Territoires intimes (4/4) : "Quand coucher n’est pas tromper - Les nouvelles infidélités" 16
Un documentaire d'Andrada Noaghiu et Anna Szmuc
A. Noaghiu©Radio France
A chaque couple sa conception de la fidélité. Pour certains, un regard suffit à trahir, pour d’autres « tromper » n’est plus le mot, mais juste « revendiquer le droit d’exister en dehors de l’autre ».
Dans ce documentaire, la parole est donnée à ces couples dits « ouverts » qui revendiquent une fidélité de cœur, de famille, de projet de vie, mais sans exclusivité sexuelle ou affective. L’éventail est large : des libertins qui ne se quittent pas des yeux, des polyamoureux qui communiquent sans cesse, des amoureux libres qui se donnent le droit à l’adultère…
A chacun ses concepts, ses mots, son histoire. Et avec, les doutes, les tâtonnements, les chemins sinueux et subtils de la lente construction du rapport à l’autre et de la quête de justesse chez ceux qui remettent en cause la base du couple traditionnel.
Contrairement aux idées reçues, ils sont plutôt rares. Et même de plus en plus. Car, paradoxalement, la libération sexuelle a intériorisé la valeur de fidélité. Les enquêtes sur les valeurs des européens ont montré que depuis 1981, la fidélité comme élément essentiel au couple est passé de 72% à 84%.
Si 68 a balayé en même temps que les interdits nos repères, et que chacun peut tenter de définir ses règles de vie ou d’amour, la permissivité ou le libertinage ne vont pas forcément en s’accroissant au sein des couples. En devenant affaire d’amour, plus qu’une obligation ou un pacte social et immuable, le mariage ou concubinage est plus fragile puisqu’il se défait avec le désamour. L’infidélité est donc moins tolérée puisqu’elle est capable de défaire un couple plus facilement. Alors, après une montée en puissance des couples libres, la fidélité comme valeur primordiale dans le couple revient en force depuis les années 80, comme un refuge ou besoin de sécurité dans un monde plein d’incertitudes.
Mais parallèlement, sans pour autant pouvoir établir un lien de causalité directe, le nombre de divorces par année est depuis passé en France de 80 000 à 120 000. On peut toutefois penser que le repli sur ces valeurs de sécurité n’est pas une garantie de durabilité du couple. D’ailleurs, l’exigence d’exclusivité conduit à bien des drames sentimentaux ou familiaux.
Au regard de tout cela, l’infidélité n’est donc pas un sujet frivole, mais bien crucial dans la mesure où il interroge notre conception de la société, de l’amour, de la famille.
Ces expérimentateurs, presque utopistes, dépassent le besoin d’être sécurisés par un compagnon fidèle, ou ont peur de tuer l’amour à coup de promesses ou de besoins de possession. Pour « Sur les docks », ils se racontent, eux, leur histoire, leur éthique, leurs convictions, leurs anecdotes, le rose mais aussi le noir, la jalousie et la remise en question…
Production : Andrada Noaghiu
Prise de son : Philippe Etienne et Marc Garvenes
Mixage : Clothilde Thomas
Réalisation : Anna Szmuc
Thème(s) : Information| Sexualité| Morale| couple| fidélité| invention| liberté
Document(s)
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Anna Karénine, trad. Edouard Beaux, Henri Mongault, Sylvie Luneau Gallimard, « Folio classique », -
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16 commentaires
Nouvelles infidélités... nouvelles fidélités aussi. Ce n'est pas la moindre des surprises, que la remise en jeu de l'exclusivité sexuelle aille de pair avec plus de dialogue à l'intérieur de ces couples pluri-amoureux. Plus de dialogue, moins de routine, plus de confiance, plus d'amitié... c'est ce qu'on entend. Comme souvent, les pratiques des marges font réfléchir. Très beau documentaire.
Bonjour,
De quel film sont tirées les citations de Fabrice Luchini ?
Merci de votre réponse.
Cher auditeur,
Il s'agit du film "Tout ça... pour ça !" de Claude Lelouch. Ses références sont indiquées dans la bibliographie sur cette page.
Cordialement,
L'équipe de "Sur les docks"
Merci pour ces témoignages pleins de fraicheur et de sincérité.
A l'écoute des ambivalences qui jalonnent l'évocation de la jalousie, je me demande si ce n'est pas l'idée de l'apprivoiser ou de la dompter qui plaît plus qu'un accommodement réel de cette difficulté-là qui, quoi qu'ils en disent, reste aussi douloureuse et cruelle dans le ressenti chez n'importe quelle forme de couple.
une belle chanson sur le sujet : "taie d'oreiller"
http://youtu.be/NsQi88AcOxQ
Je n'y comprends rien. C'est si loin de moi... à chaque fois que j'ai aimé quelqu'un je n'ai vu que lui pendant les années où je l'aimais. Je ne regardais jamais ailleurs parce que je n'y pensais même pas. J'avais envie de ses bras à lui, de sa peau à lui, de son contact... et chacun me l'a rendu... J'ai une forte libido en général, j'aime le sexe dans l'amour, à chaque fois que j'ai eu envie de quelqu'un d'autre je savais que c'était fichu, l'histoire était finie... Si mon regard se porte sur un autre, c'est que j'ai commencé à me lasser et que je suis arrivée à la fin de quelque chose, que j'ai fait le tour de la relation, que j'ai évolué différemment (j'ai eu aussi 17 ans de vie commune avec mon mari sans avoir jamais envie de regarder un autre homme ni avoir eu de désir pour un autre). Du coup, je ne comprends rien à leurs histoires. Mais bon, il en faut pour tous les goûts, tous les individus, c'est clair que moi non plus ça ne me fait pas rêver du tout.
A la suite de cette émission, dont je n'avais pas eu connaissance, j'ai reçu plusieurs messages d’auditeurs et auditrices heureux de se reconnaître dans les amours plurielles, qui m'ont trouvée via mon blog "Jouer au monde". Que ce soit clair : il ne s'agit pas de remplacer le couple monogame par le couple pluriamoureux, mais plutôt de concevoir que dans une vie, on a des phases plus ou moins ouvertes sur l'extérieur et des rencontres qui méritent d'être vécues. Les pluriamoureux ne font rien d'autre que reconnaître cette réalité. La porte reste ouverte, mais ils ne la franchissent pas en permanence, à l'inverse de la règle monogame où la porte est fermée (mais franchie assez souvent avec mauvaise conscience).
Pour répondre à l'auditeur qui pense que ces "enfants gâtés" refusent de s'engager, je vais bientôt fêter 40 ans de vie commune avec mon mari, 38 ans et 21 ans d'amour avec deux autres hommes.
Fidélité à qui ou à quoi ? On peut être infidèle dans la fidélité et fidèle dans l'infidélité.
Concurrence déloyale pour la FM ras des pâquerettes, conviés au bal des cocus et à leurs concepts vaseux(poly amours et tutti quanti), confidences pénibles de partouzeurs laborieux théorisant leurs coucheries banales, à décourager la midinette autant qu'un bataillon de hussards de retour du front, le tout avec la voix grave de parigots lecteurs des inrocks brevetés monoparental, pitié, rendez-nous la vaillante Emma au cœur pur, à fuir...
Bonjour, Merci pour cette émission. Pourrais-je vous demander de quel film est extraite la tirade qu'on entend en fond durant les premières minutes (3-5) du documentaire? Merci d'avance.
Chère auditrice, cher auditeur,
L'extrait que vous avez entendu est issu du film de Jean Eustache, "La maman et la putain" (voir la bibiographie sur cette page), mais en l'occurrence ce que vous avez entendu un morceau de musique du groupe Diabologum, intitulé lui aussi "La maman et la putain".
Cordialement,
L'équipe de "Sur les docks"
Un documentaire touchant et qui donne à réfléchir. Un polaroïd sonore. C'est bien vu.
Je viens de "googeler" votre documentariste... Surprise par la maturité de ses questions à un âge si jeune... et bravo pour sa capacité d'écoute et la manière dont elle a recueilli des témoignages si intimes... (+ merci pour la séquence de baisers goulus qui donnait bien envie d'un 5 à 7 !)
Merci pour ce beau documentaire aux témoignages pleins de finesse, d'intelligence et de sensibilité. Un travail nuancé qui s'abstient de juger la diversité des relations amoureuses, c'est assez rare sur ce genre de sujets.
A l'écoute de tous ces couples, j'ai une sensation d'un grand égocentrisme, d'une grande solitude individuelle même au sein de leurs couples, d'une peur terrible de construire avec l'autre dans la durée, d'une adolescence qui n'en finit pas de s'éterniser avec des jeunes gens de 37 ans qui ne veulent pas passer à autre chose, des fois qu'ils deviendraient adultes et verraient qu'au bout du chemin, il y a le mot fin... Que dirait un psy de toutes ces scènes ? La chair est triste si elle est le seul élément qui mène la relation... à mon sens... et je dis ça sans arrière idées morales, de ce qui serait bien ou mal. Mais en tout cas, tous ces couples ne me font pas du tout rêver, mais alors.... pas du tout. Un côté enfant gâté parfois dans leurs propos.
Effectivement, être un couple libertin c'est très simple, il suffit de s'affranchir de "certaines pesanteurs morales et éducatives", il suffit de le vouloir ensemble.
Nous le sommes depuis plusieurs années avec un très grand plaisir !
Il n'y a que des avantages, c'est le partage de moment parfait, sans ambiguïté et sans être dans la consommation non plus, c'est l'épanouissement de sa sensualité, c'est la redécouverte et le renforcement de son couple.
Le Graal, c'est lorsque on atteint une certaine complicité amicalo-érotique.
Pierre&Justine Angers