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Place de la toile | 12-13

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Emission Place de la toile

le samedi de 18h10 à 18h56

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Digital labor : portrait de l'internaute en travailleur exploité 7

08.12.2012 - 18:10 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecturevideo

Quelle horreur : donner à une émission un titre en anglais. Pourquoi ne pas dire tout simplement « travail numérique » ? Eh bien parce que ça ne veut pas dire la même chose. Parce qu’en parlant de « digital labor » on parle d’une notion qui n’a pas encore d’équivalent en français, et qui commence à peine d’ailleurs à s’imposer dans le champ des études sur le numérique. Et parce que le point de départ de cette émission est un ouvrage, Digital Labor The Internet as playground and factory ("Digital labor : Internet comme aire de jeu et usine"), qui consiste en un recueil d’articles dirigé par Trebor Scholz (qui enseigne la culture et les médias à la New School). De quoi s’agit-il ? Il s’agit de constater l’apparition sur les réseaux d’activités qui, en tant qu’elles produisent de la valeur, peuvent s’assimiler à du travail (comme faire des recherches sur Google ou poster un lien sur Facebook). En gros, mais nous allons le préciser, ce serait ça le « digital labor ». Mais à partir de ce constat, bien des questions se posent : de quelle nature est la valeur de ce travail ? Et peut-on parler d’exploitation, puisque nous ne sommes pas rémunérés pour ce travail ? Est-ce que nos vieux cadres d’analyse, à commencer par l’analyse marxiste, nous permettent de penser ce qui se joue là voire, de nous fournir des armes politiques pour lutter ?

 

Une bibliographie et des liens sur le sujet sélectionnés par Antonio Casilli ci-dessous. D'autres sur le site digitallabor.org

 

Yann Moulier-Boutang

 

Enseigne les sciences économiques à l’Université de technologie de Compiègne et dirige la revue Multitudes. On le connaît notamment pour avoir théorisé la notion de « capitalisme cognitif » à laquelle il est bien souvent fait référence dans le champ de l’économie numérique. Et sur twitter.

 

Antonio Casilli

 

Enseigne les humanités numériques à Télécom ParisTech, Chercheur associé au Centre Edgar-Morin (EHESS), il est l'auteur de Les Liaisons numériques (Seuil) et a dirigé le numéro spécial "Cultures du numérique" de la revue Communications. Il tient le blog bodyspacesociety. Et sur twitter.

 

   Lecture de la semaine

                

Surcharge informationnelle : combattre l’irrationalité par l’irrationalité

 

La lecture de la semaine provient du quotidien britannique The Guardian, on la doit à Oliver Burkeman qui est le correspondant à New-York du journal. Le titre de son papier : « Pour lutter contre la surcharge informationnelle, trompez-vous vous-mêmes. ». GMail, le service mail de Google, a ajouté une nouvelle fonctionnalité du nom de “Inbox pause”, qui permet quelque chose de très simple – mettre en pause l’arrivée de nouveaux mails – mais ce service représente aux yeux de Burkeman une nouvelle phase de la guerre de longue haleine que nous menons contre la surcharge d’information. [...] Suite.

              Le son

Whispering and relaxing music on piano - ASMR


Fleurit sur le web une production de vidéos rassemblée sous l’acronyme ASMR, pour Auto-Sensory Meridian Response. Il s’agit en gros de plonger le spectateur dans un état de douce contemplation en lui parlant tout bas, en lui faisant écouter des sonorités minimales (du papier que l’on froisse, des ongles qui tapent sur une planche de bois, quelques notes sur un piano…). Le tout filmé en gros plan, et d’une durée jamais inférieure à une dizaine de minutes. Des sites entiers recensent ces vidéos, on en discute, se les partage etc. Et ça fonctionne. Elles provoquent une sorte de fascination, dont on ne sait pas si elle ressortit à leur puissance relaxante ou à une grammaire d’image qui les fait ressembler à ce que l’honorable correspondant qui m’a alerté sur ce phénomène a qualifié de « porno sans sexe ».

            Le bureau

They own the cables

 

A qui appartiennent les câbles de l'internet en France ? Vraiment, c'est ça la question ? Mais je ne comprends pas, il veut connaître la part de tuyaux qui revient à Orange, la part qui revient à SFR, à Numericable etc. ? Idéalement pour répondre à cette question il faudrait que je puisse scanner la surface terrestre… idéalement, ce scan ferait apparaître la matérialité du réseau sous nos pieds... idéalement cette cartographie du réseau souterrain aurait un code couleur qui renverrait aux noms des différents opérateurs télécoms, fournisseurs d'accès à internet, opérateurs de transit,  fabricants de câbles etc. [...] Suite.

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Thème(s) : Information| Idées| Internet| Travail| Cables sous-marins| Antonio A. Casilli| Yann Moulier Boutang

Lien(s)

Michel Bauwens & Jacob Rigi (2012) - Is Facebook Exploiting WorkersA response from Jacob Rigi and Michel Bauwens’ response to Rigi
Axel Bruns (2007) « Who controls the means of produsage?, Re-public Re-imagining Democracy »no. 13, numéro spécial "Towards a critique of the social web", 2 déc - copiez-collez l'URL dans la barre de votre navigateur si ça ne marche pas en cliquant : http://www.re-public.gr/en/?p=277
Chris Prener (2012) « Is Facebook “Using” Its Members? »Work in Progress, Blog of the American Sociological Association's OOWS, 22 février
P. J. Rey (2012) « Alienation, Exploitation, and Social Media »American Behavioral Scientist, vol. 56, no. 4
Trebor Scholz (2007) « What the MySpace generation should know about working for free labour »Re-public Re-imagining Democracy, no. 13, numéro spécial "Towards a critique of the social web", 2 déc ; copiez-collez l'URL dans la barre de votre navigateur si ça ne marche pas en cliquant : http://www.re-public.gr/en/?p=138/

7 commentaires

Portrait de Anonyme ribault18.03.2013

Il y a une " expropriation" de la valeur créer par un individu sans contrepartie pour ce dernier. Le cumul de valeur créée par 2 individus est confisquée comme la " plus value " est confisquée.

Il convient d'instituer un système qui permet à l'individu de recouvrer la contre partie qui lui est confisquée et à une collectivité nationale ou européenne de prendre sa part sur cette plus value.

Pour ça il y a des concepts juridiques à mettre en oeuvre. Plus la collectivité qui veut les mettre en oeuvre est importante et pèse, plus la faisabilité est aisée.

Portrait de Anonyme Anonyme10.12.2012

De la musique pour soins palliatifs voila pour la participation, quelle crise de rire, transformer de la valeur "papier numerique" en valeur monétaire et après on se demande comment les bulles financieres se forment, le plus craignos c'est que des universitaires en font une recherche.

Au fait qu'est ce qu'a produit comme valeur intellectuelle le marxiste de service dans son intervention ? Rien, sauf qu'il vend son bouquin sur cette page, vraiment de la daube en boite.
Voila bien un endroit ou il faut couper les crédits et repenser le budget

pffft l'anti spam et ne jamais donner sa boite mail un basique de l'internet pas de quoi faire un papier la dessus

Portrait de Anonyme Jon Bon Jovic10.12.2012

Comme ça je mets un commentaire sympathique pour équilibrer un peu la réception. J'ai trouvé l'émission intéressante, informée et donnant à réfléchir. Donc tout ce qu'on peut attendre d'une émission de ce genre, bande de ronchons !
Et en plus comme je ne suis pas d'accord avec tout ce qui a été dit, ça me donne l'occasion d'exercer mon digital labor en réfléchissant par commentaire interposé.

Je fais part de mes doutes sur l'usage du concept d'exploitation.

(1) Il me semble que dans le marxisme old school l'exploitation n'est pas nécessairement synonyme d'aliénation ; les deux notions ne se recouvrent pas (Althusser, bla, bla, bla) ... on peut calculer le taux d'exploitation d'un travailleur en col blanc comme en col bleu. Et le taux d'exploitation des cadres peut être supérieur au taux d'exploitation ouvrier... Donc, rien n'empêche de calculer le taux d'exploitation d'un travail intellectuel.

(2) Du coup, je ne suis pas du tout convaincu par l'idée qu'avant le capitalisme essorait la vitalité du travailleur jusqu'à la dernière goutte et que maintenant non... L'ouvrier il doit pouvoir reproduire sa force de travail pour retourner bosser le lendemain et si possible tenir suffisamment pour ne pas crever entre temps. Tout ce qui entre dans la reproduction de la force de travail, y compris le loisir, fait partie du calcul. Qu'il y ait plus de loisir aujourd'hui (et moins de brutalité) ne change rien à l'affaire (et au concept d'exploitation). Ça se calcule pareil. La reproduction de la force de travail est un paramètre. Simplement, c'est ce qui compte pour la reproduction qui a changé. Ce paramètre existait avant, il existe aujourd'hui... et le capitalisme n'est pas moins vampire des existences (selon l'image de Marx lui-même). Et on peut même se demander si la vampirisation n'a pas augmentée : non plus seulement la force brute, mais nos enthousiasmes, notre être au monde...

(3) Peut-on parler stricto sensu d'exploitation pour le digital labor ("Vive la langue française !" "Vive la langue française !" "Vive la langue française !" "Vive la langue française !" que ce mantra me protège de la colère publique) ?
Il me semble que pour calculer un taux d'exploitation, il faut faire le ratio entre la valeur d'usage du travail et sa valeur d'échange sur le marché (du travail). Sa valeur d'usage c'est ce qu'on bosse. Sa valeur d'échange c'est la quantité de travail nécessaire à la production et reproduction de la force de travail. Pas facile de calculer un taux d'exploitation hors salariat (i.e. marché du travail et valeur d'échange du dit travail), mais pas impossible non plus ?
Si on ne peut pas calculer un taux d'exploitation, on revient à usage métaphorique du concept où exploitation veut dire (au mieux) aliénation ; et en gros, Marx ne nous sert plus à grand chose...

(4) Un des paramètres majeurs de la lutte ouvrière sur le taux d'exploitation, c'est évidemment la diminution de la journée de travail, qui réduit mécaniquement la part dévolue à la plus-value relative. Quel équivalent du côté du digital labor ? Est-ce qu'on verrait le syndicat des utilisateurs de facebook demander qu'on réduise leur temps sur le site (ou l'usine !) ?

(5) J'ajoute en dernier point que l'argument selon lequel la création de valeur serait uniquement relationnelle dans le capitalisme cognitif me laisse dubitatif. Il me semble au contraire qu'on ne peut pas négliger les propriétés individualisantes des dispositifs numériques (digital self, "Vive la langue française !" "Vive la langue française !" "Vive la langue française !" "Vive la langue française !")... Et qu'une bonne part de l'exploitation marketing/publicitaire des données fonctionne comme un travail d'individuation.

Portrait de Anonyme Joseph Saint Pierre10.12.2012

Bonjour.

J'ai entendu un passage dans l'émission qui m'a choqué Yann Moulier Boutang a dit qu'on ne pouvait pas traduire numérique par numerical alors que le mot numerical existe en anglais est fortement utilisé il suffit d'aller sur Internet pour s'en convaincre. L'expression "analyse numérique" se traduit par "numerical analysis" et certainement par "digital analysis" il en est de même pour les expressions "précision numérique" ou "méthode numérique", "calcul numérique" numérique doit se traduire par "numerical" et surtout pas par "digital". Même les expressions "numerical work" ou "numerical labor" ont un sens très facile à comprendre lorsqu'on travail avec des ordinateurs pour faire du calcul. Résoudre une équation mathématique par des méthodes numériques, trouver les bonnes méthodes numériques est un travail "numérique" et en anglais cela se nommera "numerical work". Mon travail de mathématicien appliqué avec des "nombres" depuis plus de 20 ans peut être considéré comme du "numerical work" et certainement pas comment du "digital work" . L'excellent Gilles Dowek avait utilisé dans une récente émission de Place de la toile l'expression computationnel pour désigner en français ce qui se nomme "numerical" en anglais.

Très cordialement.

Joseph Saint Pierre
http://cict.fr/~stpierre

Portrait de Anonyme un fidèle auditeur provincial geek08.12.2012

Yann Moulier-Boutang est insupportable, bla-blate (trop) et jargonne (et raconte n'importe quoi : taxer Google parce que des internautes "travaillent" gratuitement pour Google, pourquoi ne pas taxer Wikipedia alors si on suit la même logique. Vous allez me dire que Wikipedia n'est pas une entreprise mais je ne comprends pas sa logique).

Un sujet intéressant sur un thème proche de celui d'aujourd'hui aurait été le "crowdsourcing". Surtout en parlant de ses dérives.

Je suis déçu des sujets de la semaine dernière et de cette semaine : creux, futiles, non pertinents, des sujets de niche...

J'aimais bien les sujets un peu techniques ou d'actualité.

Le sujet sur l'informatique pour les aveugles était passionnant.
Le sujet sur les données générées en direct lors de matchs de football par 3 humains devant des PC aussi.

Portrait de Anonyme Marc Bolan08.12.2012

Bonsoir
Vous devriez faire une émission sur la vision magique que certains exégètes de la technologie "numérique" ont de la langue anglaise. Par principe ce qui est dit en anglais comme "digital labor" possède toutes les nuances et les subtilités pour décrire parfaitement des notions nouvelles.
Selon un principe symétrique et tout aussi arbitraire, les mêmes mots français ne peuvent en aucune façon s'adapter pour désigner ces nouveaux concepts.
Il me semble que la seule différence est l'étrange attitude, à laquelle vous ne résistez pas si mal habituellement, qu'ont beaucoup de francophones à dévitaliser la langue française, à la priver a priori de sa puissance.
Utiliser les mots "travail numérique", voire "labeur numérique", pour désigner le sujet de votre émission de ce soir suffirait à leur faire acquérir ce nouveau sens, ces nouvelles nuances. Y renoncer par principe est dommage.
Merci pour votre digital labor hebdomadaire.

Portrait de Anonyme Gallorum08.12.2012

Yann Moulier-Boutang a le chic pour présenter de façon complètement confuse l'algorithme PageRank. A comparer avec les explications plutôt limpides de Chazelle.

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