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Sur les docks

Sur les docks | 12-13

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Emission Sur les docks

du lundi au jeudi de 17h à 17h55

Ecoutez l'émission 53 minutes

Héritages (3/4) : « Les passeurs de mémoire - Histoire d'une déportation » 6

17.04.2013 - 17:00 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureaudio

Un documentaire de Claire Zalamansky et Véronique Vila

 

Le jour où les sbires de Vichy sont venus arrêter mon père, dans ce bourg de la Drôme où il croyait trouver le refuge de la zone libre, je n'avais pas quatre ans. A cet âge, on n'est pas tout à fait sorti de sa coquille, on ne comprend pas grand chose au vaste monde. La mémoire est une cire vierge, le tiroir ne s'est pas encore ouvert, où ranger le linge des souvenirs. Pourtant, j'ai gardé l'image précise de cette journée, gravée à l'eau forte. Mon père revenait de quelque marché des environs. Il m'avait rapporté un jeu de cubes en bois et, pour ma soeur, une dînette, des petits plats de terre cuite. Ils étaient trois, qui l'attendaient. Le chef tenait fermement son rôle, le deuxième devait être l'idiot du village qu'on avait affublé d'un képi, le troisième, au milieu des larmes de ma mère, de ma soeur et de mon père, ricanait nerveusement – il aurait préféré être ailleurs, de toute évidence, il se rendait compte de l'ignominie de sa besogne. Moi, je ne comprenais rien à ce qui se tramait là, sous mes yeux, j'étais à des années-lumière... -- enfant, on veut rester dans le lait et la lumière – je refusais confusément la chape de ténèbres qui s'abattait sur la maison, je repoussais le linceul d'ombre. Sur la table, mes dés de bois avaient jeté leur sort.   Henri Zalamansky     

 

"L'arrestation de son père, le seul souvenir précis qu'Henri Zalamansky, mon père, a conservé de son enfance volée.  Quant à ma tante Sylvie, les souvenirs, elle n’en a plus ou si peu. Ne jamais évoquer le passé, ne pas revenir sur les lieux. Orphée ne te retourne pas !

L'injonction que ma grand-mère avait faite a ses enfants. Pour continuer à vivre.  

Nous, les descendants, on en était resté là. Nous n’avions d’autre choix que de nous accommoder au silence, au mutisme, à notre histoire lacunaire. Interdits de mémoire, jamais nous n’avions entamé la moindre démarche.  

Mais le passé surgit toujours de plus loin qu’on ne croit, écrivait René Char … 70 ans plus tard, la boîte de Pandore s’entrouvre le 10 mai 2012, sous la plume de Jean-Jacques Garde Maire de La Touche, petit village de La Drôme :  

« Habitant ma commune durant une partie de la guerre de 39-45, Simon Zalamansky a été déporté à Auschwitz en 44, puis décédé à Dachau en mars 45. A la demande du Président des Anciens Combattants, Monsieur Maxime Vergier, mon Conseil Municipal tient à honorer sa mémoire en l’inscrivant sur notre monument aux morts. Nous souhaiterions entrer en communication avec sa descendance que nous aimerions associer à la prochaine commémoration du souvenir. J’ai trouvé vos coordonnées par internet, c’est pourquoi je vous contacte. En vous remerciant par avance … »  

Le contact établi, Michèle Pigeaux, correspondante à la Tribune de Montélimar s’empare de “l’affaire”, plonge dans l’histoire des Zalamansky pour en reconstituer l’épopée. Sherlock Holmes, figure d’Ariane, elle fouille les archives, explore les pistes, organise les rencontres qui pourraient nous permettre de retrouver le fil de notre histoire.   Elle est notre premier “passeur de mémoire”. Nous la rencontrons, au Mémorial de la Shoah où ma tante est bénévole. Ma tante entend pour la première fois, de la bouche de Michèle, la chronique du séjour des Zalamansky dans la Drôme. Des “flashs” lui reviennent …  

Cette rencontre sera suivie d’un séjour de trois jours dans le Village de La Touche et ses environs, au domicile de Michèle. Petit centre du monde, à partir duquel s’effectueront d’autres rencontres, avec des témoins et des lieux du passé. Le voile se lève un peu sur l’histoire de la famille mais aussi du village où les langues ont enfin l’occasion de se délier.  

Pourquoi et dans quelles circonstances mon grand-père a-t-il été arrêté, lui et lui seul, sans qu’aucun autre membre des familles juives cachées à La Touche ou ses environs n’ait été inquiété ?  Et surtout, pourquoi s’est-il rendu ?!   Pour quel motif Maxime Vergier s’est-il acharné auprès de plusieurs conseils municipaux à faire ériger une plaque commémorative en l’honneur de Simon Zalamansky ?              

Une grande et noble figure de résistant émerge, en filigrane de celle de mon grand-père, celle de l’Abbé Magnet. Il serait « juste » de lui rendre hommage. Précisément. Ma tante Sylvie en a fait une affaire personnelle, sa mission. Faire reconnaître l’Abbé Magnet comme « «Juste parmi les Nations ».  

La Commune de La Touche a finalement décidé d’honorer la mémoire de Simon Zalamansky en apposant une plaque commémorative à côté du monument aux morts, avec la mention “mort en déportation”.  Cérémonie qui s’est tenue, sur la place du village, le 30 septembre 2012. " Claire Zalamansky

 

 

Production : Claire Zalamansky

Réalisation : Véronique Vila

Prise de son : Philippe Etienne

Mixage : Catherine Déréthé

 

 

Interview de l'historien Bernard Delpal :

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Interview de Marie-Joseph Martin et René Martin, neveux de l'Abbé Magnet :

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Thème(s) : Information| 20e siècle| Guerre| Histoire| déportation| nazisme| Claire Zalamansky

Lien(s)

UNADIF-FNDIRUnion Nationale de déporté internés et familles de disparus Fédération Nationale des déportés de la Résistance
Jewish TracesMémoire et histoire des réfugiés juifs pendant la Shoah

6 commentaires

Portrait de Anonyme Marc Bédard23.04.2013

J'ai écouté avec beaucoup d'intérêt cette histoire. Ce village modeste de La Touche où vivait la famille Zalamansky et les affres de la déportation dans des conditions tristes, avec les enfants, l'épouse et les autres qui l'avaient prévenus de ce qui se tramait et son refus de s'esquiver pour peut-être le pire au village. La commémoration.
Je suis allé sur Google maps et je me suis promené dans le village et sur la route vers les villages avoisinants. J'aime beaucoup les paysages. Je comprends que l'on ait voulu y trouvé refuge en 40. Moment d'impuissance que celui-là face à un certain pouvoir. Il y a dans ce récit un besoin de recueillement. Les choses ne sont sans doute plus les mêmes aujourd'hui à La Touche, mais le souvenir de cela est indélibile désormais.

Marc Bédard
Québec

Portrait de Anonyme Michel.D19.04.2013

Merci,
Merci de graver dans nos mémoires l'ignominie, nous, qui n'avons pas connu ces moments..
Md

Portrait de Anonyme Anne Onyme19.04.2013

Merci de parler de la Shoah.

On tait trop ce sujet sur votre antenne, nos souffrances : la souffrance de nos pères et de nos mères, la souffrance de nos grands-parents, la souffrance des grands-oncles et des grandes-tantes qui ne sont pas nés, la souffrance qui résonne en écho dans nos consciences 70 ans après que l'impensable advint, et qui continuera de sonner le glas pour l'éternité, la souffrance exemplaire, la souffrance universelle, la souffrance des souffrances.

Merci à Claire Zalamansky de partager sa souffrance de la souffrance de son père Henri Zalamansky, styliste incomparable, souffrant d'avoir vu souffrir son père.

Merci pour votre sélection de liens de qualité. Dachau, Bergen-Belsen, Sobibor, Treblinka, Buchenwald, Fribourg, Berne, Auschwitz, Dora, Mauthausen, Munich, Chelmou, Maïdanek, Leipzig, Balzac, tous ces noms forment une constellation d'étoiles qui retombent en cendres sur nos mémoires.

Vous nous avez une fois de plus offert un grand moment radiophonique.

Merci. Shalom.

Portrait de Anonyme marie18.04.2013

C'est en réécoute que je viens d'entendre cet émouvant reportage. Les lectures d'Henri sonnent si juste et ses références poétiques sont si bien choisies. Je fais à présent un moment de silence dans lequel résonnent encore ses mots, un vide qui pourrait absorber une toute petite partie de cette émotion... Merci à toute l'équipe

Portrait de Anonyme B. Funder17.04.2013

Par hasard cet après-midi, j'ai entendu la voix d'André Zalamansky à la radio. La poésie, la justesse de ses mots m'ont bouleversée. Aucune haine, juste une leçon de vie et d'amour.
Je ne suis pas issue d'une famille juive, j'ai bien sûr entendu des témoignages de l'horreur des camps de déportation, mais ma famille a eu la chance de n'être pas directement touchée. Pourtant, les propos des personnes interrogées durant cette émission, qu'elles aient connu Simon ou qu'elles soient toutes jeunes, ont touché ma "part d'humanité".
Il est primordial de ne jamais oublier, que ce soit le pire inimaginable mais aussi l'espoir, le meilleur en l'être humain comme les actes de l'Abbé Magnet.
Merci beaucoup d'avoir transmis le témoin.

Portrait de Anonyme E.L. Blum10.04.2013

Un seul commentaire :

http://mort-en-deportation.blogspot.fr/

Meilleures salutations.

ELB

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