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Que peuvent encore les maires en matière de culture ? 8

14.03.2014 - 07:32 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureaudio

Baisse des dotations publiques, éclatement des compétences au sein du "mille-feuilles" administratif... Quel pouvoir reste-t-il au maire quant à la politique culturelle ? Enquête à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, à l'occasion de notre opération "villes en campagne". Par Frédéric Says.

 

Il a deux papas. Le conservatoire d'Aubervilliers, flambant neuf, est l'un des personnages principaux de la campagne municipale. Car deux candidats - au moins - en revendiquent la paternité. Jacques Salvator, maire socialiste sortant, et Pascal Beaudet, ancien maire (2003-2008) et candidat Front de gauche. Le second affirme avoir initié ce projet, le premier explique qu'il a dû tout reprendre à zéro. 

Dans cette ville qui fut la première de France à disposer d’un adjoint à la culture (en 1959), marquée par la personnalité de l’ancien maire et ministre communiste Jack Ralite, la question culturelle peut tourner à la guerre des tranchées. Chaque année, les subventions culturelles y représentent 9 millions d'euros (sur 110 millions de budget de fonctionnement). 

Pascal Beaudet, devant le Conservatoire d'Aubervilliers. Frédéric Says © Radio France

 

Mécénat ou coupes des subventions « inefficaces » ?

 

Comment continuer à financer les principaux établissements de la ville ? "On entend parler de baisse de 5 milliards des dotations aux communes… Avec de pareils chiffres, difficile d’imaginer pouvoir maintenir intégralement les budgets", soupire Pascal Beaudet. Pour l'ancien édile, un maire est désormais devenu le "super VRP" de sa commune, chargé d'aller récupérer des aides financières partout où elles se trouvent. "Ne rien lâcher. Et ça, les communistes savent faire", précise-t-il dans un sourire :

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Le maire sortant, Jacques Salvator, a lui choisi d'anticiper, en développant le mécénat. Cette année, plus de 100 000 euros ont pu être récupérés :

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Autre source de financement : la réserve parlementaire, cette somme dont disposent les députés et sénateurs. En l’occurrence, celle d’Elisabeth Guigou, qui a versé un total de 102.500 euros en 2013 à la commune d'Aubervilliers et à des associations culturelles de la commune.

 

Derrière les subventions culturelles, il y a un clientélisme terrible !

Thierry Augy (sans étiquette), veut davantage de transparence dans les subventions. Frédéric Says © Radio France

"Il faut couper les subventions à certaines associations", estime Thierry Augy. Le candidat, proche de l’UDI, avait failli remporter la mairie en 2001. Il affirme aujourd’hui que la politique culturelle à Aubervilliers est trop clientéliste. "Certaines associations touchent des milliers d'euros par an, sans qu'on sache exactement ce qu'elles font" :

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Mais le maire n'est pas le seul décisionnaire en matière de culture. Loin de là. Dans le mille-feuilles administratif, de la commune à l’Etat, quelle est l’institution qui ne s’occupe pas de culture ? Réponse : aucune. 

 

Dans son livre "La récréation", l'ancien ministre de la Culture Frédéric Mitterrand raconte les imbroglios liés à la multiplicité des décideurs. En l'occurrence pour le projet culturel de la tour Utrillo, à Clichy-sous-Bois : 

 

Joute entre le préfet Canepa, mon meilleur allié pour la tour Utrillo, et Maurice Leroy, nouveau ministre de la ville, qui conscieusement passé l’aspirateur sur le projet. (...) C’est au tour d’Eric Raoult de voir d’un très mauvais œil le projet de la tour Utrillo. Le Raincy, dont il est député-maire, c’est le Neuilly du 93 et l’électorat qui va avec, cerné par les banlieues du « Nique ta mère ». Il écoute mes arguments avec une commisération ironique comme si mon intention était de faire de la tour un château de contes de fées où de vieilles filles hystériques raconteraient Blanche-Neige à des casseurs de banlieue pour les ramener dans le droit chemin.


"La récréation", Frédéric Miterrand, éditions Robert Laffont

 

Et les habitants, dans tout ça ? 

 

A bien y regarder, les lourds dossiers de subventions, l’attente dans les antichambres de la DRAC sont des sinécures… par rapport au dialogue avec les habitants. Lesquels sont parfois sceptiques sur le bien-fondé des dépenses culturelles. "Un jour, une dame m'a dit : 'comment pouvez-vous financer un conservatoire alors que mon fils, à l'école, travaille sur un vieux bureau pourri ?'; raconte Pascal Beaudet, le candidat Front de gauche. Jacques Salvator (PS) confirme : 

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"Les demandes des acteurs culturels sont assez contradictoires, confie un proche de l'un des candidats : ils veulent à la fois plus de soutien financier, et en même temps une grande indépendance. Ils ont peur d'être vus comme des 'artistes officiels'". Une ambivalence présente aussi parmi la population, exigeante en matière de culture, mais soucieuse de la bonne gestion des deniers publics. Qu'attendez-vous d'un maire en matière de politique culturelle ? Voici, comme chaque semaine, une sélection de vos témoignages sur sur twitter et facebook :

 

 

Enfin, se pose une question plus démocratique, au sujet de cette "culture pour tous". Qui décide ? A Aubervilliers, ville de 76 000 habitants, seuls 28 000 sont inscrits sur les listes électorales. Et parmi eux, 12 000 vont effectivement voter aux municipales. En cas de quadrangulaire au 2nd tour (comme en 2008), on peut donc gagner la mairie avec... 4 000 voix !

Voici l'ensemble des listes enregistrées par la préfecture de Seine-Saint-Denis pour les municipales à Aubervillers : 

Michel Jouannin (Lutte Ouvrière), Pascal Beaudet (Front de gauche), Jacques Salvator (PS, EELV), Samir Maïzat (100 % Aubervilliers), Thierry Augy (Union du nouvel Aubervilliers), Fayçal Menia (UMP), Stéphane Pelliccia (Mouvement des citoyens indépendants).

 

 

Thème(s) : Information| Election| Politique| budget| municipales 2014

Lien(s)

Une villa Médicis en Seine-Saint-Denis (France Culture)Par Florence Pacaud, le 3 février 2012.

8 commentaires

Portrait de Anonyme Anonyme15.03.2014

Bravo et merci. Cela fait chaud au coeur de lire votre commentaire.

Portrait de Anonyme coucou13.03.2014

Que des interrogations et peu ou pas d'affirmations.

l'activité culturelle aux artistes et non pas à tous les citoyens qui le désirent et qui y cotisent... (bizarre, vous avez dit bizarre)

Une fois de plus il est dit "la culture" comme si ceux qui prononcent ce mot en détenait la docte compréhension ou le savoir universel ! Il serait plus amène d'y déclamer "les cultures". Cette activité humaine est multiple pour ceux qui les expriment, les font émerger etc.

Et en plus nos maires de bourgades, villages, trous perdus sont élus souvent loin des préoccupation de l'esprit, des forces vives, des expressions de tous. Ils sont élus souvent par les "majorités silencieuses" à propos de tout afin de ne déranger aucun.

Bravos à ceux (les maires) qui ont la sagacité des bien-être culturels
des territoires qu'ils animent.

Portrait de Anonyme Amandine Jacquet13.03.2014

Prendre en compte la bibliothèque dans le programme politique

Le 24 février 2014, l'Association des bibliothécaires de France a publié sa lettre ouverte aux candidat(e)s aux élections municipales :
http://www.abf.asso.fr/2/128/415/ABF/lettre-ouverte-aux-candidat-e-s-aux...
L’ABF y invite les candidat(e)s à intégrer la bibliothèque municipale ou intercommunale dans leur profession de foi et à en faire un élément de leur politique.

Dans la Gazette des communes :
www.abf.asso.fr/2/128/424/ABF/les-bibliothecaires-veulent-conforter-leur...

Portrait de Anonyme Kercoz13.03.2014

C'est dans ce genre de question que l' on mesure l' importance des glissements sémantiques...On confond ici France Culture et France loisir.
Si le terme "CULTURE" est des plus polysémique, il me semble que l' on peut affirmer 2 choses :
- Il s' oppose a Nature.
- Ses interprétations différentes sont de 2 sortes:
a/ celles qui se réfèrent aux causes du passage de nature a culture
donc des raisons du passage de l'espèce solitaire à l' espèce
sociale.
b/ Celles qui se réfèrent aux conséquences de la socialisation , même
si ces conséquences participent et renforcent la socialisation.
Il me semble que le signifiant de "Culture" devrait plutôt se référer à (a) qu' à (b)....Il me semble aussi que celui de (a) caractérise un phénomène "invariant" à l' espèce humaine, trans-historique, voire trans-spécifique.
Ce qui fait d' une espèce , une espèce socialisée , n' est pas le théatre, les soirées festives , meme si bien sur elles y participent, ...c'est essentiellement la STRUCTURE des groupes et l' interdépendance des acteurs et la nécessité de leurs interactions dont ils devraient dépendre.
Si la "culture" est le processus qui fait d'une espèce , une espèce sociale, on ne peut que la trouver dans les "RITES" au sens de rituels inconscients qui permettent d' inhiber l' agressivité intra-spécifique originelle.

Portrait de Anonyme Isabelle Ryser12.03.2014

Qu'attendez-vous d'un maire en matière de culture ?
L'équipe municipale devrait veiller à favoriser, même modestement une vie culturelle de proximité ainsi que l'intercommunication de ces acteurs avec des acteurs régionaux, nationaux ou internationaux. La culture doit rester vivante et donc constituer un lien et un lieu d'expression des citoyens par le truchement des artistes. La culture = relier pour mieux partager. Ne pas viser le prestige.
Les restrictions financières touchent-elles forcément en priorité la culture ?
Difficile de faire une généralité à ce sujet. Les budgets de fonctionnement sont difficilement compressibles; où faire des économies, s'il faut en faire ? La culture est la fonction la plus facile à restreindre, hélas. L'intercommunalité devrai permettre peut-être de limiter la "casse".

Un maire doit-il forcément être un "grand bâtisseur" ?
Votre questionnaire est très connoté "grandes villes". Dans la plupart des communes de France, les maires ne sont pas des "bâtisseurs", loin de là !!! Si vous parlez de Paris, Lyon, Marseille, etc, oui, je pense qu'il faut absolument abandonner ces pratiques. Paris n'est pas la France et le patrimoine n'est pas la culture vivante. Mais ceci concerne le budget de l'Etat et non celui des quelques 30 000 communes petites ou moyennes.

Portrait de Anonyme robert curtat journaliste12.03.2014

Votre interrogation porte sur d'assez grandes villes, dotées généralement d'un service culturel étoffé. Je pense à Lyon où nous avons longuement vécu qui a su mettre en lumière les grands bâtiments du centre-ville et donner de la couleur à l'avenue de Stalingrad, si loin du centre.
Je pose une autre question : est-ce qu'un maire de petite commune - moins de mille habitants - peut servir la culture en s'appuyant sur l'histoire de cette communauté, en favorisant simplement l'édition de documents édités par son association historique.
C'est une vraie question

Portrait de Anonyme Jean Michel MONTFORT12.03.2014

Quand « la » culture  nous fait marcher ! (Très cher public!)

La culture est la nature de l'Homme. Le dire est curieusement osé. Peu de risques alors pour que la culture en tant que telle disparaisse, sauf à ce que le genre humain disparaisse de la planète ou soit totalement réifié. La chose ne peut être exclue toutefois, tant les sociétés s'évertuent et à consommer la planète et à faire de l'Homme un simple instrument du Capital. Mais nous avons encore un peu de marge, et surtout à ne pas négliger les efforts politico-biocentriques à déployer.
L'appel à mobilisation et à marcher pour la culture est politiquement opportun sur un plan prosaïque mais sémantiquement assez équivoque en ce qu'il construirait la culture comme un objet susceptible de nous faire marcher.
Cet acte kinesthésique de mise en mouvement semble alors problématique, non au propre puisque la marche est une pratique plutôt saine, mais au figuré, en ce que la culture pourrait passer pour un objet comme séparé et extérieur au peuple (société civile, N.D.T.), une sorte d'ectoplasme doté d'une existence autonome.
La préposition « pour » est un mot qui sert habituellement à introduire un complément, cette fois c'est la culture.
Or la culture ne peut être un simple complément (d'objet), puisque d'une certaine manière elle nomme le Sujet lui-même, celui de la nature de l'Homme, autant dire l'Homme.
Marcher pour la culture court sémantiquement et involontairement le risque de nous faire stationner voire marcher à reculons, car si par malheur la mobilisation devait être restreinte relativement à la masse du peuple, cela pourrait signifier que la culture - du moins celle conçue par les organisations appelant à la marche - lui serait extérieure. Intuitons alors que ce qui ferait problème, ce ne serait pas le peuple, mais une certaine définition de la culture.
Or (bis), le peuple est culturel. Certes diversement cultivé dans ses cultures de références, lesquelles ne sont par ailleurs ni statiques ni des ports d'attache obligés. Mais culturel par nature donc, le peuple.
Cette humaine évidence doit être rappelée, car si le peuple se met à marcher, ce n'est pas tant pour une culture-ectoplasme que pour lui-même.

Il ne s'agirait donc pas de marcher pour une culture qui nous fait marcher, mais plus justement pour des politiques culturelles avisées, reconnaissant enfin les gens - habitants, travailleurs, citoyens - comme héros du grand récit de la culture et, partant, situant les artistes, les savants et chercheurs, les professionnels de ladite culture, les enseignants et les éducateurs populaires de combat comme hérauts d'une expansion sensible et symbolique sans précédent, à-même d'opérer une grande dialogique entre prosaique, poétique, savoirs et connaissances.

Nul ne songeant à voir dans une marche pour la culture une initiative convergente de secteur ou de corporations, en défense d'intérêts personnels - l'enjeu étant bien posé en termes de Bien Commun et de destinée collective -, il est sans doute temps de revisiter les concepts, les arguments et les politiques publiques. La centration des politiques culturelles sur le seul fait artistique, construisant le peuple comme déficitaire de cette culture-là ou consommateur d'offres exogènes réputées bonnes pour lui, est précisemment la cause principale de l'immense malentendu actuel du travail de la culture.
Il n'y a pas à marcher pour la culture, mais à faire culture. Tous ensemble.
C'est à dire susciter par tous les moyens de la pensée et de l'action l'expanson créatrice dite ci-dessus (sans précédent, redisons-le) qui mette en résonances le prosaïque usant et dévitalisé de nos existences quotidiennes avec le potentiel sensible et poétique dont l'Homme a besoin depuis la nuit des temps.
La chose est anthropologique et multidimentionnelle, où l'art jouera évidemment un rôle iréductible, spécifique et subtil de continuité-rupture, d'autant plus puissant qu'il sera perçu, vécu, conçu comme moyen de se réconcilier avec soi-même et avec les autres.
Ce devrait être le propos de toute politique culturelle digne de ce nom, que de quitter le paradigme épuisé, épuisant et finalement infécond de vouloir faire accéder le peuple à la culture, car il y est déjà. En revanche donner au peuple des signes vitaux de reconnaissance et de respect des droits culturels premiers, l'aider à fabriquer du commun culturel par toutes les formes possibles de symbolisation, ouvrirait un paradigme de confiance et de reliance entre les vies de l'ordinaire et celles de l'extraordinaire, entre vie courante et vie changeante, entre cultures vivantes des gens et vivances des pensées et des arts.

La culture est un rapport social, une sphère de significations que nous avons nous-mêmes créées, un tissu de paradoxes de contradictions de complexités et d'incertitudes.
Marcher est déjà un acte culturel, qui vaut cause pour lui-même, définissant pas à pas un chemin de sens commun. Alors marchons, mais pour...du consistant.

Les maires et tous les élus territoriaux ont à participer sinon à initialiser ce travail de refondation des politiques culturelles en faisant des territoires physiques qu'ils animent autant de territoires symboliques des cultures vivantes.Tapez ici vos commentaires

Portrait de Anonyme Monsieur Bouton17.03.2014

"marcher ou charmer, faut choisir" ( Pierre Dac, attribué à).
Du grand Jean-Michel Montfort! Merci pour cette brillante synthèse sur la mise au pas de la culture par le culturel.

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