Un documentaire d'Amaury Chardeau et François Teste - Rediffusion du 21 mars 2008
Remise en lumière à la faveur de
la suppression de la cigarette dans les bars et discothèques, la gêne
suscitée par les odeurs corporelles est un tabou récent. Longtemps, le
corps humain n’eut d’autres parfums que ceux de sa respiration
naturelle, et personne ne songeait à s’en plaindre.
En Occident, la
bascule eut lieu à la fin du XVIIIème siècle, avec l’apparition et le
développement – très progressif – de l’hygiène. Depuis lors, les hommes
cessèrent peu à peu de tolérer la proximité de leurs excréments et,
d’une manière générale, des miasmes corporels synonymes de régression
animale, d’archaïsme social, de péché.
Qu’est-ce qu’une odeur
socialement acceptable aujourd’hui ? Quels stratagèmes mettons-nous
quotidiennement en œuvre pour normaliser notre identité olfactive ?
Il
s’agit ici d’écouter le tabou, tel qu’il s’exprime parfois sur les
lieux de travail ou sur internet, via des forums spécialisés où se
retrouvent ceux qui souffrent de leur odeur intime.
Puis, à l’aide de
spécialistes, de décortiquer notre imaginaire olfactif. Sens de la
reconnaissance (un nouveau-né mémorise l’odeur du cou et du sein de sa
mère deux jours après sa naissance), de la discrimination (blancs contre
noirs…), l’odorat, perception ultime de l’intimité, véhicule également
d’autres dimensions plus troubles, sensuelles, voire érogènes.
Sans
oublier le memento mori des odeurs du corps qui se dégrade, s’abime et
se décompose.
Avec :
Francis Kurkdjian, parfumeur ;
Dr
Dominique Dupagne, médecin et administrateur du site médical
atoute.org ;
Philippe Charlier, médecin légiste,
paléo-pathologiste ;
Alain Corbin, historien, auteur de Le
miasme et la jonquille, Ed. Flammarion ;
Annick Le Guérer,
anthropologue ;
Etienne de Swardt, fondateur des parfums de «
l’Etat libre d’Orange » ;
Solène et Charlie.
Production
: Amaury Chardeau
Réalisation : François Teste
Thème(s) : Information| Société| animalité| corps| odeur| tabous







2 commentaires
Les odeurs en mots, piquante synesthésie. Une effluve de trop peu. Bravo.
Quand il y a Corbin, tout va bien.
S’il y a Charlier, c’est le pied.
Avec Chardeau, tout est beau.
Magnifique émission.
J.-É. D.