En partenariat avec la revue Sciences et Avenir
Le 14 avril dernier, le volcan islandais Eyjafjöll entrait en éruption et le nuage de cendres qu’il a propulsé dans l’atmosphère a paralysé le trafic aérien en Europe. Entre le 15 et le 21 avril, plus de 10 000 vols ont été annulé en Europe ce qui a immobilisé environ 10 millions de passagers. La perte financière, pendant ces 6 jours, est estimée à 1,7 milliard de dollars dans le monde, dont 850 millions de dollars de manque à gagner pour les compagnies aériennes. Ces perturbations considérables étaient dues au fameux nuage de cendres. Outre de la lave et des gaz comme de dioxyde de souffre, le panache issu du volcan islandais comprenait des particules solides dont les plus fines sont inférieures à 10 microns et peuvent être inhalées.
Pour l’aviation, le danger provient de l’introduction des particules abrasives dans les moteurs où la chaleur des réacteurs les fait fondre et se coller dans la partie arrière où elles peuvent boucher la sortie d’air. Résultat : le moteur s’arrête de fonctionner. Environ 90 avions au cours des 30 dernières années ont rencontré des problèmes dus à des nuages de cendres volcaniques. Le cas le plus grave a été celui d’un vol de la British Airways en 1982 lors de l’éruption du volcan indonésien Galunggung. Le Boeing 747 avait alors perdu ses quatre réacteurs lors de la traversée du nuage de cendres et chuté de 4000 mètres. Il n’avait pu atterrir d’urgence à Jakarta que grâce à un redémarrage des moteurs grâce à la traversée d’une nappe d’air non pollué.
L’éruption du volcan indonésien Pinatubo, en 1991, avait entraîné plus de 40 incidents sur des avions. Cette année, en revanche, l’arrêt du trafic aérien a évité tout problème de moteur. Et même les avions qui ont volé, sans passagers, pendant que le nuage était présent, n’ont pas été gêné par les cendres. Une fois de plus, le principe de précaution a été invoqué à tort à la place du principe de prévention. Par ailleurs, le nuage islandais a révélé des carences très importantes et surprenantes dans la capacité de mesure du danger réel pour le trafic aérien.
L’éruption
du volcan Eyjafjöll était-elle prévisible ?
Celle de son voisin, le Katla,
est-elle à craindre ?
Pourquoi n’a-t-on pas pu mieux mesurer le risque réel
pour l’aviation ?
Quels autres volcans dans le monde pourraient
prochainement émettre un tel nuage de cendres ?
En France, outre le volcan
de la Fournaise à La Réunion, ceux de l’Auvergne pourraient-ils se réveiller ?
Avec Georges Boudon, volcanologue et physicien (Institut de Physique du Globe de Paris), Dominique Leglu, directrice de la rédaction de la revue Sciences et Avenir, Jean-François Lenat, volcanologue et physicien (Observatoire de Physique du Globe de Clermont-Ferrand), Vincent-Henri Peuch, ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussée, responsable de l’équipe de recherche en chimie atmosphérique de Météo-France
La carte du nuage de cendres émis par le volcan islandais (18 avril 2010) ©Metoffice







