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L'Oeil du larynx | 08-09

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le samedi de 11h55 à 12h

Pepisefoga : scénario, quatrième set

27.06.2009 - 11:55

- Simone, j'ai remanié de fond en comble le scénario de film sur lequel je travaille. - Flûte ! - Non, non, pas de panique... au contraire, c'est plutôt une bonne nouvelle. Je crois que je m'étais un peu fourvoyé dans des zones arides où l'étincelle du génie ne parvenait plus à se faire entendre. Là, j'ai bien fait le ménage, et je crois qu'on est repartis sur de très bonnes bases. - A savoir ? - Pour bien fixer les idées, je te rappelle où j'en étais resté : j'étais parti sur l'histoire de Gilbert et Mélanie, un couple d'agriculteurs à la retraite habitant Sartrouville dans les Yvelines, qui reçoivent un jour une lettre... - ... oui, je me souviens très bien, une lettre par laquelle la municipalité confirme sa décision de faire passer à 500 Euros annuels la subvention qu'elle verse à l'Association Mycologique Sartrouvilloise dont Gilbert est trésorier, en gros, depuis 1985. - Voilà. Eh bien figure-toi que j'ai abandonné cette histoire de subvention. - Pourquoi ? - Trop technique. - Ah... c'est toi qui vois. Mais... il y a toujours cette histoire de lettre qui arrive chez eux ? Avec ce moment d'anthologie où Gilbert la sort de la boîte à lettres, où il la décachète et où il la lit attentivement ? Ca, ça y est toujours, tu ne l'as pas supprimé, au moins ? - Si ! Trop chargé émotivement. Là, dans la nouvelle version, ils ne reçoivent rien du tout. - C'est un peu léger ! - Non, au contraire, c'est de là que naît toute la tension dramatique : André et Françoise sont un couple de militaires à la retraite, ils habitent Sartrouville, et ils ne reçoivent rigoureusement jamais de courrier. D'où : drame. - Attends, tu vas trop vite pour moi. Ils sont militaires, maintenant ? - Oui, et ils ont changé de prénoms. - C'est pas tellement ça qui m'inquiète... Gilbert, André, Mélanie, Françoise, on reste au même niveau d'imaginaire, ça tient bien la route. Mais... mais je trouve que, au regard de l'idée, géniale par ailleurs, d'une domiciliation à Sartrouville, il y avait une certaine cohérence quand ils étaient agriculteurs à la retraite. Mais des militaires à la retraite, je te dis les choses comme je les sens... je les vois plutôt habitant Saint-Michel-sur-Orge. - Tu crois ? - Je ne suis pas scénariste, je ne vais pas essayer de t'apprendre ton métier, mais, demande un peu autour de toi... « Un couple de militaires à la retraite », tu ne trouveras pas grand monde pour les loger à Sartrouville... Tous les gens « un petit peu au fait » des logiques générales d'aménagement du territoire et de répartition démographique te le diront : des militaires à la retraite, ils sont plutôt dans le secteur Nord de l'Essonne, autour de Brétigny-sur-Orge, Montlhéry, Sainte-Geneviève-des-Bois, Linas, Bondoufle... ou même en tirant un peu sur les ficelles de l'imagination débridée, tu peux les situer à Marcoussis, à Ris Orangis, ou à Arpajon... mais quand tu me parles de Sartrouville, je me permets d'être un peu sceptique. Vas-y, demande autour de toi, passe des coups de fil, appelle tes copains scénaristes, et pose leur la question. Dis leur « j'ai pour personnages principaux un couple de militaires à la retraite. Où je les mets ? », je te fiche mon billet que tu vas te retrouver neuf fois sur dix plus près de Courcouronnes que de Maisons Laffitte, si tu vois ce que je veux dire. - Et alors... supposons que je déplace le noeud du drame. J'oublie cette histoire de courrier... ils reçoivent tout le courrier qu'ils veulent... mais leur drame, c'est qu'au lieu de prendre leur retraite dans la partie Nord de l'Essonne comme il aurait été logique vue leur carrière militaire, au lieu de ça, les voilà qui se retrouvent bombardés à Sartrouville, d'où : drame. - Ca se tente... Tu... dégrossis l'affaire, et on en reparle ?

Thème(s) : Littérature