“La crise grecque a des répercussions inattendues, écrivait lundi dans La Croix le correspondant du quotidien à Athènes, Thomas Jacobi. Après le vol, toujours non élucidé, de trois œuvres, dont un Picasso et un Mondrian, en janvier dernier à la Pinacothèque d’Athènes où les voleurs s’étaient introduits en exploitant l’insuffisante surveillance du bâtiment, situé en plein centre de la capitale (je m’en étais fait l’écho il a tout juste un mois dans cette revue de presse), c’est une soixantaine de pièces anciennes en céramique, or et bronze d’une valeur inestimable qui ont disparu du musée d’Olympie dans le Péloponnèse. Le ministre de la culture, Pavlos Yeroulanos, a présenté sa démission. Selon les syndicats, la réorganisation de l’administration est à l’origine de ce vol. En raison de la crise de la dette qui frappe la Grèce depuis deux ans et un plan de rigueur draconien imposé au pays par ses créanciers, UE et FMI, le budget de la culture, à l’instar des autres dépenses publiques, a été considérablement réduit. « De nombreux musées ne sont plus gardés comme ils le devraient, explique Despina Katsouba, archéologue. On a fermé des lignes de bus dans les transports publics au nom de la rationalité et on a transplanté, sans aucune formation, et sans aucun financement supplémentaire, les chauffeurs de bus en gardien de sites archéologiques. Il est évident que ce type de mesure ne peut donner que de mauvais résultats », souligne-t-elle. Selon Thymios Kotzias, maire de la ville d’Olympie, c’est la première fois que le petit musée des jeux Olympiques, à ne pas confondre avec le musée du site d’Olympie, situé un peu en dehors de la ville, a été cambriolé. Vendredi matin, à 7h34, la première des cinq gardiens qui travaillent dans ce musée est arrivée, désactivant l’alarme en attendant ses collègues. Les voleurs armés l’ont neutralisée, ligotée et raflée ce qu’ils pouvaient en moins de dix minutes. Selon la police, ils sont partis avec une voiture qui les attendaient plus loin. Pour Despina Katsouba, ce musée devrait être gardé par au moins quinze personnes « mais il n’y a que cinq postes. Mais le plus grave est ailleurs. Il est impossible de se protéger contre une attaque à main armée. Le pays n’en a pas les moyens et les voleurs le savent. L’image de désorganisation totale du pays met en péril le patrimoine national ». Dans le passé, plusieurs petites églises avaient dû être fermées car elles étaient la cible de voleurs qui venaient les dépouiller de leurs icônes byzantines et de leurs objets de culte. « Si on ne les retrouve pas très vite, ces œuvres d’art finiront chez les collectionneurs privés et disparaîtront de la scène internationale ».“
C’est une autre crise, plus politique sans doute, qui frappe, à Paris, un établissement d’une toute autre importance. “Le musée Picasso est-il en voie d’implosion ?, se demande Vincent Noce dans Libération. La préoccupation est réelle au sein du gouvernement, après la décision de plusieurs responsables de quitter le navire. « C’est un mini-CMN », souffle un haut fonctionnaire, faisant référence aux déchirements du Centre des monuments nationaux depuis la reconduction d’Isabelle Lemesle. Avec une caractéristique similaire : dans les deux cas se retrouve au cœur de la controverse une personnalité qui s’impose sans partage sur son institution, ne craignant pas, au besoin, de bousculer les règles et les personnels.
Au musée Picasso, présidé par Anne Baldassari, c’est au tour d’Hervé Cassagnabère de jeter l’éponge. Nommé en 2010 directeur général de l’établissement, il a fait savoir qu’il comptait regagner le Conseil d’Etat. Ce jeune énarque n’a rien du protestataire rebelle. Décrit comme « doté d’un haut sens du service de l’Etat », il a été la plume et le conseiller culture de François Fillon, avant de se porter volontaire pour conduire la restauration de l’hôtel Salé, dans le Marais, qui abrite depuis 1985 les collections héritées de Pablo Picasso. La réouverture est prévue en 2013.
Avant Cassagnabère, le directeur financier avait, lui aussi, émis le vœu de quitter les lieux. C’est donc le cœur même du dispositif mis en place pour conduire cette opération de 45 millions d’euros qui est atteint.
Connue pour son tempérament explosif, Anne Baldassari a fait un peu de vide. Depuis qu’elle a repris la direction du musée en 2005, six conservateurs ont claqué la porte. Ses relations avec les autres établissements et musées dans le monde sont notoirement dégradées. Hervé Cassagnabère s’entendait bien avec elle, mais les conflits se sont récemment aggravés, après qu’il a dû apparemment rappeler la stricte observance des règles. « Anne Baldassari croit que son musée peut toujours être géré comme une petite épicerie. Elle a du mal à comprendre que, avec ces travaux et en devenant établissement public, il est passé dans une autre dimension », soupire un responsable, formulant l’espoir que « ces secousses vont s’apaiser avec le temps ». Reste que Frédéric Mitterrand lègue en fin de règne deux établissements en pleine crise.“, conclut Vincent Noce.
On ne sait l’effet que pourra avoir cet article, mais il semble qu’un précédent, du même auteur, ait été entendu. J’avais rapporté il y a 15 jours dans cette revue de presse la dégradation, par des sacripants, de la toile monumentale de Paul Signac, Au temps de l’harmonie, accrochée dans un discret escalier de la mairie de Montreuil où il n’était pas visible, ainsi que les doutes quant à la propriété municipale de cette toile, et cité la fin de l’article du journaliste de Libération : “Dans tous les cas, Au temps de l’harmonie serait plus à sa place dans un musée“. Le président du musée d’Orsay, qui a peut-être lu l’article, est en tout cas manifestement d’accord puisque, c’est toujours Vincent Noce qui nous l’apprend au détour d’un article, « Guy Cogeval a proposé, il y a deux semaines, devant une commission parlementaire d’accueillir l’œuvre de Paul Signac, aux côtés des autres tableaux du peintre pointilliste et de son ami Maximilien Luce. La solution semble de bon sens, triomphe presque Vincent Noce. Le musée reste toutefois extrêmement prudent, l’œuvre n’appartenant pas aux collections publiques. Il entend de surcroît garder sa neutralité après les révélations de Libération, soulignant que cette composition clé n’appartiendrait pas à la municipalité, mais à la famille de l’artiste.“ Ceux qui ont écouté cette revue de presse la semaine dernière comprendront d’autant mieux la prudence du musée d’Orsay : j’y avais rapporté la contestation que lui-même subit quant à la propriété d’un autre tableau, A la direction de « La République française », d’Henri Gervex. A suivre, là encore…
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