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Post décolonisés ?
02.05.2008 - 18:20
Son ami Jean Daniel n'a pas tort d'écrire que Hélé Béji, avec son essai, « Nous décolonisés » « embarrasse depuis deux mois les chroniqueurs ». On parle sans doute davantage de ce livre qu'on écrit à son sujet. En outre, les rares intrépides qui se sont risqués à des recensions critiques ont eu tendance à tirer le propos dans des directions opposées. Pourtant le livre de Hélé Béji n'est pas un Ovni. Certaines des thèmes qu'elle développe nous sont familiers. Ainsi, l'idée selon laquelle c'est dans la contradiction entre le discours du colonisateur et sa pratique que le colonisé a tiré les moyens intellectuels de son émancipation est au moins aussi vieille que Jean-Paul Sartre. Cette autre idée, selon laquelle le mythe de l'authenticité culturelle peut servir d'arme aux mains de leaders populistes, est sans doute un peu plus récente, mais elle a déjà eu le temps de tourner au lieu commun. Pour prendre un exemple, le livre de Mario Vargas Llosa, « l'utopie archaïque » prophétisait, il y a plus de dix ans, les phénomènes Evo Morales et Hugo Chavez en Amérique latine. L'idée selon laquelle il est risqué de construire une identité collective sur la seule hantise, perpétuellement ressassée, des humiliations autrefois subies par ses ancêtres, n'est pas non plus bouleversante de nouveauté. Salman Rushdie et Naipaul ont bâti là-dessus, chacun à leur manière, une partie de leur oeuvre. Non, ce qui est nouveau et intrigant dans le livre de Hélé Béji, c'est la stupéfiante honnêteté et l'amertume avec laquelle son narrateur, « le décolonisé » confesse ses échecs.
De sa lutte victorieuse, de l'affirmation de sa souveraineté reconquise, devaient jaillir une scène politique nouvelle et libérée, une citoyenneté conquérante et joyeuse. En réalité, la fraternité de combat n'a pas débouché sur un regain du sens civique. Au contraire, « l'incivilité politique chronique » a engendré le « délabrement » omniprésent. L'Etat lui-même a « fini par ressembler à une chose importée ». Enfin, la montée des « partis religieux » signe l'échec de la tentative politique, le retour dans le giron protecteur de l'autorité traditionnelle.
Oui, le constat est bien sombre. Il rejoint par sa noirceur le « Portrait du décolonisé » d'Albert Memmi.
Mais, le livre de Hélé Béji, fondatrice du Collège de philosophie de Tunis, nous interpelle aussi, ici, quand il nous demande ce que nous avons fait de nos fameuses Lumières : comment le mythe du progrès a-t-il pu s'éteindre ? Comment notre liberté s'est étendue au point de se contredire ? En quoi nos fameuses démocraties sont-elles encore désirables ?
On le voit, on est bien loin des angles d'attaque proposés par les post-colonial studies. D'où l'idée de vous y confronter.
Invité(s) :
Hélé Béji, ecrivain et essayiste
Jacques Pouchepadass
Jean François Bayart, directeur de recherche au CNRS (SciencesPo-CERI)
Alain Ruscio
Thème(s) : Idées
Document(s)
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La situation postcoloniale : les postcolonial studies dans le débat français Presses de Sciences Po, 2007 -

