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Demain, 65 millions d’écrivains ? 9

01.11.2013 - 07:32 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureaudio

Il ornera immodestement votre cheminée ou garnira la bibliothèque de vos grands-parents : « votre » livre. Books on Demand, Amazon, Smashword… Les plateformes d’auto-édition se multiplient et permettent de contourner les maisons d’édition traditionnelles, jugées trop frileuses. Démocratisation du monde littéraire ou nivellement par le bas ? Reportage multimédia, avant les 24 heures du livre, lundi 4 novembre sur France Culture.

 

- © Fotolia / Pixel & création

 

Il n’y a pas de revanche dans le ton d’Agnès Martin-Lugand. Il y aurait pourtant de quoi. Après que son roman a été refusé - quatre fois - par les maisons d'édition classiques, elle s'est tournée vers les sites d'auto-publication, en décembre dernier. D’abord confidentiel, le roman devient en quelques jours l’un des best-sellers numériques du site Amazon. Trois semaines plus tard, il est racheté par un éditeur classique : Michel Lafon. Le livre « papier » s’est à ce jour écoulé à 75 000 exemplaires. Son nom ? Les gens heureux lisent et boivent du café. Agnès Martin-Lugand fait partie des premiers auteurs français découverts grâce à l'auto-publication :

 

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Agnès Martin-Lugand © DR

 

Si Agnès Martin-Lugand n’est pas revancharde - les droits de son livre se sont vendus dans 18 pays, et elle a signé pour un deuxième roman -, de nombreux auteurs ont voulu voir dans cet exemple un symbole de l’incurie des éditeurs traditionnels.

 

Leurs "ratés" les plus célèbres sont d'ailleurs largement recensés (et souvent exagérés) sur le net. Le filtre des éditeurs est-il trop strict ? Trop conventionnel ? S'agit-il de "mammouths de l'édition", comme l'affirme  "Stephane1point0", parmi les témoignages que vous nous avez adressés :

 

 

L'auto-édition, un "Do-it-yourself" de la littérature

 

Le marché potentiel est conséquent. 6 % des Français ont rédigé un manuscrit et souhaitent le publier, selon une étude Ifop pour Le Figaro Littéraire. Ce qui représente 2,5 millions de personnes.

D’où l’essor des sites d’auto-édition. Le leader en Europe, Books on demand (BoD), propose désormais dans son catalogue les oeuvres de 25 000 auteurs. Le système est inspiré du DIY (do it yourself) : l’auteur choisit lui-même sa couverture, met en page son livre et en fixe le prix. De son côté, le site ne paie pas d’à-valoir, mais verse une commission de 50 % sur chaque e-book vendu et 10 à 15 % pour un livre classique.

 

« Ne dîtes pas à ma mère que je suis auto-édité, elle me croit écrivain ».

 

La plaisanterie aurait touché juste il y a encore deux ans, elle ne correspond plus à la réalité. Parmi les 100 romans les plus achetés aux Etats-Unis, on compte une vingtaine d'auto-édités, dont le (trop ?) fameux 50 shades of grey. A la Foire du livre de Francfort, le plus grand événement mondial littéraire, l’auto-édition a eu droit, pour la première fois cette année, à un vaste stand. Le phénomène a même été l’un des trois sujets officiels du cycle de conférences.

Qui sont ceux qui s'auto-éditent ? Le cliché de l'écrivain raté, qui joue son va-tout par l'édition en ligne, a vécu, selon Florian Geuppert. D'après le manager général de Books on Demand, trois types d’auteurs ont recours à l’auto-édition :

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Comment les éditeurs voient-ils cette forme de concurrence ?

 

Lorsqu’on leur pose la question, la réponse des éditeurs fait penser à celle des compagnies aériennes historiques vis-à-vis des low-cost. « Nous ne jouons pas sur le même terrain », explique le patron d’une grande maison d’édition parisienne. « Le métier d’éditeur est indispensable » renchérit Vincent Montagne, président du Syndicat national de l'édition (SNE) pour qui « un prix Nobel de Littérature se construit sur des décennies, pas en cinq minutes » :

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Quant à l’accusation de frilosité, Jean-Daniel Belfond, directeur des éditions de l’Archipel,  revendique sa « sélection », et reconnaît que les éditeurs peuvent « passer à côté ».  

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Jean-Daniel Belfond, directeur des éditions de l'Archipel © FS

Les éditeurs traditionnels mettent aussi l'accent sur la différence de qualité. Toutes les commandes passées sur Books on demand atterrissent directement dans le grand centre d’impression de l’entreprise, près de Hambourg. Il n’y a ni correcteur, ni metteur en page. D'où la différence de prix avec un livre traditionnel, explique Vincent Montagne, qui reconnait que sa profession est souvent accusée de "se gaver sur le dos des auteurs".

Comment se compose le prix d’un livre papier ? Que touchent vraiment les éditeurs ? Voici la réponse de Jean-Daniel Belfond :

 

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« Tout ça n’est pas un combat du papier contre le numérique, tranche Vincent Montagne, mais une question de processus : faut-il ou non un intermédiaire, un passeur, entre l’auteur et le lecteur ? »

Hors micro, les éditeurs se rassurent aussi avec d’autres exemples : Stephen King avait tenté de lancer un livre en auto-édition, le succès n'a pas été au rendez-vous...

 

L'auto-édition, un vivier ?

 

Il n’empêche. Le monde des lettres regarde ces nouveaux éditeurs avec un mélange de crainte et d’envie. « Bien sûr, on s’intéresse de près à ce qui s’y passe, témoigne Jean-Daniel Belfond. Il y a de jeunes talents à dénicher ». Comme les clips sur Youtube ont contribué à révéler des artistes, l’auto-édition permet de déceler les succès potentiels, sans prendre de risques majeurs. Cette ambivalence se niche même chez la pluriséculaire Société des gens de lettres (SGDL).

« Depuis un an, nos auteurs nous posent souvent des questions sur l'auto-publication », concède son président Jean-Claude Bologne. La SGDL représente 6000 auteurs. Souvent partagés entre le rêve d’une maison d’édition prestigieuse, et le principe de réalité.

Quand il doit apporter des réponses, dénouer les inconvénients et les avantages de l'auto-édition, Jean-Claude Bologne est nuancé. Il met surtout en garde sur l’aspect juridique. Selon lui, les contrats proposés par Amazon sont « très peu protecteurs ».

 

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L'auto-édition, sauveur ou fossoyeur du marché littéraire ? Jean-Claude Bologne espère trouver un modus vivendi avec ces nouveaux acteurs. Il craint notamment qu'Amazon n'acquière un quasi-monopole. Le président de la Société des gens de lettres vient donc d’entamer un « dialogue » avec le géant américain. Mais, signe de la méfiance qui règne encore entre ces deux mondes, il tient à ajouter : « dialogue ne veut pas dire collusion. En 2004, nous avons dialogué avec Google à propos de la numérisation des livres... En 2007 nous étions en procès avec eux ».

 

Frédéric Says

Thème(s) : Information| Edition| Roman| auteur| auto-édition| écrivain| lire| livre| marché

9 commentaires

Portrait de Anonyme JD04.11.2013

Juste une remarque sur votre infographie. Les livres en France c'est d'abord des lecteurs (70% de français...) ensuite des produits que l'on achète (ou ? combien ? quoi ?). Et le prêt ? On en parle pas. Les bibliothèques ne doivent pas figurer sous le titre "Les livres en France". Il est vrai que la source documente l’économie du Livre et non le secteur non marchand. Pour autant le livre n'est-il qu'une marchandise ?

Portrait de Turi51 Turi5101.11.2013

Quand je serai grand, je serai écrivain

J’ai trouvé votre sujet du jour très intéressant et m’a suscité quelques réflexions. Ce que vous racontez me semble être caractéristique du monde dans lequel nous vivons.

Tout d’abord vous n’avez pris aucun recul sur la méthode adoptée par votre écrivaine pour utiliser internet, et vous ajoutez même qu’elle aurait pu raconter son histoire sur un ton revanchard. Je regrette, je vais passer pour un ringard moraliste, mais je trouve le procédé utilisé par la jeune femme, si ce n’est de la manipulation cela en est pas loin. Ces méthodes sont courantes sur internet. Je vais vous prendre un autre exemple qui fonctionne très bien. Vous créez un site internet en achetant un nom de domaine pour quelques euros et vous lui donnez un nom ayant trait à des sujets très souvent consultés par les internautes, votre site sortira constamment parmi les premiers sans être contraint de le faire référencer. Je pose la question ce livre est-ce un bon livre parce qu’il a été classé parmi les meilleures ventes avec cette méthode?
Ensuite, les maisons d’édition sont peut-être critiquables sur leur façon d’opérer mais elles font leur choix et l’assument. Je vais passer pour un scrogneugneu mais je trouve qu’elles éditent déjà beaucoup trop de livres dont le sujet n’est intéressant que pour l’auteur lui-même et des lecteurs qui ont l’impression qu’il parle d’eux. Tout cela pour être dans l’air du temps et ajouter quelques ventes de plus, à leur chiffre d’affaire qui s’étiole d’année en année. Est-ce que ce livre est un bon livre parce qu’il a été refusé ?

Enfin, je vais apparaître injuste et sévère en disant que tout cela explique, à mon sens, pourquoi il n’y a pas de grand écrivain qui soit apparu depuis au moins trente ans !

Cordiales salutations.

Portrait de Turi51 Turi5102.11.2013

@Frédéric Says

Figurez-vous que, sans vouloir prolonger le débat, c'est d'expérience que je parle. C'est quelque chose que j'ai déjà tenté mais à moins d'avoir une armée d'amis et une nombreuse famille, quand votre livre est dans quelques librairies cela n'a aucun effet. Et surtout cela reste au stade de l'admiration affective non objective. Tandis que, sans être un utilisateur ni un connaisseur d'internet, le bruit (je n'utilise pas le mot anglais que je n'aime pas)fonctionne sur ce vecteur et entraîne d'autres personnes que ses proches. C'est cet aspect qui me semble ressembler à de la manipulation, cela ne préjuge pas de l'intérêt du livre. Je suis conscient que je parle ostrogoth pour une personne de la génération de votre écrivaine. Cela est normal de tirer parti des failles d'un système qui lui-même essaie de vous manipuler.

Cordiales salutations.

Portrait de Frédéric Says Frédéric Says01.11.2013

Bonjour Turi51 et merci de votre commentaire... A mon sens, l'auteur ne dévoile pas ici une méthode particulière au numérique, ou à l'édition en ligne. Ce qu'elle raconte, c'est l'effet boule de neige. Mais un jeune écrivain à compte d'auteur du XIXème n'aurait-il pas, de la même manière, incité ses proches à acheter son livre, pour créer une demande, pour multiplier les chances de bouche-à-oreille ?

Cordialement.

Portrait de Anonyme Fidji01.11.2013

L'auto-édition, c'est surtout l'occasion de bien rigoler.

Portrait de Anonyme Laurent01.11.2013

Dans une optique inverse, les éditions Aux forges de Vulcain accompagnent en ce moment gratuitement plusieurs centaines d'écrivains en herbe via un cours ouvert et gratuit (MOOC) sur l'écriture de fiction :

https://neodemia.com/courses/DraftQuest/DQ001/automne_2013/about

Aux forges de Vulcain s'engagent à publier un des textes qui sera issu de cet atelier d'écriture innovant !

Portrait de Anonyme Anonyme01.11.2013

Je souhaite en savoir davantage au sujet de ce type de publication.
J'ai de nombreux tapuscrits (romans à énigme, romans, nouvelles) qui ont été refusés par le éditeurs traditionnels. Pourtant autant, je me suis toujours méfié de l'auto-édition.

Portrait de Anonyme quecho01.11.2013

L'auto-édition, sauveur ou fossoyeur du marché littéraire ?
Sauveur du marché, fossoyeur du littéraire, non ?
Que nenni ma bonne dame! Ce sera fort probablement l'inverse!

Portrait de Anonyme denis roynard01.11.2013

En France, sur certains sujets, les grandes maisons d'édition comme la majorité des libraires et des media réservent la visibilité au public à certains notables ou à ceux qui s'en font l'écho. Certains auteurs, ou prétendus tels, ont table ouverte dans tous les media et donc dans toutes les maisons d'édition car elles en tiennent compte, et ceci au détriment des autres auteurs. La sélection opérée n'est pas uniquement fondée sur une préoccupation de qualité, voire pas du tout dans certains cas.
Il faudrait que davantage de maisons d'édition soient plus indépendantes des pouvoirs publics, des grandes entreprises et des différents notables, sans quoi il est inévitable que ceux qui sont bloqués parce qu'ils n'appartiennent pas à un coterie iront se réfugier chez Amazon ou chez d'autres opérateurs ne pratiquant pas le filtrage institutionnel.
J'ai eu, en tant qu'auteur, affaire à une grande maison d'édition. Sans entrer dans les détails, ce que j'en ai retenu, c'est que je n'ai rien gagné à devoir travailler avec des personnes qui ne m'ont apporté que leurs préjugés, leur suffisance et leur insuffisance, tout ceci au préjudice de la commercialisation, donc de la diffusion et des droits d'auteur. J'entends ce matin parler de prise du risque par les maisons d'édition, mais c'est oublier que les auteurs qui ont travaillé des heures et dépensé pour l'élaboration de leur œuvre prennent bien plus de risques en devant s'en remettre à un éditeur, sans pouvoir mettre en jeu sa responsabilité. Et ils pâtissent souvent bien plus que lui de la mauvaise diffusion de l'oeuvre.
La situation a été évidemment bien pire pour la majorité de ceux qui ont eu recours par le passé à l'autoédition sous forme papier, les ouvrages étant stockés dans un hangar aux frais de l'auteur sans aucune diffusion.
Alors évidemment l'autoédition sous forme de fichiers électroniques imprimables à la demande ou par petits lots accouche et va accoucher du pire, mais c'est le prix à payer pour qu'émergent enfin certaines œuvres de qualité que le « système » filtre sinon.

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