Territoires intimes (2/4) - "Marins en rade - Escale au Sea Men’s Club de Dunkerque" 9
Un documentaire de Florence Quille et Christine Diger
Le foyer du marin de Dunkerque Ch. Diger © Radio France
Dunkerque Ouest. Les installations portuaires occupent plusieurs hectares. Les portiques de déchargement dressent leur silhouette, le long des quais. A terre, des milliers de containers forment une étonnante muraille multicolore.
A bord des porte-containers, des équipages cosmopolites sont aux commandes. Russes, Turcs, Birmans, Ukrainiens, et surtout Philippins (dans le monde, un marin sur huit est philippin) cohabitent dans cet espace restreint. Une vie à huis clos marquée par l’éloignement et l’isolement.
Lorsqu’ils arrivent à terre, ces marins du bout du monde n’ont qu’une idée en tête : aller se ravitailler dans les boutiques, et surtout téléphoner à leur famille. Mais les navires sont amarrés loin de tout, à 17 km de la ville… Sans les bénévoles du foyer des marins, les hommes seraient confinés à bord…
Sept jours sur sept, ils se relaient pour venir les chercher, avec leur petite camionnette, les amener au supermarché le plus proche puis au foyer : un petit bâtiment blanc posé juste à côté des quais. Une vitrine de souvenirs, quelques cartes postales, un snack, de gros canapés en cuir… et surtout, des ordinateurs équipés de webcam, l’unique lien reliant les marins à leur famille. A peine arrivés, ceux-ci se connectent, échangent les dernières nouvelles, découvrent parfois le visage de leur petit dernier, venu au monde en leur absence.
Après seulement ils s’accordent un peu de détente et discutent avec les bénévoles, eux-mêmes anciens marins ou issus de familles de marins : Angel Llorente, président du foyer de Dunkerque, quarante années passées aux Messageries Maritimes (en Extrême Orient et dans le Pacifique), Jill Simpson, fille d’un marin de la Royale britannique, nous révèlent par petites touches la vie de ces hommes, confinés à dix ou douze sur un navire, ne parlant pas tous la même langue. Et leur rêve de raccrocher, une fois les études des enfants payées.
Porte-parole de ces hommes totalement ignorés, car confinés à bord en territoire étranger, les bénévoles sont un peu les « consuls de la mer ». Ils ont un rôle social, n’hésitant pas à alerter le syndicat international en cas d’abus. Ils interviennent également en cas d’hospitalisation d’un marin, jouant les interprètes auprès des médecins, et assurant une visite quotidienne aux malades…
Une fois par semaine, une messe est célébrée dans la toute nouvelle chapelle édifiée au pied du foyer, à partir de containers récupérés. Parfois, un aumônier se rend directement à bord à la demande des marins, pour une bénédiction. La multiplication des actes de piraterie est une source d’inquiétude permanente, et nombre de marins en appellent à la protection de Dieu pour traverser sans encombre les zones infestées de pirates.
Production : Florence Quille
Réalisation : Christine Diger
Thème(s) : Information| Association| Mer| Communauté| accueil| escales| international| partage








9 commentaires
On voit les voyages, qui portent au loin ces marins. On voit les fidèles bénévoles qui les attendent aux escales, le mystère intime qui les lient. C'est très beau. Merci pour ce travail finement réalisé.
Emission intéressante et captivante, ambiance portuaire très bien rendue, on s'y croirait !
Très beau documentaire. Merci beaucoup.
"Sur les docks", quel beau titre générique pour cette excellente émission consacrée aux marins et aux bénévoles qui les accueillent dans les foyers.
Bénévole moi-même dans ce foyer du port ouest de Dunkerque, j'ai retrouvé à travers les témoignages retenus de tous mes collègues la richesse des rencontres vécues avec ces marins remplis de pudeur et de dignité.
J'ai apprécié l'équilibre entre la parole donnée aux marins et celle donnée aux bénévoles du foyer et la documentariste qui sait se faire discrète.
Merci pour cette excellente émission qui a su saisir la réalité du vécu de chacun.
Merci à Florence et Christine que j'ai pu rencontrer lors de la réalisation de ce documentaire.
Un documentaire très agréable à écouter. Je l'ai trouvé touchant et vraiment humain. Vous avez très bien approché le milieu méconnu des marins. Félicitations !
Je souhaiterais connaître les références de la musique passée en fin d'émission.
Avec mes remerciements,
Martine ZILLIOX
Chère auditrice,
Le morceau passé à la fin de ce documentaire est de Franck Tovey & the Pyros, s'intitule "Chasing The Blues Away" et est issu de l'album "Worried Men In Second-hand Suits".
Cordialement,
L'équipe de "Sur les docks"
Un documentaire émouvant et vivant ! Des aventures personnelles racontées avec beaucoup de pudeur et de sensibilité sur un fond sonore bien rythmé ! Merci pour cette excellente émission !
Un documentaire très touchant. On entre discrètement dans la vie de ces hommes loin de leurs terres, dans leur univers de solitude collective. L'engagement des bénévoles du port est aussi remarquable ! On perçoit bien la brièveté de leurs échanges avec les marins, brièveté qui n'exclut pas la confidence, leur pudeur, et la complexité de la prise en charge 'sociale' de ces travailleurs itinérants. Bref, très beaux témoignages !