retour en haut de page
La Dispute

Revue de presse culturelle d'Antoine Guillot | 13-14

Syndiquer le contenu par Antoine Guillot Le site de l'émission
Chronique Revue de presse culturelle d'Antoine Guillot

du lundi au vendredi de 21h18 à 21h23

Ecoutez l'émission 5 minutes

Les théâtres ne sont pas des danseuses. Et pourtant, ça valse ! 4

05.05.2014 - 21:18 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

“Après le Théâtre de Paris en janvier 2013, a-t-on lu dans Le Parisien, le patron de Vente-privee.com, Jacques-Antoine Granjon, rachète, avec le producteur Richard Caillat, le Théâtre de la Michodière, dans le 2e arrondissement de Paris, où il compte développer l’humour et le one-man-show.” Inauguré en 1925, à deux pas de l’Opéra, rappelle Alain Beuve-Méry dans Le Monde, le Théâtre de La Michodière incarne, à sa façon, l’esprit du théâtre parisien, avec sa salle rouge et or de 700 places conçue par l’architecte Auguste Bluysen dans un style Art déco. Depuis sa création, la Michodière a toujours privilégié les comédies. Il s’agit surtout d’une très jolie opportunité pour M. Granjon. Les salles de spectacles sont des denrées rares à Paris et elles sont fortement convoitées par de grands groupes privés. […] En achetant des salles parisiennes, analyse Le Monde, M. Granjon prend le contrepied de tous ceux qui affirment que « la montée en puissance d’Internet conduit à une désincarnation inéluctable de la réalité humaine. Bien au contraire, un chanteur doit continuer d’aller sur scène et la production d’artistes demeure le nerf de la guerre », estime M. Granjon. Les théâtres parisiens ne sont pas « des danseuses, mais des marques prestigieuses », qui portent en eux de forts potentiels de développement.” Et les théâtres de province ? S’ils ne sont pas non plus des « danseuses », ça commence à valser sérieusement ici et là. “Drôle de climat à Roanne, constate ainsi notre confrère en Dispute René Solis dans Libération. Quatre jours après avoir repris son fauteuil à la socialiste Laure Déroche, en mars, le maire (et député UMP) Yves Nicolin a annoncé son renvoi à Abdel Sefsaf, le directeur du théâtre municipal. Et chargé la police d’aller porter, le 10 avril, la lettre de licenciement au domicile de l’intéressé. Dans son courrier, Yves Nicolin indique que « le poste de directeur de théâtre est un poste à temps plein incompatible avec l’exercice d’activités culturelles ou artistiques parallèles ». En clair, il reproche à Abdel Sefsaf d’être aussi acteur et metteur en scène ! Sans doute conscient que cet argument risque de manquer de poids juridique, Nicolin ajoute « l’illégalité » de l’arrêté municipal du 7 janvier qui nommait Sefsaf à la tête du théâtre et qui mentionnait le 19 novembre 2013 comme date de début de contrat. Une rétroactivité contraire au droit selon le maire, qui précise que c’est le sous-préfet de Roanne qui l’a « informé de cette entorse à la règle ». En contrepartie et « compte tenu de [sa] situation familiale », Abdel Sefsaf s’est vu proposer un contrat jusqu’au 4 juillet, « date du dernier jour de classe avant les vacances scolaires ». Ce limogeage fait des vagues. Le nouveau directeur, nommé en 2012 pour un premier contrat d’un an, avait augmenté le nombre d’abonnés et de spectateurs grâce à un projet prévoyant résidences d’artistes et créations. Un courrier signé notamment du Syndeac (le syndicat qui regroupe la presque totalité des directeurs de théâtres publics) rappelle au maire que « nombre d’artistes dirigent des théâtres » et conclut : « On ne traite pas un directeur de théâtre public de cette façon. » Dans une note au préfet de région, Jean-François Marguerin, directeur régional des affaires culturelles, récuse pour sa part les arguments avancés par le maire. Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes, a de son côté indiqué que le licenciement remettait en cause le label « Scène régionale » attribué au théâtre de Roanne et la subvention de 60 000 euros qui l’accompagnait.” Après cette éviction, “les professionnels de la culture ont l’œil rivé sur la carte de France, observe Clarisse Fabre dans Le Monde. D’autres points rouges y clignotent, avec plus ou moins d’intensité, comme le souligne Madeleine Louarn, la directrice du Syndeac. « On ne peut pas dresser une liste complète, car certains dossiers trouveront peut-être une issue favorable, au terme d’un « gentlemen’s agreement ». Il faut laisser le temps aux nouveaux élus de prendre leurs marques, certes, mais la situation est préoccupante comme jamais », résume-t-elle. La « vague bleue » des élections municipales de mars, qui a entraîné la victoire de nombreux élus UMP, va-t-elle se traduire par des réductions de subventions dans la culture, voire par une réorientation de la programmation de certaines scènes ? D’ores et déjà, quelques maires ont fait usage de méthodes inédites. C’est le cas à Saint-Etienne. L’Opéra Théâtre de la ville est dans le collimateur du nouveau maire, Gaël Perdriau (UMP). Il dénonce la gestion de l’équipe sortante socialiste [et annonce une enquête administrative avec suspension de leurs fonctions visant notamment] le directeur général adjoint des services de la ville chargé de la culture, le directeur des affaires culturelles et le directeur de l’Opéra Théâtre.” Et la journaliste du Monde de citer également Toulouse, où “le nouveau maire UMP, Jean-Luc Moudenc, étudie le dossier de La Machine, compagnie de François Delarozière, mondialement connue avec ses créatures géantes qui déambulent dans les métropoles”, ou encore le Forum du Blanc-Mesnil, dont le maire UMP Thierry Meignen juge la programmation “trop exigeante. Cette scène conventionnée, financée à 75% par la ville, a accueilli en résidence des artistes, dont certains sont devenus des auteurs emblématiques, tel Emmanuel Demarcy-Mota, actuel patron du Théâtre de la Ville et du Festival d’automne à Paris. Pour l’heure, les discussions entre le patron du Forum, Xavier Croci, et Thierry Meignen seraient constructives. A suivre…”

Thème(s) : Arts & Spectacles| Théâtre| vente-privee.com| Abdel Sefsaf| Jacques-Antoine Granjon| Théâtre de La Michodière| Théâtre de Roanne

4 commentaires

Portrait de Anonyme Anonyme08.05.2014

Il me semble avoir lu le même commentaire à la virgule près, mais sous un autre nom, à la suite de l'article sur le même sujet de Denys Laboutiere, sur mediapart...

Portrait de Anonyme Anonyme08.05.2014

Qui donc est ce "Reta Blisson" qui fait ici un copié collé des commentaires d'un Florian Nicolas polemiquant avec Denis Laboutiere sur un blog de médiapart ???

Portrait de Anonyme Reta Blisson 07.05.2014

“Je suis toujours aussi stupéfait de voir la mobilisation qu'il peut y avoir de la part de tout le milieu professionnel et syndicat y compris autour du départ prématuré d'un directeur de lieu comme si on découvrait le lien étroit qu'il peut y avoir entre politique et culture. L’affaire de Roanne est un épiphénomène qui me laisse un peu pantois. Je ne connais pas le directeur et artiste Abdelwaheb Sefsaf, mais je connais bien Anne-Marie Barret, ex directrice autodidacte qui n’a pas démérité dans sa fonction et ses tâches lors des 7 années passées à la direction de ce lieu. Pourtant, l’ancienne municipalité socialiste, l’a remercié avec pertes et fracas sans véritable motifs de fautes professionnelles. Avec comme seul motif un audit sur l’activité du théâtre effectué par la Nacre et relevant les absences des critères inscrits dans le cahier des charges des scènes labellisées par la Région.
Est-ce que cela a soulevé une vague aussi grande d'indignation de la part des mêmes personnes qui montent aujourd'hui cette affaire en épingle. La réponse est NON ! Est ce que cela a été repris par la presse lors des remerciements en décembre 2011 et dans le même département de la direction du Théâtre du Parc d'Andrézieux-Bouthéon, alors que le bilan était tout autant significatif du directeur alors aux commandes de ce théâtre municipal ? La réponse est NON ! Signalons tout de même au passage qu'Anne Marie-Barret a engagé une procédure contre l’ancienne municipalité afin de pouvoir réintégrer ses fonctions de directrice du Théâtre de Roanne et demande une indemnisation de 25000€ pour préjudice morale.
On lui demande maintenant d’assuré l’intérim pour la direction de ce lieu en attendant que les choses entre dans l’ordre. On apprend que la Région Rhône-Alpes vient de sanctionné par la suppression de la subvention du théâtre et de retirer par voies de conséquences le label de scène Rhône-Alpes.
Pure politique politicienne, qui ne fait que renforcer le sentiment d’appartenance et de clientélisme qui règne dans les rangs de la gauche socialiste locale. On peut d’ailleurs s’interroger sur les méthodes de la Région Rhône-Alpes dans l’attribution de ce label qui participe le plus souvent à la construction d’une reconnaissance institutionnelle et politique plus que professionnelle. Quoi qu’il en soit et bien que je déplore le départ prématuré de ce directeur car je connais suffisamment les enjeux et le temps nécessaire qu’il faut pour tout acte de création en générale,
Je pense qu’il saura rebondir chez ses amis de la Région Rhône-Alpes et que ceux là même lui trouveront un autre lieu à diriger où il saura mettre à profit tout son talent. La question que je me pose est pour quelle raison, dans ce pays, lorsque l'on porte un nom et un prénom à consonance maghrébine ont mobilise et on s'indigne avec autant de force dans les médias et pour quelle raison lorsque les patronymes sont d'origines françaises c'est le silence le plus totale.
J’ai toujours beaucoup de mal à ne pas réagir à ces points de vue et à la pensée dominante qui règne dans le petit monde de la culture au point de faire entendre aux lecteurs et auditeurs que la France est un pays raciste. Non la France n'est pas un pays raciste ! La preuve en est, c'est, quelle est capable de nommer un directeur de Théâtre aux origines étrangères pour faire entendre sa vision du monde. Mais elle est aussi capable de s'en séparer comme tout directeur de lieu soumis aux désidératas, d'élus peu intéressés par le fait culturel......
J’écris simplement et vous me pardonnerez cette simplicité !- qu’il y a toujours deux poids, deux mesures, des actes qui soulèvent l’ire générale du peuple : celui que l’on peut qualifier de « raciste », et d’autres, pourtant fort semblables sur le fond, qui, cependant, n’émeuvent pas le moindre citoyen, puisqu’il ne concerne pas un membre d’une minorité visible.
Toutefois, et je vous l’accorde volontiers, une injustice reste une injustice, d’autant plus intolérable que les choses sont assorties de violence, qu’on s’appelle Pierre, Paul, Jacques, Mamadou ou Abdel !

Portrait de Antoine Guillot Antoine Guillot07.05.2014

Il ne me semble pas que dans les réactions à l'éviction d'Abdel Sefsaf, la question du racisme ait été évoquée, en tout cas pas dans les articles que j'ai cités.

Bien à vous,

AG

Votre commentaire

Type the characters you see in this picture. (Vérification audio)
Tapez les caractères que vous voyez dans l'image ci-dessus : si vous ne n'arrivez pas à les lire, soumettez le formulaire, une nouvelle image sera générée. Il n'y a pas de distinction majuscule minuscule.