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Le projet de loi sur l'avortement divise l'Espagne

24.12.2013 - 07:25 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lecture

PAR LUDOVIC PIEDTENU

"C'est un retour à la loi de 1985", écrit le quotidien espagnol ABC "mais qui, selon le journal conservateur, donnera plus de garanties."

"Elle éliminerait en tout cas la loi votée par les socialistes en 2010 qui autorise l'avortement jusqu'à la 14ème semaine de grossesse."

En Espagne, le projet de loi du gouvernement Rajoy sur la table depuis vendredi "suscite le rejet de tous ou presque", poursuit le journal, citant "l'opposition, les syndicats, les organisations féministes, et pour d'autres raisons des ultra-conservateurs jusqu'à la conférence épiscopale."

El Pais parle même ce matin de "schisme entre catholiques."

"C'est l'un des points les plus controversés du programme électoral du Parti Populaire" précise le quotidien ABC.

"Paradoxalement, résume le journal catalan La Vanguardia, ni les pro-vie, ni ceux en faveur du droit à l'avortement ne tombent d'accord sur la nouvelle loi : certains la considèrent insuffisante, d'autres restrictive et arbitraire".

"Nous ne sommes pas face à un projet parfait", reconnaît pour sa part le quotidien conservateur et catholique La Razon "mais la réalité est que ce texte est un véritable engagement envers la vie."

El Pais, vent debout contre ce projet, parle d'un "retour au passé" et publie ce matin le deuxième courrier de ce genre écrit par un neurochirurgien Javier Esparza au ministre de la justice Ruiz-Gallardon, responsable de ce projet de loi. "Personne n'a le droit, écrit-il, d'obliger quelqu'un à souffrir en vertu de ses croyances".

Toujours à la rubrique Opinion de ce journal le plus lu en Espagne, ce matin, une tribune d'une soixantaine de femmes qui donne "dix raisons pour ne pas changer la loi sur l'avortement".

Pour elles, "le moment social, économique et politique n'est pas le plus approprié pour l'empirer. L'Espagne traverse des mauvais moments et utiliser l'avortement, alors que des femmes souffrent tant, comme une monnaie d'échange pour plaire aux pans les plus conservateurs de son électorat, n'est pas juste envers les femmes et la société."

Première raison invoquée : "parce que l'actuelle loi fonctionne".

"Il n'y a pas eu, contrairement aux prophéties, après la loi de 2010, une augmentation notable du nombre d'avortements."

Argument que met en avant le très engagé journal de gauche Publico qui évoque ce sujet en parlant d'une "contre-réforme" : "le nombre d'avortements pratiqués en 2012 baisse dans toutes les provinces par rapport à l'année précédente, exceptée l'enclave espagnole de Ceuta au Maroc avec 58% de hausse."

"Le chiffre global pour le pays est en baisse de 5% avec 112 390 interruptions volontaires de grossesse, majoritairement pratiquées en Andalousie, en Catalogne et à Madrid."

La tribune de femmes espagnoles dans El Pais évoquait une démarche électoraliste. C'est l'attaque faite par le leader du PSOE, le parti socialiste. Rubalcaba accuse le gouvernement de "changer la liberté des femmes pour une poignée de vote de l'extrême-droite."

"Il promet d'utiliser tous les moyens pour empêcher que cette loi ne soit approuvée par le Parlement."

Le débat est vif. Et de l'autre côté des Pyrénées, il ne vaut mieux pas s'y immiscer. Ce à quoi s'est risqué la Ministre française des droits des femmes et porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem en parlant dimanche de "recul en matière du droit à disposer de son corps".

Le journal conservateur ABC y a vu "une intrusion intolérable dans la politique d'un autre pays. Hollande doit la désavouer immédiatement" pouvait-on lire hier dans ce quotidien.

Mais à l'intérieur même du parti populaire, certains expriment une autre vision. C'est le cas de cette député conservatrice à l'Assemblée de Madrid qui écrit dans Publico et qui tient à rappeler tant le code civil que la constitution espagnole. Petite mise au point sur l'existence ou non "d'une personnalité juridique pour le foetus" et démontre ainsi écrit-elle "toute la contradiction et le côté irrationnel de cette loi."

Le projet prévoit, rappellons-le, de n'autoriser l'avortement qu'après un viol, ou s'il y a un risque réel pour la vie de l'enfant à naître. Ce n'est pas le cas d'une trisomie par exemple, peut-on lire dans les journaux espagnols. Cela ne peut pas être qu'une incapacité ou un handicap. La loi prévoit aussi pour les mineures âgées de 16 ans le rétablissement de l'autorisation parentale pour pratiquer une IVG.

Pour cette députée madrilène, "les femmes le feront quoiqu'il arrive, quitte à prendre des risques sanitaires, ou bien à se rendre dans l'un des 20 pays d'Europe où l'on peut pratiquer une IVG. Uniquement, précise-t-elle avec amertume, pour celles qui en auront les moyens." Et de conclure, "les femmes, elles, ont une personnalité juridique et sont des sujets de droit selon nos lois. On ne peut pas aménager les normes civiles en se basant sur des croyances religieuses. Cela nous scandalise quand des pays font d'une norme religieuse, la charia, un code de droits pour les citoyens. Dans les pays démocratiques et développés, conclut-elle, le droit est dirigé par la raison, la culture sociale du moment et les demandes des citoyens. Le contraire nous convertit en véritables talibans."

Il y a une personne qui ne s'est pas encore exprimé sur le sujet dans le pays. Le Roi.

Comme tous les 24 décembre, il s'adressera aux espagnols ce soir à la télévision.

Thème(s) : Information| Europe| Politique| Presse Ecrite| Société| avortement| Espagne| IVG