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Espagne : hôpitaux à vendre

28.12.2012 - 07:24 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

Dans sa revue de presse internationale, Marine de la Moissonière propose un éclairage sur la grève des personnels médicaux de la Communauté de Madrid. 6 hôpitaux et de 27 cliniques vont être privatisés. L'année prochaine, 1,5 millions de Madrilènes devront se soigner dans le privé.

 

Manifestation à Madrid contre la privatisation des hôpitaux - "politique libérale, adieu à la sécurité sociale" M. de La Moissonnière © Radio France

"Je m'appelle Belén Padilla. Je travaille à l'hôpital Gregorio Marañón. Je vous apporte ma démission." Cette scène s'est passée hier matin, au Collège des médecins de Madrid. C'est El País qui la raconte. Comme 150 médecins, Belén Padilla a décidé de ne plus faire partie d'aucune commission, ni d'aucun comité technique. Des comités auxquels elle appartenait pourtant depuis 20 ans.


Pourquoi démissionner alors ? Pour protester contre la privatisation de 6 hôpitaux et de 27 cliniques, dans la Communauté de Madrid. Un décision approuvée hier, par le Parlement madrilène, et qui devrait officiellement permettre de faire 200 millions d'euros d'économies, rapporte El País qui fait les comptes. Ce sont environ 1,5 million de personnes qui seront soignées par le privé à partir de l'an prochain.

Les deux mois de bataille depuis l'annonce du projet n'y auront rien fait. Deux mois que relate le quotidien espagnol. Deux mois marqués par d'innombrables manifestations - les fameuses "marches blanches" - par des pétitions, des grèves générales, des réunions inutiles avec le gouvernement régional. Deux mois marqués aussi par la démission des équipes dirigeantes dans les hôpitaux et les cliniques concernés, et par la fermeture de l'hôpital La Princesa de Madrid qui refuse de devenir un centre spécialisé pour personnes âgées.

 

La mobilisation des blouses blanches n'a pas fléchi les politiques

 

Cette semaine, médecins et infirmières entrent dans leur 2e mois de grève. 40 000 consultations ont été annulées depuis le début du mouvement, 6 000 opérations reportées, détaille El País. Il n'y a bien que les urgences et le service d'oncologie qui fonctionnent sans problèmes. Mais la mobilisation des blouses blanches n'a pas fait fléchir les politiques.

"Y ahora qué ?". "Et maintenant ?", s'interroge José Luis de La Serna, dans El Mundo, qui s'inquiète pour l'avenir de la santé espagnole. Qui va reprendre les hôpitaux, se demande-t-il, alors que la situation aujourd'hui est "surréaliste".  Cela fait au moins 20 ans que l'on sait qu'un système de santé 100% public n'est pas viable, écrit José Luis de La Serna. Mais le changement aurait dû se faire progressivement.

 

Manifestation à Madrid devant le ministère de la SantéM. de La Moissonnière © Radio France

Le conflit a crée une rupture sans précédent entre le personel hospitalier et les politiques. "Il y a quelques années, nous étions la fierté du pays. Aujourd'hui, nous sommes décevants (...) des menteurs et même des fainéants", explique Fatima Brañias, porte-parole de l'Afem, le syndicat à l'origine de la grève, dans les colonnes d'El País. Et de poursuivre : " La relation de confiance a été rompue et ce n'est pas de notre faute. Nous ne pouvons pas collaborer dans ce climat. Nous sommes contre ce plan qui signifie le démantèlement de la santé publique. Nous ne voulons pas participer à cela."


Comment donc dans ces conditions imaginer ces médecins travaillant pour une entreprise privée ? Comme l'écrit José Luis de la Serna, toujours dans El Mundo, "une grave fracture s'est produite entre la majorité du corps médical et la compagnie pour laquelle ils travaillent. Aucune entreprise ne peut survivre sans séquelles à un divorce aussi brutal et traumatisant entre employés et patronat."

 

L'essor de la "santé privée" en Grande-Bretagne

 

Et si la solution venait d'ailleurs du coup ? De Grande-Bretagne par exemple. Comme le raconte le Wall Street Journal, cela fait deux ans et demi que Richard Branson, le patron de Virgin, investit dans la santé publique. Ou santé privée. On ne sait plus vraiment comment l'appeler. "Le National Health Service se tourne de plus en plus vers le secteur privé pour faire des économies et améliorer ses prestatations", explique le quotidien. Mais qui dit secteur privé dit profits. Et cela fait grincer des dents outre-Manche.

Mobilisation à l'hôpital 12 de Octubre de Madrid M. de La Moissonnière © Radio France

La santé publique qui est dans un piètre état en Grande-Bretagne, ne devrait pas répondre à des enjeux commerciaux, dénoncent les détracteurs du milliardaire. "Les multinationales font des profits en dégradant les conditions de travail de leurs employés et en réduisant certains services", déplore Jacky Davis, un radiologue opposé à l'empire Virgin. "Les patients sont toujours les perdants."
Réponse de Virgin : le service de santé en Grande-Bretagne fonctionne tellement mal qu'il y a largement de quoi améliorer les services, tout en générant des bénéfices. Au final, les patients y gagnent ; ceux qui payent des impôts aussi. Et Virgin Care dans tout cela ? Impossible de savoir combien la filiale santé de Richard Branson gagne.

 

Envoyer ses malades à l'étranger


Voilà donc pour l'option privatisation choisie par l'Espagne. Il reste une autre solution : envoyer ses malades à l'étranger. C'est ce que fait l'Allemagne, comme l'explique la correspondante du Guardian à Berlin, Jane Connolly. Les personnes âgées, notamment celles qui sont malades, sont envoyées en Asie et en Europe de l'est. Cela coûte moins cher. Il faut compter 2900 à 3400 euros par mois pour une maison de retraite en Allemagne. Une somme que 400 000 personnes n'ont pas les moyens de payer, rapporte The Guardian.

Du coup, de plus en plus d'Allemands partent. Ainsi près de 7200 Allemands vivaient dans des maisons de retraite en Hongrie en 2011, 3000 en République tchèque, 600 en Slovaquie. Mais il en a aussi en Grèce, en Ukraine, en Thaïlande, aux Philippines et... en Espagne ! The Guardian a pu parler avec quelques uns d'entre eux. Certains se disent mieux traiter que dans leur propre pays où les médecins manquent, et où on ne prenait pas vraiment soin d'eux.

 

Marine de la Moissonière

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