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La Sorbonne face à la rigueur 2

06.12.2013 - 07:32 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureaudio

L'université parisienne, comme une vingtaine d'autres en France, pourrait être déficitaire en 2013.

Ce serait la troisième année consécutive pour Paris 1 Panthéon - Sorbonne qui accuse un déficit structurel d'environ quatre millions d'euros.

Pour expliquer cette situation, il faut remonter à la loi LRU de 2007 sur l'autonomie des universités.

Les présidents ont bénéficié à cette occasion de plus de prérogatives, sur les recrutements par exemple, et plus généralement sur la masse salariale, qui représente plus de trois quarts du budget des universités. Mais les comptes faits à l'époque mettent aujourd'hui les finances des facultés dans le rouge.

A défaut d'obtenir une aide importante du ministère de l'enseignement supérieur, l'université Paris 1 a mis en en place un plan de rigueur, avec des économies tous azimuts : gel des ouvertures de postes, diminution du recours aux vacataires et aux heures supplémentaires.

Depuis la rentrée, la présidence de l'université a également lancé un plan de réduction du coût de l'offre de formation qui fait dire au syndicat étudiant UNEF qu'on diminue par la même occasion la qualité de l'enseignement. La présidence déclare le contraire, et assure que l'offre de formation ne sera plus mise à contribution.

 

"Le roi est nu"

 

Lors de son arrivée en mai 2012, la nouvelle équipe dirigeante de l'université fait le point sur la situation financière et décide, face à la situation catastrophique, de geler en urgence 23 des 50 postes qui devaient être pourvus la rentrée suivante. Ce choix permet à l'établissement d'économiser 1,5 millions d'euros.

Mais ce gel n'est que temporaire, et les 23 postes concernés doivent être pourvus, comme promis, l'année suivante.

En parallèle, le déficit de l'université ne s'améliore pas : 1,4 million d'euros en 2010, 655 000 en 2011, et encore déficitaire en 2012.

 

Après la deuxième année consécutive dans le rouge, Paris 1 est placée sous la tutelle du rectorat, qui prend en main les décisions budgétaires, souvent après de longues et houleuses discussions avec la présidence de l'université.

Dans le but de revenir à l'équilibre d'ici quelques années, le président de La Sorbonne prend alors l'engagement au début de l'année 2013, de faire les économies nécessaires pour éponger la moitié des quatre millions de déficit structurel.

Un million d'euros est récupéré grâce à la facturation de formations continues et la renégociation des différents contrats qui arrivent à échéance.

Pour l'autre million, le président fait le choix de réduire le coût de l'offre de formation : dans chaque Unité de Formation et de Recherche (UFR), les directeurs présentent un plan d'économie.

Certains cours sont mutualisés voire supprimés, le nombre d'options proposées dans certaines formations est réduit, des cours magistraux et des TD sont amputés de quelques heures, quand ce n'est pas tout le semestre qui compte une semaine en moins, comme à l'UFR d'Economie pour les étudiants de la première à la quatrième année.
Au final, l'université a économisé 8,75% sur le coût de l'offre de formation, soit 20 000 heures de cours en moins. Cela représente un million d'euros d'économie.

Des mesures "difficiles à prendre pour une équipe dirigeante composée d'universitaires" explique Bernard Taller, vice président de La Sorbonne chargé des moyens.

Mais la situation est telle, que la présidence dit ne pas avoir eu le choix : "En quatre ans, le fonds de roulement de l'université est passé de 25 millions d'euros à quasiment zéro. L'université serait un établissement privé, elle serait aujourd'hui en liquidation judiciaire, c'est à dire qu'on a plus rien en terme d'économies et de marge de manœuvre (…). Une des plus grosses universités de France est potentiellement en liquidation judiciaire ".

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"Je plains les étudiants"

 

L'UFR Histoire de l'art archéologie de l'université Panthéon – Sorbonne n'a pas échappé aux mesures d'économies. Moins fréquentée que les filières de Droit et d'Economie, l'UFR a diminué de plus de 12% son offre de formation, notamment en réduisant le volume d'enseignement en Licence 2, Licence 3 et Master 1 de Conservation – Restauration des Biens Culturels.

Et plusieurs séminaires ont été fusionnés, mutualisés ou supprimés.

Clément Salviani, étudiant en Master 2 d'archéologie grecque et romaine, évoque de nouvelles conditions de travail qui "nuisent à la qualité de l'enseignement" à tel point qu'il estime qu'aujourd'hui "les étudiants en première année ont moins de chance que ce qu'[il] avait en arrivant à l'université".

En tant qu'étudiant et tuteur, il revient sur les conséquences des économies depuis la rentrée :

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"Où est l'argent ?"

 

Au sein de La Sorbonne, l' UNEF est très remontée contre ces mesures d'économies sur le l'offre de formation.

Les relations sont tendues entre le syndicat étudiant, majoritaire à Paris 1, et l'équipe dirigeante de l'université.

D'abord sous la forme d'échanges assez vifs en juillet, par communiqués interposés après que l'UNEF a envoyé aux étudiants le tableau prévisionnel de la réduction du coût de l'offre de formation.

L'UNEF dénonçait la volonté du Conseil d'Administration, où la présidence est majoritaire, de passer outre l'avis négatif d'une commission de représentants de la direction, d'étudiants et d'enseignants, sur les projets de réduction de l'offre de formation dans certaines UFR.

Le Conseil d'Administration avait même été envahi par des étudiants mécontents emmenés par l'UNEF.

Le syndicat, par la voix de sa vice-présidente à La Sorbonne, Marie Duchêne, dénonce les économies réalisées sur l'enseignement, qui "pénalisent les étudiants sans pouvoir sortir du déficit". Elle réclame plutôt un geste fort du ministère de l'enseignement supérieur, sinon elle prédit de nouvelles annonces d'économies lors du Conseil d'Administration du 17 décembre.

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Car le risque selon Marie Duchêne est de se retrouver avec une université "à deux vitesses"

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Le vice président de l'université, Bernard Tallet, "comprend ces réactions" des étudiants pensant que "c'est le début d'un processus", mais il rappelle qu'il s'agissait de "décisions difficiles" pour l'équipe présidentielle qui est avant tout "composée d'enseignants chercheurs".

Bernard Taller garantit que l'université est arrivée "au bout de ce qui est possible en matière d'économie sur l'offre de formation", et qu'il n'y aura plus aucune mesure de ce type :

"il y avait urgence financière" dit-il, mais assure que la présidence "a veillé à ce que la réduction du coût de l'offre de formation n'entame pas la qualité de l'enseignement" :

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La faute de l'Etat ?

 

L'université Paris 1 est passée à l'autonomie  et aux RCE (Responsabilités et Compétences Elargies) le 1er janvier 2011. A cette occasion, La Sorbonne s'est retrouvée avec de nouvelles charges très lourdes, sans pour autant avoir le financement nécessaire par le ministère de l'enseignement supérieur.

Le gros cadeau empoisonné étant la gestion de la masse salariale, plus de 75% du budget. Une masse salariale en augmentation constante puisque les fonctionnaires bénéficient de promotions régulières.

D'où la bienveillance de Marie Cottrell du syndicat d'enseignant SNESUP et professeur émérite de mathématiques, envers la présidence de l'université et des mesures qu'elle a dû prendre : "on a pas supprimé de filière et de parcours".

Un discours qui tranchent avec celui de l'UNEF qui tient pour responsable autant le ministère de tutelle que l'université.

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C'est surtout contre le ministère de l'enseignement supérieur que Marie Cottrell est remonté.

Depuis les compétences élargies (2011 pour Paris 1), "le ministère avait promis d'attribuer des crédits de manière à couvrir l'ensemble des nouvelles charges, mais il est systématiquement en dessous" explique l'enseignante, alors qu'il y a de l'argent à récupérer : "il suffirait de moins de la moitié du crédit impôt-recherche pour annuler toutes les dettes de toutes les universités".

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"Il y a un problème majeur de financement de l'enseignement supérieur"

 

Bernard Tallet, vice-président de La Sorbonne, en appelle au ministère de l'enseignement supérieur : "On est dans une nécessité urgente d'avoir un dialogue de fond avec notre ministère" sur le déficit structurel. Un déficit lié à une "sous dotation globale". Parmi les quelques pistes envisagées pour résorber le déficit structurel de quatre millions d'euros, Bernard Tallet demande que le ministère de l'enseignement supérieur remplisse son rôle, notamment sur un dossier sensible, celui de la location de bâtiments.

A l'étroit dans ses murs, l'université Paris 1 est obligée de louer de nouveaux locaux pour accueillir les 40 000 étudiants. Cette location coûte à l'université 4,9 millions d'euros par an, et le ministère de l'enseignement supérieur, qui est censé compensé ce montant à l'euro près ne verse que 2,9 millions d'euros.

L'université espère que son ministère de tutelle remplira sa part du contrat en versant la différence, soit deux millions d'euros. C'est exactement la somme qu'attend la présidence de La Sorbonne qui a déjà mis en place les mesures, impopulaires, pour économiser deux millions d'euros.

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Le ministère de l'enseignement supérieur n'a pas donné suite à nos demandes, mais à seulement indiqué par SMS que Paris 1 avait bénéficié en 2013 de 36 postes sur les 1 000 débloqués par le Président de la République (soit le maximum pour une université), et que le ministère avait versé "280 000 euros de crédits de sécurité en fin de gestion 2013, contre 0 en 2012".

 

Voici vos contributions sur le sujet

 

Abdelhak El Idrissi

Thème(s) : Information| Economie| Education| Finance| Société| autonomie des universités| budget| enseignement supérieur| LRU| rentrée scolaire

2 commentaires

Portrait de Anonyme Roland06.12.2013

Même technique que pour la dette en 1973 (voir Chauchard): on crée un système simple et truqué (la valorisation financière de coûts sociaux - pourquoi ne pas non plus prendre en compte la valeur des terrains de la Sorbonne "si on les vendait"?) qui génère de la dette.
Phase 2: (3 ans maxi) on baisse la participation de l'Etat donc se produit un étranglement (au passage on agit sur la psychologie des foules: on crée de l'angoisse, du "tout s'écroule".
Phase 3 : (sur 5 ans) on augmente les frais de scolarité et en même temps on va amener "les entreprises" (en fait quelques gros groupes généralement liés au PS et à l'UMP, genre Véolia, Vinci et investisseurs anglo-saxons) à "participer", les présentant comme des sauveurs. En retour ceux-ci intègrent "la gouvernance" des Universités qui Phase 4 passent en modèle américain (20 à 50.000€ par an pour un service moins bon que les U. européennes, la qualité étant réservée à une élite de 10% forcément triée socialement -à 50.000€ l'an; fabrique du crétin pour tous les autres.).
Et dire qu'il y a des profs pour ne pas voir et pour -par ambition personnelle, par attraction à courte vue du pouvoir- instiller ces processus mortels. Il faut dire aussi que "le système fric" conduit à rémunérer grassement les "universitaires" collaboratifs (cf. Sc. Po des Descoing, Casanova et al.).
Et dire que le PS fabrique cela et poursuit l'oeuvre des droites. Et l'UNEF me fait marrer: grévistes et agitateurs professionnels depuis les années 80, ils ne font que précipiter les phénomènes d'appauvrissement de l'Université et de sélection sociale,et puis ses dirigeants finissent permanents au PS. La vraie Révolution...

Portrait de Anonyme Joseph Koerner05.12.2013

L'enseignement est de trois types:
1) enseignement cursus seul pour arriver
à un diplôme devant déboucher sur
un emploi
Gravir les échelons par son savoir
2) travailler et cours du soir:
plus difficile, plus motivant et
faisable avec le CNAM (Conservatoire
National des Arts et Métiers)
gravir les échelons par son savoir-faire
Et son savoir
3) travailler et
gravir les échelons par son savoir-faire
Le fond:
il faut dans les 3 cas choisir son métier.
Années 1960-fin1970: 2) était la solution
Années 1980-1995 : 1) était la solution
Années 1996 (pays émergeants profitant de 1))-2014:
2) revient.
Donc aujourd'hui, pour il faut "refonder"
le savoir et le savoir-faire
c'est-à-dire appliquer 2)
Je suis passé par 2), et j'avais écouté le
conseil de mon grand-père (Patron coiffeur)
"Choisit bien ton métier...car tu vas le pratiquer
toute ta vie".
Le corollaire:
"Etat, Région, Enseignement" doivent aussi prendre
en compte les mutations technico-sociétales.

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