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 Science publique

Science publique│11-12

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Emission  Science publique

le vendredi de 14h à 15h

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Enseignement et vulgarisation sont-ils menacés par un illettrisme scientifique? 12

25.11.2011 - 14:00 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureaudiovideo

M. Alberganti, M-F Chevallier Le Guyader, H. Wismann, J-M Monteil, D. Miraton, M. Girel Olivier Dargouge©Radio France

Régulièrement, l’information est reprise par les médias : 15% des élèves qui entrent en sixième  ne savent pas vraiment lire et 25% ont de graves lacunes dans ce domaine. On peut entendre par ailleurs qu’un tiers des Américains ne croient pas à la science. Outre-Atlantique, de nombreux parents d’élèves réclament ainsi l’enseignement, à égalité, de l’Intelligent Design et de la théorie de l’évolution de Darwin. En France, comme dans de nombreux pays dits développés, les filières scientifiques attirent de moins en moins les étudiants qui leur préfèrent des voies moins difficiles et aux perspectives plus rémunératrices. De tels choix relèvent, bien entendu de multiples considérations, mais on peut se poser la question d’une sorte de rupture de communication entre le grand public et la science. Notre partenaire, l’IHEST, est allé jusqu’à poser la question d’un illettrisme scientifique, thème de son université d’été de cette année, organisée à Gréoux-Les-Bains.

L’hypothèse d’un illettrisme scientifique fait débat dans la mesure où, face aux indicateurs dont je viens de rappeler certains, il en existe d’autres qui délivrent un message opposé. Les livres de science continuent à être largement imprimés et vendus. Les lieux de vulgarisation scientifique, tels que de ceux d’Universcience, pas plus que les expositions qu’ils organisent, ne souffrent de désaffection. La Fête de la Science attire chaque année un large public et l’audience des émissions scientifiques de Radio France, sur France inter et France Culture, révèlent un appétit intact du public pour les questions de science, parfois même les plus pointues. Nous en faisons régulièrement l’expérience avec Science Publique.

L’illettrisme scientifique est-il une réalité sociologique ou bien s’agit-il d’une perception biaisée par d’autres facteurs qu’une incapacité du public à comprendre la science actuelle ?

Si ce phénomène existe, quel rôle joue l’enseignement dans son développement et se distingue-t-il d’un illettrisme ordinaire ?

Quelles sont les responsabilités des scientifiques eux-mêmes dans les difficultés que peut rencontrer le grand public face à la vulgarisation de la science ?

La défiance de la population vis-à-vis des impacts de la science sur la société est-elle alimentée par une incompréhension du travail des chercheurs ou bien révèle-t-elle, au contraire, qu’elle en saisit fort bien les limites et, de ce fait, qu’elle est sensible aux risques de dérapage de leurs applications ?

Enfin, comment améliorer la relation entre science et société à travers le perfectionnement d’un langage commun permettant de lutter contre l’illettrisme scientifique ?

Avec Marie-Françoise Chevallier Le Guyader, directrice de l’IHEST, Mathias Girel, maître de conférences, Ecole normale supérieure (ENS Paris), conseiller technique de l’IHEST, Didier Miraton, ancien gérant du groupe Michelin, Jean-Marc Monteil, professeur au CNAM, Chaire des sciences du comportement et applications, Heinz Wismann, philosophe et philologue, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Les questions du Public du studio 106 :

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Thème(s) : Sciences| Ecole| Education| Sciences

12 commentaires

Portrait de Anonyme Olivier15.12.2011

L'IHEST a organisé le 30 novembre 2011 à Clermont Ferrand une rencontre publique "Les médias et la science : enjeu démocratique, enjeu de puissance"
Développer une approche critique de l’information scientifique représente une condition nécessaire à la tenue de débats publics équilibrés qui puissent servir de fondement démocratique à l’évolution de la société. Comment la place de l’information scientifique et technique dans les médias évolue-t-elle cet égard, à l’échelle nationale comme dans la presse régionale ? Comment former les futurs journalistes à une information scientifique de plus en plus dense et complexe et comment attirer des jeunes à ce métier dans un monde où tout semble accessible sur les réseaux ?
Demain, avec la multiplication des outils numériques et des réseaux, quels seront les vecteurs privilégiés de l’information, que deviendront les métiers de la presse et quelle place les médias “généralistes ” donneront-ils à l’information scientifique et technique dans leurs stratégies de développement, de puissance ?
Cette rencontre organisée en partenariat avec le groupe de presse Centre France, la fondation Varenne et le Conseil économique, social et environnemental de la région Auvergne a été enregistrée, vous pouvez la visionner intégralement à l'adresse suivante : http://webcast.in2p3.fr/events-les_medias_et_la_science_enjeu_democratiq...

Portrait de Anonyme Pascal Lapointe08.12.2011

Ça ne répondra qu'imparfaitement aux doléances de M. Laigle, mais je crois que vous serez heureux de savoir que, dans le milieu journalistique, il se fait une (petite) réflexion sur le côté dépassé du modèle du déficit de connaissances. Peut-être parce que, par leur environnement intellectuel, les journalistes sont plus près des chercheurs en communication que des scientifiques? http://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2011/03/02/scientifiques-journalis...

Portrait de Anonyme Guillaume Laigle29.11.2011

Bonjour Moebius (Hommage à Maître Giraud ou au non moins magistral Auguste-Ferdinand Möbius ;) )

Je reconnais que le deficit model a bien été évoqué pour être écarté.

Toutefois, étant "de la partie", je crois reconnaître - comme le disait Rostand "on ne peux jamais que croire et toute la différence est là: entre ceux qui savent qu'ils croient et ceux qui croient qu'ils savent" - un déni de ce modèle mais pas encore d'acceptation de ce que ce déni implique.

En effet, les prescriptions de solution que j'ai pu entendre appartiennent typiquement aux tenants du deficit model: ces solutions sont définitivement scientifico-centrées, c'est-à-dire qu'elles partent des attentes du milieu scientifique - il faudrait que le public connaisse mieux le fonctionnement de la science, des labos, que le public connaisse mieux l'histoire des sciences, etc... - et ne prennent aucunement en considération les attentes du public, notamment la réduction de l'insécurité discursive du monde savant sur leurs propres savoirs. En somme, l'opposition caricaturale de "la science contre l'opinion" comme aimait à l'écrire la philosophe des sciences Bernadette Bensaude-Vincent.

A titre de réflexion, je trouve contradictoire, pour ne pas dire indécent, que le milieu scientifique se scandalise du refus du "temps long" de la science, lorsque la technoscience refuse le "temps long" du principe de précaution. Je pense que les invités raisonnent encore sur ce point avec l'opposition "science fondamentale/science appliquée" qui n'est qu'un modèle idéologique historiquement construit. Par ailleurs, lorsque la société scientifique se pose d'emblée comme "experte", coupant la parole aux représentants de "la société civile" au nom de leur ignorance, peut-on reprocher alors au public une attitude visant à demander aux scientifiques des certitudes puisqu'ils sont "si savants" ? La communauté scientifique récolte malheureusement ce qu'elle a semée depuis plusieurs siècles (voir notamment les travaux de Dominique Pestre et consorts). Qu'elle ne le reproche pas au seul public ce qu'elle a elle-même mis en branle...

A ce que j'ai pu entendre, la seule perspective laissée au public est celle de recevoir un discours moins complexe, plus sous forme de récit. Une vision bien réductrice, généralement proposée par des gens qui n'ont jamais fait de médiation scientifique avec un public réellement réfractaire à la science (je peux vous assurer que ce genre d'expérience, qui pour ma part a failli finir à l'hôpital, changent radicalement les points de vue).
Le vocabulaire laisse à croire que les invités sont toujours enfermés dans le paradigme "science ET société", et ne sont pas passés dans celui de "science EN société". Cette nuance est d'importance puisque, dans cette perspective, les modalités discursives peuvent être envisagées de manière beaucoup plus complexe et s'approcher d'avantage de la réalité communicationnelle et sociale.

Mon propos reste de considérer comme dommage de ne pas avoir invité des spécialistes de la communication des sciences - la "science communication" comme on l'appelle dans le monde anglosaxon est devenu un champ de recherche à part entière, marqué par une forte et riche multidisciplinarité dont j'ai déjà précisé quelques acteurs - sur un sujet pour lequel ils ont, ma foi, une légitimité appréciable et qui auraient offert un panorama plus large, sans doute plus pertinents en exposant pourquoi pas d'autres modèles (je n'en ai exposé que deux supplémentaires, mais il y en a d'autres), en proposant des questionnements plus ciblés qui auraient permis de dépasser l'habituel discours sur les insuffisances de vulgarisation ou d'enseignement.

Mais il est vrai que les médias ont pour objectif principal de combler l'espace-temps de leur support : course au temps qui ne permet pas forcément d'avoir le bon invité sur le bon sujet au bon moment. "On fait avec".
L'émission de M. Alberganti reste néanmoins une des rares à proposer un questionnement sur la science en société (je tiens vraiment à cette expression).

Cordialement

Portrait de Anonyme FabriceN28.11.2011

Que cette conférence ait lieu sur France Culture, la chaîne qui par ailleurs diffuse l'émission de pseudo-sciences et d'anti-sciences "Terre à Terre", celle du pseudo-philosophe roi du paralogisme "Réplique", et qui abrite le dernier bastion militant de la psychanalyse, ne manque tout de même pas d'un certain sel.
J'aime beaucoup France-Culture, notamment à l'heure des infos, mais à côté des interstices scientifiques comme celui-ci, cette radio a elle même un certain problème avec la science... parfois issu de la tradition journalistique française (plutôt de cursus littéraire, d'où peut-être l’illettrisme en sciences voire l'anumérisme des grands médias), parfois de l'air du temps (dans la démagogie du "tous experts / élite corrompu" autour de la mouvance écologisante, autre pan de détricotage de la raison scientifique), parfois avec ses spécificité propres (via la présence de chapelles disciplinaires).
Bref, j'apprécierais que FC se saisisse de la question pour interroger ses propres pratiques.

En guise de B-A BA pour attaquer l'anumérisme, je ne saurais trop recommander l'excellent ouvrage "plus vite que son nombre - déchiffrer l'information" (au Seuil), susceptible de donner envie aux journalistes comme au grand public de commencer à comprendre, et sans doute d'aller plus loin.

Portrait de Anonyme Moebius27.11.2011

Contrairement à ce qu'évoque un des commentateurs plus haut, il me semble que le "modèle du déficit" a bien été évoqué pour être écarté et repoussé et qu'une bonne partie des réflexions consistait justement à critiquer cette notion d'illettrisme scientifique, avec tous les présupposés qu'elle charrie.

Portrait de Anonyme Guillaume Laigle26.11.2011

Bonjour Michel

Cela me coute toujours beaucoup de ne pouvoir ni assister aux émissions, ni de les écouter en direct (à l’exception de la dernière, profitant d’une heureuse opportunité) : conserver une vie professionnelle dans le milieu médiatique en tentant de développer une activité académique de recherche ne me le permet pas. Mais heureusement qu’il y a les podcasts et le site internet (merci Radio France) !

Quant à apporter des lumières, pour reprendre votre expression sans doute inspirée par mon prétendu regard éclairé, je n’en ai aucunement la prétention : tant de chercheurs travaillant sur ce sujet en sciences de l’information et de la communication, ou en didactique, sont bien plus légitimes et mériteraient, eux, d’être écoutés !

Mon billet n’avait de prétention que de signaler le paradoxe qu’il y avait à inviter uniquement des chercheurs qui cherchent visiblement à promouvoir la science – auquel cas on se limite souvent à des modalités prescriptives porteuses d’une certaine mythologie (au sens de Barthes, c'est-à-dire transport de valeurs idéologiques cachées) de la vulgarisation / la transmission des savoirs, rarement interrogée par les acteurs eux-mêmes – , plutôt que des chercheurs qui se fichent éperdument de cette promotion mais tentent de regarder la vulgarisation / la transmission des savoirs comme un fait social ou communicationnel entre acteurs : les scientifiques / les média (radio, TV, école, musée…) / le public (scolaire, médiatique, etc …). Cette démarche, entreprise depuis les années 40 et intensifiée à partir des années 70 – un texte de référence ayant ouvert le débat restant « Les problèmes théoriques de la vulgarisation scientifique » de Baudouin Jurdant – a incroyablement élargi les connaissances sur les modalités fonctionnelles de la communication et permis de développer des modèles théoriques solides, que je n’ai pas entrevu dans l’émission. Et qui sont visiblement méconnus par les intervenants que j’ai pu entendre, qui en sont resté à une approche philosophico-sociologique. Je ne conteste pas leur point de vue (qui suis-je d’ailleurs pour le contester ?). Je relève avec amusement qu’ils sont eux-mêmes prisonniers de la multiplication disciplinaire et de leur propre « illettrisme » en matière de sciences de l’information et de la communication.

Je ne crois pas encore avoir entendu une interrogation claire sur ce que serait cette prétendue « culture scientifique » qui serait insuffisante. Reprenant les propos d’Olivier Las Vergnas, de la Cité des Métiers, qui s’est penché longuement sur la question, dans notre société « technoscientifique », chacun est susceptible à un moment donné, d’augmenter ses connaissances et compétences pour résoudre un problème : réparer son véhicule, améliorer l’acoustique d’une salle, faire pousser une plante exotique dans un appartement, augmenter ses performances sportives… Toutes ces pratiques ne seraient-elles alors que de la technique "profane", indigne d’intéresser la Culture Scientifique et Technique "distinguée" ? A contrario, à partir du moment où il y a modélisation, induction, déduction, observation, métrologie, ne s’agit- il pas d’un symptôme de pratiques scientifiques potentielles ? Et si étudier la science dans la culture commençait justement par regarder aussi ces pratiques avec bienveillance ?
Il me semble que ce point de vue a été vite congédié dans la seconde partie (off) de votre émission. Ce point aurait mérité d’être discuté par un contradicteur.

Enfin, je ne cacherai pas que je me suis régalé de vous lire me demander d’ « interpeller directement [v]os invités ». Ne vous est-il pas venu à l’idée que je puisse, vous médiateur radiophonique, vous interpeler ? Car vous faites partie du dispositif énonciateur. Vous êtes impliqués également dans la communication des sciences. Votre point de vue sur l’illettrisme scientifique et la fonction que doit assurer les médias –de nombreuses recherches empiriques dressent déjà un bon portrait de ces intentions - aurait pu être fort instructif puisque les média télévisuels et radiophoniques restent la première source d’information scientifique, de plus en plus talonnée par internet.
Bonne continuation et espérant peut-être une nouvelle émission sur le sujet… avec d’autres chercheurs, tout aussi sérieux mais moins conventionnels.

Cordialement

Portrait de Anonyme Guillaume Laigle26.11.2011

En guise d'apéritif, sachez qu'il existe un vif débat sur le présupposé "illettrisme scientifique" mis en valeur par les études que vous citez en préambule (notamment, en Europe, l'Euro baromètre).

En effet, s'il est facile de savoir si quelqu'un sait les opérations arithmétiques de base, ou sait utiliser les lettres de l'alphabet pour lire/écrire - on est ici dans l'action - selon quelle critère peut-on évaluer qu'une personne est illettrée, littérairement et scientifiquement - opposition entre les deux cultures, symptomatique d'un ancien paradigme pas encore dépassé - ? Comment évalue-t-on la culture, si ce n'est à l'aulne de la culture dominante ? Quelles sont les connaissances minimales à posséder ?
Le modèle déficitaire qu'a évoqué l'un de vos invités, n'est qu'un modèle parmi d'autre, très insuffisant sur bien des points.

Selon le modèle déficitaire, les lacunes de connaissances seraient un réel problème puisqu’en démocratie, le pouvoir appartient au peuple, qui attribue les soutiens et financements. Si l’ignorance du public peut être comblée, la bonne volonté envers les sciences en serait accrue, l’économie développée, les superstitions réduites. Comme les sciences ne sont souvent fréquentées par le public que par les médias - , il faudrait améliorer la couverture médiatique.
Ce modèle se base sur des études à propos de l’illettrisme scientifique des grandes démocraties et l’attitude hostile envers les sciences de ces "illettrés" - études dont la méthodologie a suscité de très vives polémiques -. Ce modèle est trop centré sur les sciences, linéaire de type descendant. Il part également du principe erroné qu’il existe un corpus de connaissances prêtes à être livrées au public comme étant solides et compréhensibles, ce en dépit des désaccords constatés entre les scientifiques eux-mêmes. Enfin, il n'est plus à démontrer que le haut degré de connaissances scientifiques ne dispense pas un individu de succomber à des formes d'ésotérisme, de superstition. De même l'érudition savante ne dispense pas d'attitudes contre la techno science.

Il existe notamment deux autres modèles :

Le modèle du choix rationnel: les gens choisissent tout simplement les connaissances qui leur sont utiles ! Auquel cas, les savoirs proposés au public seraient présentées de manière trop abstraite, trop "inhumaine" pour créer des interconnexions entre savoirs et vie quotidienne. Ce modèle est conforté par le succès des collections d'ouvrages présentant la connaissance scientifique dans les gestes du quotidien.
« Qu’est-ce que les gens doivent savoir pour exercer au mieux leur vie, leur citoyenneté ? Pour vivre dans ce monde ? » Sans les bonnes connaissances, le public ne serait pas efficace ou adapté au monde qui l’entoure, et, en cas de dilemme, incapable de faire un choix éclairé.
Dans ce cas, la culture scientifique est ce qui sert quand on a tout oublié !

Le modèle contextuel ; « De quoi les gens ont-ils besoin en cette circonstance particulière ? » Ce modèle nécessite de comprendre le contexte d’une connaissance scientifique et pousse à comprendre comment ces concepts et leurs applications sont utilisés. Des études empiriques confirmes que sur les questions scientifiques socialement vives, la culture scientifique du public est généralement beaucoup plus élevée que sur d'autres registres savants. Cela laisse à réfléchir...

A titre de rappel : en 2000, 2/3 des américains interrogés lors d'une recherche empirique avec échantillon représentatif de la population n'ont pas été en mesure de réussir un "test de culture scientifique minimum". Il est intéressant de noter que cela restait vrai... pour les autres domaines de la culture : histoire, géographie, littérature…

Cela pose question sur la réelle incompréhension du public à l'égard des sciences.
Que devrait-il comprendre : des connaissances basiques et universelles, les méthodes scientifiques, les implications des sciences ?
Le point de vue traditionnel maintient que les citoyens devraient avoir des bases de culture scientifique, afin de pouvoir contribuer au choix des programmes de recherches.
Selon certains, la communication scientifique a pour cible le grand public.
D’autres pensent que ce genre de message est perdu lorsqu’il est destiné au grand public : ils suggèrent de segmenter cette communication selon leur degré dans la « hiérarchie d'influence » sur les sciences. En particulier, les décisionnaires (qui doivent choisir entre champs de recherche pour les programmes, ce qui nécessite un haut degré de compréhension) et le « public attentif » (qui devrait comprendre la science en train de se faire et les éléments du discours scientifique).

Comme vous le voyez, il n’y a pas de consensus sur les besoins du public et les nécessités de communication, afin de "combler" ce déficit de connaissance.

Plus encore, faisant le lien avec votre émission sur l'idéologie dans les sciences, l'idée que "l'illettrisme scientifique" est de plus en plus invoquée pour mobiliser des moyens financiers au-delà du choix populaire est de plus en plus explorée. Tout comme celle visant à légitimer l'attribution de ressources très importantes sur des dispositifs de médiation scientifique institutionnalisés. Il n'est en effet rien de plus facile pour une structure nationale de médiation que de crier à l'illettrisme pour justifier son existence...

Espérant que l'émission invitera prochainement des spécialistes de la communication des sciences (sociologues, didacticiens, chercheurs en SIC) et pas uniquement les personnes auxquelles vous avez un accès "plus facile" ou parce que ce sont de "bons clients" (c'est le résultat de plusieurs recherches empiriques sur le journalisme et la science, et mon regard professionnellement éclairé)

GL, empêcheur de penser en rond

Portrait de Michel Alberganti Michel Alberganti26.11.2011

Cher Guillaume Laigle,

Grand merci pour le regard perçant que vous portez sur cette émission. Nous espérons vous compter bientôt parmi les spectateurs de Science Public en public au studio 106. Nous pourrez ainsi nous apporter vos lumières et interpeller directement nos invités,

Dans cette attente,

Bien cordialement

M.A.

Portrait de Anonyme Pascal Lapointe26.11.2011

L’hypothèse d’un illettrisme scientifique fait débat dans la mesure où, face aux indicateurs dont je viens de rappeler certains, il en existe d’autres qui délivrent un message opposé. Les livres de science continuent à être largement imprimés et vendus. (...) l’audience des émissions scientifiques de Radio France, sur France inter et France Culture, révèlent un appétit intact du public pour les questions de science, parfois même les plus pointues.

La réponse à ce paradoxe est simple: une partie du public est friande de questions de science, y compris celles que vous traitez à votre émission, mais une partie, peut-être plus importante, souffre de ce que vous appelez l'illettrisme scientifique, et ces deux ensembles ne se recoupent que rarement.

Portrait de Michel Alberganti Michel Alberganti26.11.2011

Cher Pascal Lapointe,

En effet, telle est la solution à ce paradoxe. Tout le problème, comme d'ailleurs pour la répartition des richesses matérielles dans la société, vient de la distance qui peut se créer entre les extrêmes, tout comme de l'évolution de la valeur de la moyenne. Le risque, avec la culture scientifique, c'est sans doute de voir se développer une grande pauvreté d'un coté, cet illettrisme scientifique dont nous avons parlé, mais également de voir la valeur moyenne baisser...

Il reste sans doute à mieux évaluer la réalité sociologique du niveau de culture scientifique du grand public. L'espoir d'un débat démocratique constructif sur les questions de société dans lesquelles la science intervient dépend directement de l'existence d'une culture scientifique minimale de la majorité des citoyens...

M.A.

Portrait de Anonyme Guillaume Laigle25.11.2011

Bonjour

Je suis Guillaume Laigle. Outre mes activités professionnelles en tant que monteur-réalisateur de télévision ET médiateur scientifique, j'ai repris mes études dans le cadre d'un Master Recherche en Communication Scientifique et Technique de l'Ecole Normale Supérieure de Cachan.

Je suis un auditeur attentif, et généralement ravi, de votre émission.

Cependant, l'actuel numéro, consacré à " l'illettrisme scientifique ", m'a quelque peu surpris, voire échaudé, puisqu'il n'a fait que tourner autour du pot.

En train de constituer une bibliographie savante sur la communication scientifique et technique - obnubilée par cette question qui justifierait les actions de communication et de vulgarisation - afin de rédiger un mémoire de recherche, je peux témoigner que de nombreuses recherches empiriques ont été entreprises en communication/culture des sciences dans le monde anglo-saxon et francophone, entreprises par 1) des sociologues, 2) des chercheurs en science de l'information et de la communication et 3) des chercheurs en didactique des sciences et techniques.

Pourquoi n'avez pas été fichu d'inviter AU MOINS UN(E) chercheur(euse) issu(e) de ces trois disciplines, alors qu'ils sont les premiers concernés ? D'autant plus qu'il y en a à Paris, Cachan, Lyon, Avignon, Grenoble, Dijon...

Cela aurait peut-être permis à votre émission de dépasser le sens commun qui, comme vous le savez, a souvent peu à voir avec la recherche, et de tenter de proposer des perspectives VRAIMENT pertinentes qui répondent à la question posée - et autant que faire se peut avec des personnes vraiment informées - !

Portrait de Anonyme DURAND René25.11.2011

Bonjour ! tout d abord merci pour lz travail de salubrité publique que génère une telle émission .

Ne croyez vous que l'abscence quasi totale de l'histoire des sciences dans les programmes scolaires , de l' enseignement secondaire notamment, contribue largement à cette ignorance scientifique basique dont votre émission fait le constat.De plus nous sommes ,depuis une dizaine d année ( toujours dans le secondaire),dr la physique de Newton à celle d'Einstein en quelque sorte. Cette transition semble presque inexistante dans les programmes scolaires.