avais l'idée de faire des frites pour faire plaisir, mais si ça doit créer plus de problèmes que de plaisir, j'aime autant renoncer ».
- Enorme !! La suite au prochain numéro ?
- A condition qu'on me renouvelle la subvention...
Thème(s) : Littérature

