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La Dispute

Revue de presse culturelle d'Antoine Guillot

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Chronique La Revue de presse culturelle d'Antoine Guillot

du lundi au vendredi de 21h20 à 21h25

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Sexe, statuettes et eau gazeuse

07.02.2012 - 21:20 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

La rumeur courait depuis quelques mois, ça semblait trop gros pour y croire, d’autant qu’il y avait eu démenti : “Abel Ferrara préparerait un film sur l’« affaire DSK » avec Gérard Depardieu dans le rôle principal et Isabelle Adjani dans celui de son épouse. Le cinéaste new-yorkais vient pourtant de la relancer, nous informe Isabelle Régnier dans Le Monde. A la veille de la sortie américaine de 4:44 Last Day on Earth, dont la révélation, lors du dernier festival de Venise, a marqué son retour aux affaires après une traversée du désert qui l’a maintenu cinq ans loin des plateaux de tournage, il est à Paris pour la promotion de Go Go Tales. Revenu des enfers de la drogue et de l’alcool, carburant au cocktail Badoit-Perrier (elle est là, l’information la plus étonnante de ce papier !), il annonce gaiement qu’il tournera en juin, pour se caler sur les disponibilités de Gérard Depardieu. Le film se déroulera à Paris, à Washington et à New York – « dans tous les spots de pouvoir, en fait, explique Ferrara : c’est un film sur des gens riches et puissants. »

 

Abel Ferrara en interview ©Nicole Brenez

A en croire Vincent Maraval, fondateur de la société Wild Bunch et producteur de 4:44 Last Day on Earth, rien n’est fait. « C’est vrai qu’on aimerait qu’Abel tourne en juin, mais il a quatre projets en tête, et nous n’avons pas encore arrêté notre choix. » L’assertion a le mérite de bien faire rire le cinéaste : « Vincent ne veut pas parler de ce projet, c’est normal, c’est le producteur. Mais je suis le réalisateur ! Personne ne va m’empêcher de parler de mon film. » Si incongru qu’il paraisse, le projet n’est pas absurde si on le regarde sous l’angle de la chute, ou sous celui de l’addiction, deux motifs qui façonnent en profondeur l’œuvre de celui qu’on a longtemps appelé « l’ange noir du cinéma américain. » Dominique Strauss-Kahn n’est pas seul à incarner cette connexion entre pouvoir politique et boulimie sexuelle, souligne Ferrara, qui cite l’ancien président Bill Clinton, et d’autres affaires américaines plus récentes comme celle du député démocrate Anthony Weiner ou encore d’Herman Caine, un temps candidat républicain à l’investiture pour la présidentielle de 2012.

Dans l’« affaire DSK », il y a plus, admet-il, à commencer par le numéro de la chambre du Sofitel d’où le scandale est parti : « C’est la même chambre que celle où j’ai tourné New Rose Hotel. La 2806… Une de ces chambres où il se passe de sales trucs… »

Et Gérard Depardieu ? Il ne l’a vu que dans un ou deux films, mais l’a rencontré à Deauville en septembre 2011, par l’entremise de Vincent Maraval. « Je le trouve génial, s’enthousiasme Ferrara. Il pense, il sent les choses, il est là, totalement. Il est tout ce qu’un cinéaste peut attendre d’un acteur. » Le scénario est déjà écrit, nourri de ce qui a pu sortir dans la presse autant que de ses propres sources. « J’ai mes flics à moi », dit-il, mi-énigmatique, mi-clownesque, avant d’insister (pour faire plaisir à son producteur ?) sur le fait que son film sera une fiction, pas une retranscription fidèle des minutes de l’affaire. « Ce sera un film sur la politique et le sexe avec Depardieu et Adjani. Autant dire que ce sera tout autant un film sur eux deux. »

Gérard Depardieu, les Etats-Unis, un scandale sexuel, ça ne vous rappelle rien ? “En 1991, rappelle Phalène de la Valette dans Le Figaro, l’oscar avait échappé à Gérard Depardieu, nommé pour Cyrano de Bergerac. Le magazine Time avait cru pouvoir révéler aux Américains que Depardieu avait participé à un viol à l’âge de 9 ans. Il n’en était rien. Il s’agissait en fait d’une erreur de traduction mais le mal était fait.“ La journaliste y voit entre les lignes, comme ses confrères, les raisons du peu d’empressement des producteurs d’Infidèles à s’opposer à la décision de l’afficheur JC Decaux, suite à des plaintes contre une « image dégradante de la femme », de remplacer les affiches du film. Vous avez sans doute eu le temps de les voir, ces deux affiches : sur l’une, Jean Dujardin, de face, tient deux jambes dénudées d’une femme la tête en bas, et dit : « Je rentre en réunion. » Sur l’autre, Gilles Lelouche lance au téléphone « Ça va couper, je rentre dans un tunnel », tandis que, vue de dos, une femme ne montre que ses deux mains sur son torse et sa chevelure au niveau de sa braguette. Comme l’explique la journaliste du Figaro, ce grand moment de subtil humour publicitaire “risque d’avoir un effet collatéral bien plus fâcheux. L’histoire pourrait écorner l’image de Jean Dujardin dans un pays beaucoup plus strict en matière de représentation sexuelle : les Etats-Unis. The Hollywood Reporter a d’ores et déjà raconté l’affaire sur son site Internet.“

Il faut dire que les oscars et autres statuettes dorées ont tendance à favoriser le dérapage plus ou moins contrôlé. Ainsi de l’heureux producteur de The Artist, film déjà multi-récompensé outre-Atlantique, en attendant le 26 février, Thomas Langmann, lui-même récipiendaire à Los Angeles du prix Darryl F. Zanuck décerné par le Syndicat des producteurs américains. Producteur heureux, donc, mais qui a toujours en travers que son film n’ait bénéficié d’aucune aide du Centre national du cinéma, le CNC. « Je trouve que l’avance sur recettes est gérée de manière honteuse […], c’est un dispositif créé avec un objectif de retour sur investissement qui, depuis des années, ne peut présenter qu’un retour très faible, de 13% aujourd’hui », s’est-il énervé dans un entretien au Film Français. “Au cas où le message n’était pas bien passé, note Didier Péron dans Libération, il a enfoncé le clou dans les colonnes du Journal du Dimanche : « On n’a eu aucune aide de la France. Même pas l’avance sur recettes. Ils nous ont dit qu’on ressemblait à un « film bling-bling » […]. Cette avance est en fait une subvention. Et ils sont incapables de récupérer 10% de ce qui est investi. […] C’est un comité de copinage qui pense devoir donner de l’argent à des films qui, sans eux, n’ont aucune chance de se faire. »Des propos très modérés, finalement, si on les compare à ceux de Matthieu Kassovitz, vexé de la seule nomination aux césars de son film L’Ordre et la Morale, dans la catégorie « meilleur scénario adapté ». Sur son compte Twitter, recopié par Libération, il a déclaré : « Une seule nomination aux césars. J’encule le cinéma français. Allez vous faire baiser avec vos films de merde. » Puis a précisé sa « pensée » (si l’on peut dire) : « Je m’en fout (sic) des césars. Je n’y ai jamais mis les pieds. Je suis juste choqué par le manque d’intérêt. Je devrais faire des films plus simple (re-sic). »

On serait Thomas Langmann ou Matthieu Kassovitz, on essaierait le cocktail Badoit-Perrier d’Abel Ferrara, il paraît que ça fait beaucoup de bien…

Thème(s) : Arts & Spectacles| Cinéma| Abel Ferrara| Césars| Cesars| Dominique Strauss-Kahn| Gérard Depardieu| Isabelle Adjani| Jean Dujardin| Matthieu Kassovitz| Oscars| Thomas Langmann