Deuxième volet d'une série en trois parties d'Alain Lewkowicz et Rafik Zenine
En Thaïlande, il y a les hommes, les femmes et les kathoeys, des « ladyboys » ou dames-garçons. Ce monde de transsexuels totalement intégré à une société jamais colonisée et où la morale judéo-chrétienne n’a pas eu d’emprise. Le terme « kathoey » suggère que ce sont des hommes qui, à des degrés divers, s’habillent ou se comportent de façon féminine. Ces « ladyboys » représentent aujourd’hui 2% de la population du pays soit près de 1,2 millions de personnes. Le spectre de transformation va de ce qu’on pourrait appeler « efféminé » à la trans-sexualité avec prises d’hormones et interventions chirurgicales. L’imbrication complexe du profane et du sacré dicte les priorités. Avoir un bon karma est la principale : changer de sexe ne saurait être tabou. Aucun texte, administratif ou religieux n’interdit cette pratique séculaire autant rurale qu’urbaine et dans ses écrits le bouddhisme ne régule pas la vie sexuelle des croyants. Si en Occident, la trans-sexualité est associée au monde de la nuit, des paillettes ou de la prostitution, la Thaïlande s’enorgueillit d’une très longue tradition dans laquelle choisir son identité sexuelle est un droit tacite que peu remettent en cause, pas même dans les familles.
Cependant leur statut n’est pas reconnu officiellement. Opéré ou pas, un kathoey est toujours considéré comme un homme. Nourri par l’image banalisée que renvoient les émissions télévisées où le troisième sexe apparaît comme excentrique, volubile et superficiel, ou emprisonné derrière le cliché de ces personnes «sexuellement déviantes» le chemin vers la reconnaissance par le gouvernement semble encore long.
Avec :
Bud, Nurse, Naomie et June, lady-boys
Madame Lek, grand-mère de June
Monsieur Thep, chirurgien esthétique
Monsieur Fa, directeur artistique de la revue Alcazar
Nurse à la fin du concours Alain Lewkowicz©Radio France
Production : Alain Lewkowicz
Réalisation : Rafik Zenine
Thème(s) : Information| Asie| Société| 3ème genre| chirurgie| commerce| identité| occident| tradition
Document(s)
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The Complexities of 'Acceptance': Thai students' attitudes towards kathoey. Crossroads: An interdisciplinary journal of South East Asian studies, 15, 2, 71-93, 2001
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4 commentaires
Ma chère Solène
Votre distinction est bien sympathique mais, outre qu'elle est peu claire, elle n'est pas pertinente. Vous savez parfaitement, si vous vivez ou si vous êtes une habituée de la Thaïlande, que l'on peut avoir un métier le jour qui vous "intègre" dans la société - du moins à votre échelon , dans une société où la notion de caste est primordiale - et faire le tapin la nuit de manière occasionnelle. Vous pouvez être vendeuse au MBK et faire la "fête" sur Sukhumvit la nuit. C'est valable pour les filles aussi. En 2010, dans un quotidien thaï, un article avait fait scandale déclarant que 22% des étudiantes déclaraient s'adonner de manière occasionnelle ou suivie à la prostitution. En direction de la riche clientèle asiatique et parfois des farangs. A ce propos, la prostitution en direction des farangs est minoritaire comparée à celle réservée aux thaïs et aux autres asiatiques, notamment les chinois, les japonais étant plus considérés comme des farangs mais avec un portefeuille plus généreux !
Complètement d'accord avec Solene D.
Autre approximation : Kanchanaburi se trouve dans la province du même nom, tout simplement... pas dans la province de Chiang Mai qui se trouve à environ 700km de Bangkok, au nord du pays. C'est comme de dire que Toulouse se trouve à côté de Strasbourg, c'est du même acabit.
France Culture ne m'avait jamais fait pensé à CNN... c'est fait ;)
Mai pen rai, les thaïlandais ne crieront pas au scandale, pas comme nous envers les journalistes américains :)
Merci en tout cas de montrer d'autres aspects de ce pays. Quelques succès littéraires et cinématographiques l'ont malheureusement résumé bien trop vite en occultant volontairement des pans entiers de la société thaïlandaise, sa réalité, sa diversité, sa culture...
Cher auditeur,
Le producteur s'est effectivement trompé dans le nom de la région.
Cordialement,
L'équipe de "Sur les docks"
L'équation kathoeys = transsexuelles est une erreur grossière. Les "kathoeys" sont très majoritairement des transgenres évoluant dans le monde du spectacle et du tourisme "spécialisé". S'il y a effectivement des personnes transsexuelles parmi ces "lady-boys", la majorité de ces personnes transsexuelles est intégrée dans la vie courante où elles exercent les mêmes activités que tout un chacun. Quant à ces kathoeys, objets de tous les fantasmes des vieux messieurs en mal de tourisme exotique, elles aimeraient peut-être pouvoir vivre autrement qu'en étant spécialisées dans le "monde de la nuit".