Mesure de l'activité du cerveau pour la commande du robot Asimo de Honda ©Honda
Si la science est vouée à la découverte des lois de la nature, on doit nécessairement considérer qu’elle échappe à toute idéologie. Cette dernière est, en effet, la science des idées issues du cerveau humain et elle résulte, quand elle ne relève pas de la pure croyance, de l’influence de la philosophie et des doctrines politiques, religieuses, économiques, sociales ou culturelles. Autant de composantes éminemment variables en fonction du lieu et de l’époque. Or, les sciences de la nature, elles, sont, par essence, universelles. Il existe donc bien une différence fondamentale entre science et idéologie. Pour preuve, les combats de nombreux scientifiques pour imposer des découvertes bouleversant l’idéologie de leur temps. Copernic avec l’héliocentrisme, Giordano Bruno avec ses idées sur l’univers infini et multiple et, bien sûr, Galilée, se sont heurtés de plein fouet aux croyances du 16e et du 17e siècle. Si la science universelle s’oppose ainsi à idéologies locales, culturelles et temporaires, comment pourrait-elle se trouver elle-même porteuse d’idéologies ? La réponse passe par une vision moins idéaliste de la science. Et, surtout, par son évolution récente vers ce que l’on appelle la technoscience. En effet, alors même qu’il n’y a jamais eu plus de chercheurs sur notre planète et qu’ils n’ont jamais, ensemble, disposé d’autant de moyens financiers, on constate qu’une part croissante de leur travail n’est plus consacrée aux progrès d’une connaissance désintéressée. La science apparaît grignotée peu à peu par la technologie, c'est-à-dire par l’application de la science aux besoins immédiats des hommes. Ainsi déviée de son objectif initial, la science devient beaucoup plus vulnérable aux idéologies de la société et à celles de ses commanditaires : les gouvernements, les armées ou les industriels…
Si les idéologies de la société influencent de plus en plus la science, peut-on dire, pour autant que la science devient elle-même porteuse d’une idéologie ?
Faut-il considérer que la science reste pure mais que ce sont ses applications qui, elles, sont mises au service de différentes idéologies ?
Ou bien, à l’inverse, faut-il admettre que la science n’est plus, ou n’a jamais été, vraiment pure, et qu’elle est toujours, plus ou moins consciemment, au service de l’idéologie ambiante ?
Dans ce cas, comment expliquer les oppositions brutales qui sont apparues, dans l’histoire, entre science et religion, par exemple ?
Et si la science est récemment tombée sous la coupe des idéologies, cela signifie-t-il qu’elle aura de plus en plus de mal à découvrir des lois naturelles en opposition avec les croyances de son époque ?
Invités:
Patrick Criqui,
économiste, directeur de recherche au CNRS et directeur
du Laboratoire
d’économie de la production et de l’intégration internationale, le LEPII, à l`Université Pierre-Mendès-France de
Grenoble,
Antoine Georges,
physicien, professeur au Collège de France
après avoir enseigné la physique à l’école polytechnique et titulaire de la chaire de Physique
de la matière condensée
Dominique Pestre, physicien, historien des sciences, directeur d'étude à l' École des hautes études en sciences sociales (EHESS).
Une émission réalisée depuis le Forum "Refaire Société" organisé par La République des idées à Grenoble du 11 au 13 novembre 2011
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Radio:
21.10.2011 - Science publique
Peut-on évaluer les risques des nanotechnologies ?
60 minutes


Régulièrement, vous nous entendez remettre sur le métier la question des nanotechnologies. Et en particulier celle des risques que la maîtrise de l’infiniment petit peut engendrer. Le dernier numéro des Comptes rendus de l’Académie des sciences, consacré au thème « Nanosciences et nanotechnologies : espérances et inquiétudes » nous donne une nouvelle occasion d’aborder ce sujet sensible ...
16.09.2011 - Science publique
Club Science Publique : le hasard existe-t-il ?
59 minutes


Avec Jean-Claude Ameisen, médecin et chercheur, professeur d’immunologie à l’université Paris VII, Président du comité d'éthique de l'Inserm, Etienne Klein, physicien au CEA, professeur à l’Ecole centrale à Paris où il enseigne la philosophie et la physique, Nicolas Gauvrit, maître de conférence en mathématiques à l'Université d'Artois, docteur en sciences cognitives, auteur de Vous ...
17.06.2011 - Science publique | 10-11
Club Science Publique : L'éducation scientifique favorise-t-elle la démocratie ?
60 minutes


Avec Pierre-Henri Gouyon, biologiste spécialisé en sciences de l'évolution, professeur au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, Etienne Klein, physicien au CEA, professeur à l’Ecole centrale à Paris où il enseigne la philosophie et la physique, Fabien Piasecki, représentant de la Fondation Science Citoyenne et le Forum mondial Science et Démocratie.
27.05.2011 - Science publique | 10-11
Notre attention est-elle maîtrisable ?
60 minutes




Attention, danger ! Fais attention, regarde où tu mets les pieds ! Les enfants, soyez attentifs ! L’attention paraît banale, évidente, naturelle. Pourtant, c’est elle qui sert en permanence de pilote à notre cerveau. Si notre attention peut s’apprivoiser, nous ne pouvons guère espérer la dompter... Avec François-Xavier Alario, Vania Herbillon et Jean-Philippe Lachaux...
06.05.2011 - Science publique | 10-11
Les tests génétiques prédisent-ils notre avenir ?
60 minutes


Avec Ana Gerschenfeld, journaliste scientifique, auteur du blog « My genes and me », Bertrand Jordan, biologiste moléculaire, biologiste moléculaire, Directeur de Recherches au CNRS, auteur de Thérapie génique : espoir ou illusion ? chez Odile Jacob, Dominique Leglu, directrice de la rédaction de Sciences et Avenir, Jean-Louis Serre, président de la Société française de génétique ...
Vidéo:
Thème(s) : Sciences| Recherche| Sciences| Découverte| Gouvernement| Politique| Société| ideologie
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Document(s)
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De l'atome au matériau: Les phénomènes quantiques collectifs Collège de France / Fayard, 2010 -
1 commentaire
André Lestrade11.11.2011
Je suis un peu surpris de la manière dont vous posez historiquement le problème, comme si l'affirmation de la science comme objet d'idéologie était un phénomène récent. Pourtant, l'idéologie de la science a un nom, dont nous fêtons d'ailleurs cette année le centenaire: le "scientisme", mot paraît-il forgé dans un article de revue de 1911 par le biologiste Félix Le Dantec (voir un extrait de cet article sur Wikipédia au mot "scientisme"). Renan, au XIXe siècle, parlait déjà d'"organiser scientifiquement l'humanité". Ne pensez-vous pas que le phénomène récent est, non pas le développement de cette idéologie, mais sa contestation? Le point le plus important, à mon avis (pour les gens qui réfléchissent, pas pour les gens qui rejettent les résultats de la science eux-mêmes, comme les créationnistes, etc.), c'est la confusion, claire dans la citation de Renan, entre les moyens et les fins: l'idée que l'homme est un "être naturel" et que donc les scientiques savent mieux que lui-même ce qu'il veut, à quoi il aspire, etc. C'est l'idéologie "prométhéenne" pour laquelle les objectifs ("plus haut, plus vite, plus loin", etc.) sont évidents et ne se discutent même pas. Et aussi l'idéologie pour laquelle l'homme est un être "unidimensionnel" dont on peut saisir intégralement la "nature" dans le cadre de la représentation mécaniste de la réalité. Mais en tout cas les produits de l'"idéologie de la science" comme l'eugénisme, etc., ne datent pas d'hier. Par rapport à ça des questions comme le degré de certitude, à tel ou tel moment, des "connaissances" scientifiques (ou des recherches évolutives des scientifiques?), ou le rapport des "modèles" scientifiques à la réalité, ou le fonctionnement des institutions scientifiques, ou la notion d'"objectivité", etc., ce sont des questions qui me paraissent un peu dérivées.




